Marra Ada · Nationalrat · 2013-11-27
Marra Ada · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2013-11-27
Wortprotokoll
Après l'initiative Minder et l'initiative 1:12, nous allons enfin parler des bas salaires, de la couche de la population la plus précarisée, des 430 000 personnes en Suisse - un travailleur sur dix - qui gagnent moins de 4000 francs pour un travail à 100 pour cent. C'est un scandale pur et propre, parce que travailler à plein temps et ne pas arriver à nourrir sa famille à la fin du mois, c'est une pratique moyenâgeuse, une pratique néo-féodale. En Suisse, plus de 600 000 personnes vivent dans la pauvreté, dont 260 000 enfants. [PAGE 1852]
Le mot "pauvreté" dans notre pays est apparu officiellement en 2010. Je peux vous dire, comme membre du présidium de Caritas, que j'ai été étonnée, choquée, lorsque dans les causes mentionnées de précarité dans le premier rapport sur la pauvreté, j'ai vu que l'on ne mentionnait même pas les bas salaires. Or il est clair que ces 260 000 enfants ne vivraient pas dans un foyer où règne la pauvreté si leurs parents gagnaient plus. Je rappelle qu'en Suisse, un travailleur sur 22 est un "working poor", une personne qui travaille mais qui n'arrive pas à s'en sortir à la fin du mois.
Il y a une autre chose choquante: au cours des débats qui ont déjà eu lieu sur cette thématique, les opposants à cette initiative nous disent que Dieu merci, en Suisse, il existe les assurances sociales pour venir en aide à celles et ceux qui seraient en difficulté. Et les chiffres leur donnent raison. Dans les cantons, près d'un tiers des personnes qui sont à l'aide sociale travaillent. Mais, permettez-moi de vous le dire, les assurances sociales ne devraient pas être là pour aider des personnes qui travaillent. Les assurances sociales ne sont pas là pour subventionner les bas salaires des entrepreneurs privés! Ce qui doit faire vivre une personne ou sa famille, c'est le revenu de son travail.
Les opposants, tout en reconnaissant parfois que c'est un débat nécessaire, veulent laisser le partenariat social régler cela. Je dirai deux choses à ce propos: d'abord, l'initiative encourage l'établissement de conventions collectives de travail, les initiants croyant eux aussi à cette force du partenariat social. C'est seulement ensuite qu'ils parlent d'un salaire minimum à 4000 francs.
Deuxièmement, je rappelle simplement que la moitié des travailleurs et des travailleuses de ce pays ne jouissent pas d'une convention collective de travail et celles qui existent ne fixent pas toutes des salaires minimums.
Comment ergoter sur cette initiative qui ne met pas en danger l'économie à moins que l'on pense qu'augmenter le pouvoir d'achat d'une classe précarisée soit mauvais pour la consommation et pour nos assurances?
L'économie, justement! Les opposants nous servent régulièrement qu'un salaire minimum pourrait délocaliser les activités. Or les branches concernées par une sous-enchère salariale ne sont pas exportatrices, comme l'industrie des machines. Les branches concernées sont l'hôtellerie, le jardinage, la coiffure, l'agriculture, les "call centers", pour n'en retenir que quelques-unes. Il s'agit de branches qui ne sont pas des branches d'exportation. Du coup, cela éloigne le spectre brandi de la délocalisation. D'ailleurs, plusieurs grandes firmes l'ont compris, dont Lidl par exemple qui a fixé un salaire minimum pour ses activités en Suisse à 4000 francs.
Pour conclure, il faut recommander au peuple et aux cantons de voter oui à cette initiative car l'introduction de salaires minimums est une nécessité sociale. Elle constitue une réponse incontournable à l'absence de conventions collectives de travail dans la moitié de notre économie. Elle permettra à des couches importantes de notre population de vivre dignement des fruits de leur travail sans nuire à notre économie. Au contraire, plus de personnes participeront au bien-être de la Suisse.