Reynard Mathias · Nationalrat · 2013-04-17
Reynard Mathias · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2013-04-17
Wortprotokoll
Je tenais à m'exprimer brièvement sur cette initiative populaire, en premier lieu pour prouver que la question débattue aujourd'hui ne concerne pas que les femmes, contrairement à ce que certains laissent entendre.
Il y a dix ans, le peuple suisse acceptait par 72 pour cent des voix le régime des délais. Ce texte plébiscité par la population helvétique contenait l'obligation pour l'assurance-maladie de rembourser les frais découlant d'une interruption de grossesse.
L'initiative populaire dont nous parlons aujourd'hui n'est rien d'autre qu'une tentative de retour en arrière lancée par des milieux réactionnaires n'ayant jamais accepté leur défaite de 2002. C'est une injure pour toutes celles et tous ceux qui se sont engagés si longtemps pour obtenir ce droit fondamental pour les femmes, celui de disposer de leur propre corps, celui de pouvoir faire ce choix, certes difficile, mais de façon autonome et responsable.
Depuis 2002, les scénarios catastrophes annoncés par les milieux anti-avortement n'ont pas eu lieu. Au contraire, le système a fait ses preuves; le nombre d'interruptions de grossesse n'a absolument pas augmenté, malgré la croissance de la population. Depuis lors, les avortements se sont simplement déroulés dans la légalité et dans de bonnes conditions sanitaires. Ceux qui aujourd'hui ont affirmé que les avortements étaient le résultat de comportements irresponsables font preuve d'un profond mépris des gens et méconnaissent les faits. Ils devraient voir la réalité en face.
Le taux d'interruptions de grossesse en Suisse est d'ailleurs très faible en comparaison européenne. Ce n'est pas le fruit du hasard: c'est avant tout le résultat d'une bonne prévention. Evidemment, celle-ci pourrait encore être améliorée et d'autres mesures devraient être prises, comme par exemple la prise en charge des contraceptifs par l'assurance-maladie. Mais, ce qui est paradoxal, c'est que ce sont les mêmes individus qui combattent avec virulence la prévention, notamment l'éducation sexuelle à l'école. Il s'agit là d'un dogmatisme qui rassemble malheureusement tous les intégristes, qu'ils soient islamistes ou chrétiens, pour ne citer qu'eux.
Nous l'avons entendu à plusieurs reprises, l'initiative n'entendrait pas remettre fondamentalement en cause le droit à l'avortement; la réalité est malheureusement différente. Les [PAGE 678] initiants savent simplement qu'en voulant interdire l'avortement, ils rencontreront toujours sur leur chemin le refus du peuple suisse. Ils s'attaquent donc à ce droit de façon détournée, en avançant masqués, pour stigmatiser à nouveau les femmes faisant le choix difficile d'interrompre leur grossesse. Mais personne n'est dupe.
En proposant de radier le remboursement des frais d'avortement de la liste des prestations de l'assurance-maladie de base, les initiants créent un obstacle financier. La situation économique ne devrait pourtant pas avoir de lien avec le choix d'interrompre ou non une grossesse. Cette décision doit se prendre de façon autonome, responsable, selon la situation personnelle et la réflexion de chaque femme. S'il s'agit vraiment d'un choix éthique et peut-être parfois religieux, alors il est inadmissible de mêler l'argent à cette question. Cet obstacle financier touchera évidemment en premier lieu les personnes de condition modeste. Les conséquences de l'initiative sont déjà connues: certaines femmes seront forcées de renoncer à l'avortement pour des raisons financières; beaucoup se tourneront vers des techniques médicales bon marché, illégales et dangereuses.
Mais finalement, ce qui m'a le plus choqué dans les propos des défenseurs de l'initiative, c'est cette volonté à peine voilée de faire porter toute la responsabilité aux femmes. Les hommes sont pourtant eux aussi responsables. Jusqu'à preuve du contraire, dans les cas de grossesse accidentelle, il y a une femme, mais il y a un homme aussi. Les femmes doivent déjà assumer une forte responsabilité dans cette situation et prendre une décision difficile pour laquelle elles se retrouvent bien souvent seules face à elles-mêmes. Et voilà qu'on leur demande aujourd'hui de supporter en plus toute la responsabilité financière, ou de conclure, évidemment elles seules, une assurance complémentaire. Cette initiative est tout simplement scandaleuse!
Non, nous n'avons pas affaire ici à une question qui ne concernerait que les femmes. Nous sommes bel et bien face à un choix de société sur lequel nous devons nous prononcer clairement. En recommandant à une forte majorité de rejeter cette initiative populaire, le Parlement enverrait un signal fort, le signal d'un attachement à ce droit obtenu par la population de façon démocratique, le signal d'un rejet absolu de toute régression dans ce domaine.