Maury Pasquier Liliane · Ständerat · 2013-03-06
Maury Pasquier Liliane · Ständerat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2013-03-06
Wortprotokoll
La lecture de ce rapport est comme toujours fort intéressante. Elle offre une vue cohérente de notre politique extérieure, surtout depuis que ce document regroupe l'ensemble des rapports périodiques qui touchent à cette politique. Ce souci de cohérence n'est pas qu'une coquetterie de forme. La volonté politique est réelle de renforcer la cohérence et, partant, de renforcer l'efficacité de la politique extérieure suisse. C'est par exemple ce qui est visé au Myanmar, avec un projet pilote d'ambassade intégrée.
Lors d'un récent voyage dans ce pays, organisé par Swissaid avec des parlementaires des deux conseils, j'ai pu [PAGE 52] apprécier la coopération au sein de cette ambassade entre les diplomates et les responsables de l'aide humanitaire, de la promotion de la paix et de la coopération au développement. Cette convergence des forces permet une vision globale de l'action de la Suisse sur place, une action concertée qui doit contribuer à un développement économique intégrant les aspects humains et environnementaux, bref, un développement durable. Cette belle et nécessaire cohérence doit s'appliquer à toute la politique extérieure suisse.
Dans cet esprit, idéalement - c'est un voeu que je formule -, le présent rapport et le rapport de politique économique extérieure devraient être traités le même jour avec les deux conseillers fédéraux en charge respectivement du DFAE et du DEFR. Les convergences entre ces domaines sont aujourd'hui très fortes. Je pense par exemple à la question des droits humains que la Suisse a toujours promus et qu'elle doit aujourd'hui veiller à protéger dans le cadre, entre autres, des accords bilatéraux de protection des investissements qu'elle conclut avec certains pays. Elle ne devrait ainsi négocier qu'avec des pays ouverts à une approche incluant la question des droits humains et/ou des standards sociaux et environnementaux, et inclure dans chaque accord pertinent des clauses expresses en la matière. Car non - on peut le regretter -, le flux d'argent n'apporte pas automatiquement dans son sillage les libertés humaines et la démocratie.
Un engagement global et cohérent de la Suisse pour les droits humains revêt une importance toute particulière en cette année où nous fêtons le 50e anniversaire de l'adhésion de la Suisse au Conseil de l'Europe. A cette occasion, il serait notamment bienvenu de disposer enfin du rapport sur les perspectives d'adhésion de la Suisse à la Charte sociale européenne révisée, de même qu'il est important de garder à l'esprit les recommandations faites à la Suisse en 2012 par le commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, par exemple en ce qui concerne les possibilités de naturalisation des personnes migrantes après un séjour prolongé dans notre pays. En tant que présidente de notre délégation auprès du Conseil de l'Europe, j'insiste aussi sur le rôle de la Suisse par rapport à divers instruments et institutions évoqués dans ce rapport. Ainsi, la Convention sur la protection des enfants contre l'exploitation et les abus sexuels, dont notre conseil a accepté la ratification, pourrait déboucher sur une campagne nationale de prévention dans ce domaine. La Suisse pourrait aussi jouer un rôle moteur dans le cadre de la toute récente convention contre le trafic d'organes. Enfin, notre pays devrait s'assurer que la question de l'abolition de la peine de mort soit débattue avec les Etats-Unis, nouveau membre de la Commission de Venise.
Réunissant sur son sol nombre d'organisations actives dans des domaines très différents, la Genève internationale joue un rôle très important pour la cohérence et l'influence de notre politique extérieure, comme le rappelle le rapport. C'est un peu le pôle de la Suisse internationale dont j'aimerais parler ici. Je me réjouis donc que le DFAE travaille à la consolider, car la non-attribution à la Suisse du Fonds vert pour le climat l'a montré: la concurrence est rude. De même, je me réjouis que la Suisse, pays dépositaire des Conventions de Genève, soit désormais partie à la Convention d'Oslo sur les armes à sous-munitions. J'espère que notre pays s'engagera activement pour contrôler les pratiques de certaines institutions financières qui pourraient tremper dans le financement indirect de ces armes, de même que pour impliquer les principaux pays producteurs de ces engins de mort que sont les Etats-Unis, la Chine, Israël et le Pakistan.
En poursuivant les efforts entrepris pour accroître la cohérence de sa politique extérieure, la Suisse renforcera l'efficacité de son action et améliorera son image. Pour être un outil dans ce sens, le présent rapport pourrait sans doute contenir encore davantage de considérations stratégiques en lien avec la Stratégie de politique étrangère 2012-2015, afin aussi de nous permettre de mieux évaluer les activités de l'année écoulée. Renforcer la cohérence de notre politique extérieure, c'est permettre à la Suisse de mieux trouver sa place dans le monde et de mieux contribuer à ce que les autres y trouvent leur place. Bref, renforcer la cohérence, c'est au final renforcer la cohésion.