Lexipedia

Guisan Yves · Nationalrat · 2001-09-19

Guisan Yves · Nationalrat · Waadt · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2001-09-19

Wortprotokoll

En préambule, j'aimerais affirmer que ni M. Christen ni moi-même ne sommes des adversaires de [PAGE 1043] l'armée ou des antimilitaristes, bien au contraire. Nous sommes convaincus que l'armée doit disposer de tous les moyens d'intervention nécessaires pour assurer notre sécurité et la défense du pays. Nous rendons hommage à tous ceux qui se dévouent sans compter pour assumer cette mission. Il s'agit non pas de démanteler l'armée par la bande, comme l'insinuent certains, mais au contraire de la doter des moyens dont elle a besoin non seulement pour faire face aux hypothétiques menaces de l'avenir, mais aussi à celles du présent.

Malheureusement, le programme d'armement 2001 ne remplit pas ces conditions. Cette démarche reste en effet profondément inspirée par une logique de guerre froide et ne tient aucun compte de la situation géostratégique actuelle. Les conclusions du rapport sur la politique de sécurité 2000, largement approuvées par le Parlement, sont tout simplement ignorées. Elles insistent pourtant lourdement sur le changement de la nature de la menace et la perspective très improbable d'un conflit classique entre grandes puissances sur notre continent. Par contre, les fossés économiques et sociaux, la menace contre les infrastructures informatiques et de communication, le terrorisme, l'extrémisme violent, la criminalité et le crime organisé, l'évolution démographique et les migrations sont devenus un souci majeur. Le rapport précise même que la dissuasion n'est plus en mesure de contrer ces violences d'un nouveau genre. Les Etats-Unis, les villes de New York et de Washington, et avec eux le monde occidental, viennent d'en faire la plus tragique et la plus cruelle expérience. Les divisions blindées, le dispositif Bison, la munition intelligente, les missiles Rapier n'apportent certainement aucune réponse à cette problématique.

Lorsque, dans son message, le Conseil fédéral justifie ses choix par "la prestation exigée par la politique de sécurité et l'orientation imposée par la doctrine", on suffoque quelque peu devant la pauvreté d'un tel charabia censé nous convaincre. Il existe au sein du DDPS une dissociation inquiétante entre la vision de ses responsables politiques et celle des militaires de terrain ou du Groupement de l'armement qui s'en tiennent à des conceptions classiques. L'aspect strictement militaire n'est d'ailleurs manifestement plus le seul à entrer en ligne de compte et intervient à titre de complément d'une politique de soutien économique au développement, de migration et de maintien de la paix. La prévention du terrorisme et des menaces analogues passe par un effort considérable au niveau du renseignement et de la surveillance. La technologie seule n'est certainement pas suffisante. Les récents événements viennent de nous démontrer qu'avec un peu d'imagination et d'organisation, elle peut être mise en échec avec les moyens les plus simples.

Il s'agit donc de mettre en place tout un dispositif politique et militaire à composantes multiples. Comment comprendre dès lors que les responsables de l'armement, dans ce même département, ne tiennent aucun compte de toute cette réflexion et écartent même les avions de transport nécessaires au maintien de la paix, dûment approuvés par le peuple?

Tout cela implique de sortir de cette ambivalence profonde consistant, d'un côté, à prôner le changement de culture envisagé par le rapport sur la politique de sécurité 2000 tout en restant, de l'autre, fidèle à une tradition d'autant plus rassurante mais également d'autant plus illusoire et, en fin de compte, irresponsable, que, par définition, elle n'apporte rien de nouveau.

C'est pourquoi nous prions le Conseil fédéral de redéfinir les priorités en mettant l'accent, comme il l'a affirmé lui-même à de nombreuses reprises, sur la collaboration avec l'étranger, les moyens nécessaires à la lutte antiterroriste et à la gestion des crises. Il est certainement plus important de disposer maintenant d'un service de renseignement performant, d'avions de transport nécessaires au maintien de la paix, et de procéder sans délai aux réformes structurelles et opérationnelles qui s'imposent, plutôt que d'accumuler des stocks de munitions défiant toute concurrence et une panoplie non moins impressionnante d'armement lourd inadapté à la situation. Cela ne veut pas dire qu'une modernisation ne soit pas nécessaire, mais il y a lieu de procéder à une pondération en fonction de ce qui précède.

Un tel programme revu et corrigé est urgent et devrait pouvoir être soumis à nouveau à notre Conseil d'ici mars 2002, et par conséquent ne pas provoquer de retards dommageables.