Lexipedia

Eggly Jacques-Simon · Nationalrat · 2001-09-18

Eggly Jacques-Simon · Nationalrat · Genf · Liberale Fraktion · 2001-09-18

Wortprotokoll

Nous faisons partie de toutes les organisations particulières de l'ONU, mais nous ne [PAGE 1003] faisons pas partie des organes politiques. Nous avons considéré que c'était nécessaire, pendant des années, en raison, d'une part, de notre politique de neutralité et, d'autre part, à cause de l'oeil critique que la Suisse portait sur l'ONU.

Ah, certes, l'ONU n'est pas parfaite! Certes, en ce qui concerne ses organes politiques, ses structures sont au fond héritées de la Deuxième Guerre mondiale: c'était l'ONU organisée par les vainqueurs. Certes, on peut dire que l'ONU, représentant la communauté internationale, fait montre souvent de son incapacité à mettre de l'ordre dans le monde, à mettre de la justice dans le monde, à éteindre les foyers de conflits et, nous venons d'en avoir un exemple absolument dramatique et tragique, à empêcher, au fond, que la haine n'alimente le terreau du terrorisme. D'autre part, il est vrai qu'à l'intérieur de l'ONU il y a le poids des grands et que, par exemple, les Etats-Unis ont souvent trop de poids, ils influencent trop la communauté internationale et ses actions et qu'il n'y a pas l'impartialité que nous voudrions y voir. L'ONU, donc, n'est pas parfaite. Mais l'ONU est à l'image du monde. C'est tout de même dans l'ONU que les petits Etats peuvent s'exprimer. C'est tout de même à l'intérieur de l'ONU qu'il y a les grands débats de ce siècle et les grands débats sur, justement, les solutions à apporter, ou à chercher à apporter, aux problèmes lancinants et aux problèmes les plus graves.

Vous êtes-vous déjà demandé, Mesdames et Messieurs les opposants à l'ONU, ce qu'il en aurait été si l'ONU n'existait pas? Pensez-vous vraiment que si l'ONU n'avait pas existé, il y aurait eu plus de sécurité? Et ne pensez-vous pas que dans certains cas, c'est l'ONU qui a réussi à apaiser des conflits, à empêcher qu'ils resurgissent? Il y a lieu tout de même d'en prendre acte et de retirer son chapeau.

L'ONU, encore une fois, n'est pas parfaite, mais on ne voit pas où, quand et comment il pourrait y avoir un espoir d'un monde moins mauvais, d'un monde plus équitable, de davantage de paix en dehors de l'ONU. Pour un Etat comme la Suisse, qui précisément ne veut pas qu'il y ait une suprématie de certains Etats sur d'autres, pour un petit Etat comme la Suisse, il y a une nécessité d'être attachée précisément à l'ONU en tant que représentante de la communauté internationale. D'ailleurs, nous le faisons déjà: pour quelle autre raison, avec l'approbation du peuple finalement, avons-nous la Swisscoy au Kosovo? Parce que la Swisscoy est précisément patronnée, cautionnée, légitimée par l'Organisation des Nations Unies. Nous avons donc déjà accepté cette idée que quand la communauté internationale prend en charge un dossier, la Suisse peut s'y associer.

La neutralité: c'était déjà le Professeur Bindschedler, il y a au moins 30 ans, qui disait que la neutralité est un statut, que la politique de neutralité est ce que nous voulons qu'elle soit. Il disait ça dans la foulée de ce que disait M. Max Petitpierre, conseiller fédéral: "neutralité, solidarité." Eh bien, moi, je vous dis qu'aujourd'hui, la politique de neutralité doit nous amener précisément à vouloir participer à tout ce qui est légitimé par la communauté internationale, non pas aux opérations de guerre, mais aux opérations pour la paix. Nous devons absolument, justement, faire entendre notre voix, la voix d'un pays qui a su résoudre les conflits, la voix d'un pays qui a su faire vivre ensemble plusieurs cultures, la voix d'un pays qui connaît ce que c'est que le fédéralisme, la voix d'un pays qui sait ce que c'est, précisément, que de vivre ensemble.

Il est temps, il est grand temps pour la Suisse, au nom de cette maxime qui est ancienne, de cette maxime qui est dans la ligne de notre politique depuis des décennies, de cette maxime qui s'appelle "neutralité, solidarité", il est grand temps que nous entrions de plein pied dans l'ONU pour défendre nos intérêts, pour défendre nos valeurs, pour participer aux efforts, aux efforts sans cesse à renouveler pour un monde moins mauvais. Ce qui s'est passé aux Etats-Unis doit nous montrer encore davantage que c'est la communauté internationale représentée par l'ONU qui peut et doit s'engager finalement pour, encore une fois, essayer d'apaiser les pires situations, les pires conflits du monde, afin que ça amène aussi plus de sécurité, pour nous également.

Pour toutes ces raisons, je vous engage, en acceptant la proposition des trois grands groupes, démocrate-chrétien, radical-démocratique et socialiste, sur la référence aux articles évoquant la neutralité, à accepter l'initiative populaire "pour l'adhésion de la Suisse à l'ONU" et à recommander au peuple le oui à l'ONU, au nom de la Suisse et au nom de notre tradition également.