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Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2001-09-24

Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2001-09-24

Wortprotokoll

Le Bureau du Conseil national n'a pas jugé important de mettre à l'ordre du jour la question des sans-papiers. En revanche, il a jugé urgent de discuter de la situation financière de Swissair. Que l'économie et les affaires passent avant les gens, voilà qui révèle un ordre de priorités que nous trouvons inacceptable, même si nous reconnaissons que Swissair vit des moments difficiles.

Ainsi des centaines de clandestins qui ont eu le courage de sortir de l'ombre pour dire leurs conditions de vie, leurs peurs, leurs espoirs; des milliers d'autres dans toute la Suisse qui attendent un signe de Berne; des milliers de gens qui, aussi de toute la Suisse, nous ont envoyé des cartes postales pour soutenir la démarche des sans-papiers, eh bien ces milliers de personnes - sauf si vous en décidez autrement en adoptant ma motion d'ordre - n'entendront de nous que le silence. Un silence étouffant qu'ils recevront comme un signe de mépris. Un silence qui les renvoie à l'inexistence, comme s'ils ne valaient même pas la peine d'un débat. Enfin, quand je dis silence, c'est une manière de parler, parce que le brouhaha qui règne actuellement dans cette salle peut aussi être compris comme un signe de mépris vis-à-vis des gens dont nous parlons.

Franchement, je dois vous dire que tout cela me fait mal, car encore une fois, nous ne parlons pas d'avions, nous parlons de personnes.

A cela s'ajoute que de nombreuses paroisses, tant catholiques que protestantes, et pas seulement celles qui ont ouvert leurs églises aux sans-papiers, attendent de nous une réponse, parce qu'elles se sont trouvées fortement engagées, impliquées, ébranlées et parfois même déchirées. Il en va de même des autorités politiques cantonales (Vaud, Fribourg, Neuchâtel, Berne, mais aussi Bâle et Zurich). Cette situation d'attente est encore celle de très nombreux employeurs qui font partie des dizaines de milliers de personnes en infraction dans notre pays. Bien que j'aie moins de compassion pour eux que pour les personnes qu'ils emploient, je comprends leur souhait de sortir de l'illégalité.

Dans son message sur la révision de la loi fédérale sur le séjour et l'établissement des étrangers, le Conseil fédéral reconnaît que de nombreux problèmes relatifs à l'immigration ne peuvent pas être réglés actuellement par manque de base légale. Dans cette situation, il y a urgence de prononcer au moins une suspension des renvois des sans-papiers dans l'attente d'un règlement légal de leur situation.

Cet été, les manifestations des sans-papiers nous ont fait franchir un point de non-retour. On ne peut plus ni les [PAGE 1120] embarquer de force dans des charters, ni les renvoyer à la clandestinité, nous rendant ainsi complices d'une énorme hypocrisie. C'est aussi ce qui fait l'urgence de la situation.

Alors, je vous en prie, acceptez de consacrer un peu de votre temps précieux à cette question difficile et adoptez les deux motions d'ordre.