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Frey Claude · Nationalrat · 2001-09-18

Frey Claude · Nationalrat · Neuenburg · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2001-09-18

Wortprotokoll

Aujourd'hui, j'interviens pour témoigner d'un fait qui devrait tous nous interpeller. Le monde a changé et nous devons nous adapter pour maintenir les permanences de notre politique extérieure, pour continuer à défendre nos idéaux de justice, de liberté, de démocratie, de protection des droits de l'homme, pour affirmer notre vocation humanitaire. Bref, il faut s'adapter pour rester efficace, écouté et entendu.

En 1986, j'ai été un farouche opposant à l'adhésion à l'organisation politique des Nations Unies. Nous vivions dans un monde figé par le bipolarisme et notre petit pays non membre de l'ONU, en dehors, au-dessus des clivages a pu, parce que nos étions un lieu en quelque sorte exterritorialisé, être mieux au service de la communauté internationale. Et nous avons excellé dans nos missions de bons offices. Nous avons permis à deux blocs antagonistes de se retrouver pour se parler; nous étions disponibles. Je ne renie aucunement ces arguments. D'ailleurs, le peuple ne s'était pas trompé; il les avait suivis à 75 pour cent et c'était un échec historique pour les partisans de l'adhésion. Mais le [PAGE 1002] monde a changé. Qui aurait pu imaginer que, après les attentats terroristes à New York, au Pentagone, un des premiers chefs d'Etat à témoigner sa solidarité aux Etats-Unis serait le président de la Russie? On a détruit une partie du Pentagone et, immédiatement, la solidarité s'est manifestée du côté de la Russie. Personne n'a évoqué l'hypothèse d'une attaque des Rouges du bloc de l'Est.

Le monde a changé. La menace a changé de nature. On peut craindre aujourd'hui le choc des civilisations. Mais dans ce contexte marqué par la globalisation, à quoi servirait un lieu en quelque sorte exterritorialisé?

Dans un monde multilatéral, complexe, fluide, sans repères précis, il faut être dedans pour expliquer, pour s'expliquer, pour dire des choses. Plus que jamais, un petit Etat neutre peut et doit dire des choses essentielles, défendre les valeurs auxquelles nous tenons en prenant clairement parti contre le terrorisme, mais aussi contre les politiques qui amènent à l'injustice, qui portent atteinte aux droits de l'homme. Parce que sur ce plan, hélas, le monde n'a pas changé! Mais pour le dire dans ce contexte nouveau, mondialisé, il faut être présent.

En 1986, j'ai la conviction que l'adhésion à l'ONU était une "Schicksalsfrage". Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. L'ONU peut se passer de nous, la Suisse peut continuer à vivre sans être membre; c'est simplement une question d'efficacité de notre politique de neutralité active, solidaire, humanitaire.

Mais alors, si nous sommes présents, il faut dire les choses, rappeler notre neutralité dans notre demande d'adhésion, puis lors de notre première intervention à l'Assemblée générale. Mais il faudra aussi et surtout avoir le courage d'être clairs, d'être clairs toujours dans nos déclarations. Et sur ce point, Monsieur le Conseiller fédéral, je dois dire que j'ai une certaine inquiétude.

La Conférence sur le racisme, la Suisse à Durban, c'est l'exemple à ne pas suivre. Nous avons été insignifiants! Alors, à quoi ça sert de se battre pour être présents si c'est ensuite pour tenir des propos insignifiants? Nous devrons avoir le courage d'être clairs.

Un dernier mot. Dans cette salle, le résultat ne fait aucun doute; il sera très clair. Devant le peuple, on peut avoir de sérieux doutes. Alors, je demande au Conseil fédéral de bien réfléchir, de bien apprécier le moment où il organisera la votation fédérale. Parce que quand le monde change, il faut du temps, tout particulièrement en démocratie directe, pour s'adapter. Que le Conseil fédéral laisse le temps de comprendre, de s'adapter à ces changements, laisse le temps pour expliquer et convaincre.

En votant oui aujourd'hui, je ne fais pas ma révolution culturelle. J'entends simplement que mon pays, petit Etat neutre, puisse poursuivre sa politique de paix en adaptant les moyens aux temps nouveaux que nous vivons.