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Grin Jean-Pierre · Nationalrat · 2012-03-14

Grin Jean-Pierre · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2012-03-14

Wortprotokoll

Rarement dans son histoire centenaire, la Banque nationale suisse (BNS) n'a été autant sous les projecteurs que depuis le début de la crise financière de 2008. Relativement indépendante dès ses débuts, elle a su se forger au fil du temps une excellente réputation à l'échelle internationale. Grâce à cette stabilité en politique monétaire, la Suisse a prospéré et développé sa place financière.

Tout à coup, tout s'accélère et la BNS est sous les feux de l'actualité. Le bon et le moins bon sont analysés de très près par les politiques et par la presse. Jugez plutôt. Début octobre 2008: l'approche déterminée de la Confédération et de la BNS évite la spirale négative des retraits de fonds des clients de l'UBS. La BNS reprend les positions d'actifs illiquides d'UBS, elle est félicitée pour son travail. Premier semestre 2010: la BNS tente de prévenir une surévaluation excessive du franc suisse et achète des devises pour l'affaiblir. Les réserves de devises de la BNS passent de 132 milliards à 226,7 milliards de francs. Opération très risquée. Ces interventions répétées sur le marché des changes n'empêchent cependant pas le franc suisse de s'apprécier de plus en plus. Le franc suisse poursuit sa hausse jusqu'à 1,007 franc pour 1 euro, presque la parité. Ces opérations provoquent de lourdes pertes pour la BNS et son président est très critiqué. Le 6 septembre 2011, la BNS fixe, enfin, je dirai, le taux de change plancher à 1,20 franc pour 1 euro. Le plancher peut être imposé au marché avec des moyens financiers relativement limités. Opération que je dirai réussie. Décembre 2011-janvier 2012: un relevé bancaire du président nous informe que d'importants achats de devises en amont de l'intervention de la BNS sur le blocage de l'euro ont été effectués sur des comptes privés. Suite à cela, le président est poussé vers la démission et la BNS subit une perte d'image considérable.

Dernièrement, des opérations sur devises d'un membre de la direction ont attiré l'attention des réviseurs. Ces opérations, bien que réglementaires, apparaissent quand même tout aussi problématiques que celles qui ont été fatales au président de la BNS. Comme vous le constatez, ce n'est pas en majorité les opérations techniques et financières de la BNS même, mais celles de ses dirigeants en privé qui ternissent son image. C'est l'éthique des dirigeants et non pas le non-respect du règlement en vigueur qui doit être dénoncée. Si le nouveau règlement colmate en quelque sorte les failles apparues dans l'affaire Hildebrand, il est encore laxiste sur certains points, comme les placements immobiliers qui sont sensibles aux taux d'intérêt influencés par la politique monétaire de la BNS. D'autre part, un règlement ne remplacera jamais la responsabilité éthique et la vigilance personnelle.

Pour résumer, l'indépendance de la BNS doit, pour ma part, rester d'actualité. La politique monétaire de la Suisse doit relever - ces temps-ci surtout - des défis de taille. La crédibilité de la BNS est cruciale pour une politique monétaire solide et couronnée de succès. Il convient d'autre part de clarifier rapidement la succession à sa tête.

De plus, il faut une nouvelle culture au sein des dirigeants de la BNS. Les membres de la direction ne doivent plus pouvoir faire des opérations privées sur devises et doivent répondre d'une éthique morale sans faille. Il en va de la crédibilité et de l'image à l'avenir de notre institut financier suprême.