Lexipedia

Polla Barbara · Nationalrat · 2001-06-21

Polla Barbara · Nationalrat · Genf · Liberale Fraktion · 2001-06-21

Wortprotokoll

La deuxième proposition Chiffelle concerne encore les médecins. Elle comporte deux aspects. L'un d'eux est très technique et je le développerai brièvement dans un deuxième temps, puisque M. Chiffelle a beaucoup insisté sur un cas précis, et que je crois devoir vous apporter quelques réponses par rapport à ce cas précis.

D'une manière plus générale, pourquoi donc, Monsieur Chiffelle, tant de défiance par rapport à l'individu? Pourquoi ce préjugé qui vous amène forcément à penser que celui qui exerce une profession libérale, indépendante, en tout cas dans la mesure où cette profession libérale et indépendante se situe dans le domaine de la santé, va forcément être sous influence pour ses décisions professionnelles? Pourquoi penser que l'Etat est un meilleur garant de la moralité et de l'impartialité par rapport aux personnes qui exercent des professions libérales et indépendantes?

Non, Monsieur Chiffelle, ce n'est pas parce que l'Etat, par la main du Conseil fédéral, va tenir le stéthoscope d'un médecin désormais affublé du terme de "conseil" que le diagnostic sera meilleur. La défiance est mauvaise conseillère. Si on admet qu'un médecin qui soigne est aveuglé de telle manière qu'il n'est plus capable d'évaluer la santé et de faire un examen médical adéquat de son patient, cela signifierait que l'on arriverait à des situations complètement absurdes du type de celle que M. Scheurer a évoquée tout à l'heure où, par exemple, les ordonnances et les arrêts de travail ne pourraient plus être signés par le médecin traitant. La confiance en l'homme, en la femme bien sûr, et aux médecins en particulier, comporte certes quelques risques, Monsieur Chiffelle, mais ces risques sont minimes alors que la défiance, elle, mène à l'absurdité dans un cas comme celui que vous avez évoqué.

Vous avez dit tout à l'heure, en conclusion de votre première proposition, que vous la retiriez puisque celle-ci avait l'avantage d'avoir rappelé aux médecins qui suivent nos débats l'importance de leur responsabilité. Je vous propose de faire la même chose pour cette proposition-ci.

J'en viens maintenant à des commentaires techniques précis par rapport au cas que vous avez soulevé. Je l'ai dit moi-même à plusieurs reprises ce matin, je partage l'objectif zéro du Conseil fédéral et chaque mort sur la route est une mort de trop.

Je rappellerai néanmoins que, dans la loi sur la circulation routière, si les efforts en termes de formation vont porter plus particulièrement sur les jeunes plutôt que les personnes âgées, c'est parce que les accidents, notamment les accidents mortels, sont le fait essentiellement de la classe d'âge située entre 18 et 24 ans, avec 17 pour cent des accidents causés par cette classe d'âge, alors que les personnes de plus de 60 ans ne sont en cause que dans 11 pour cent des accidents dans ce pays.

La première chose que j'aimerais souligner, c'est que l'évolution de la démographie et l'augmentation de la durée de vie, comme je l'ai rappelé ici à d'autres occasions, vont de pair dans ce pays avec le maintien d'une excellente santé pendant très longtemps et qu'il n'y a donc pas lieu de pénaliser particulièrement les personnes âgées.

D'autre part, vous avez rappelé, pour le cas qui nous concerne, que le patient en question avait consulté son ophtalmologue le mois précédant la consultation chez son médecin traitant. Le type de problème ophtalmologique dont souffrait ce patient est effectivement quelque chose d'assez particulier, qui ne peut pas être détecté par un examen médical non spécialisé. C'est quelque chose qui s'est très probablement produit dans l'intermédiaire entre la consultation chez l'ophtalmologue et chez le médecin traitant. Ce type d'altération, qui consiste en des lésions de certains centres de la vision tout à fait spécifiques qui permettent de maintenir la vision de l'objet, mais de perdre la vision du mouvement de cet objet - en sachant que les régions du cerveau qui déterminent la vision de l'objet et la vision de son mouvement sont différentes - suppose des examens médicaux spécialisés. Le fait d'avoir demandé à quelqu'un d'autre que le médecin traitant d'examiner ce patient n'aurait pas servi la cause que souhaite défendre M. Chiffelle.

M. Chiffelle hoche la tête d'un air désolé et lève les yeux au ciel parce que je réponds avec des arguments strictement professionnels à une proposition qui ne l'est pas. Quoi qu'il en soit, j'en reviens aux arguments généraux qui supposent que la confiance est meilleure que la défiance, en l'occurrence. [PAGE 894]

Je vous propose de rejeter l'absurdité que représente la proposition Chiffelle à l'article 14 alinéa 5.

Polla Barbara · Nationalrat · 2001-06-21 | Lexipedia | Lexipedia