Perrin Yvan · Nationalrat · 2013-04-17
Perrin Yvan · Nationalrat · Neuenburg · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2013-04-17
Wortprotokoll
Le 19 mars 2005 à La Chaux-de-Fonds, à l'occasion de l'assemblée des délégués du Parti socialiste suisse, Madame la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey prononçait ces fortes paroles: "Schengen nous apportera plus de sécurité." Aujourd'hui, avec huit ans de recul, on mesure à quel point l'intéressée était dans l'erreur.
L'ouverture des frontières a donné une bouffée d'oxygène aux "crimes vagabonds", conséquence fort sensible dans le canton de Neuchâtel, eu égard à sa longue frontière avec la France. Les statistiques policières unifiées au niveau suisse depuis 2009 démontrent clairement que le canton de Neuchâtel est particulièrement touché. Ainsi, on remarque que lorsque la criminalité baisse de 5 pour cent au niveau suisse entre 2009 et 2010, elle reste stable à Neuchâtel, qui ne bénéficie pas de l'embellie constatée au niveau national. Lorsque au contraire la situation se dégrade entre 2010 et 2011 avec une hausse de 6 pour cent sur l'ensemble du territoire, la criminalité déjà supérieure à la moyenne augmente plus fortement dans notre canton.
Cette situation particulièrement défavorable s'explique par plusieurs facteurs. Tout d'abord, le voisinage immédiat de la frontière garantit un repli rapide aux criminels qui viennent se servir chez nous. Ces délinquants peuvent donc agir sans grand risque avec d'intéressantes perspectives de butin. Ce n'est pas par hasard si, parallèlement aux cambriolages commis au préjudice des particuliers, de nombreuses entreprises travaillant des métaux précieux ont été les cibles d'individus souvent lourdement armés et volontiers violents. Les agressions de ce type laissent fréquemment des séquelles graves et durables chez les victimes qui peinent à retrouver une vie normale après pareil événement.
Le Printemps arabe a également apporté son écot à la dégradation générale que les professionnels observent, à commencer par un homme volontiers considéré comme la référence suprême en la matière, à savoir Olivier Guéniat, commandant de la police cantonale jurassienne. Ce spécialiste constate que le nombre de victimes augmente et que l'on ne peut pas continuer de cette manière. L'homme va même jusqu'à évoquer des centres fermés, solution qu'il fustigeait dans les termes les plus clairs il n'y a pas si longtemps encore.
Pour résumer la situation telle qu'elle est vécue sur le terrain, rien de mieux que l'avis d'un professionnel, à savoir Jean-Marc Widmer, président de la Fédération suisse des fonctionnaires de police, et non un nationaliste de ce Parlement: "Nous, les policiers, nous nous sommes fait avoir. On nous a vendu le fait que nous pourrions accéder à la banque de données des policiers européens. Mais on a complètement occulté les problèmes de l'ouverture de la frontière. C'est devenu une passoire. Les armes, la drogue, les gangs lyonnais et les bandes de Roms passent beaucoup plus facilement." - et aussi - "Il faut absolument remettre des gens aux postes-frontière."
Ces mots émanent d'un homme qui représente les 23 000 policiers et policières qui tentent chaque jour de juguler la délinquance et de rétablir une certaine qualité de vie dans nos rues. Nous serions bien inspirés de l'écouter et de nous rappeler qu'une des premières tâches de l'Etat consiste à assurer la sécurité des personnes et des biens.