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Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2013-03-06

Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2013-03-06

Wortprotokoll

En préambule, je déclare mes intérêts: je suis médecin de famille, l'un de ces fameux médecins de campagne en voie de disparition. Ensuite, je suis membre de la commission politique de l'Association des médecins de famille et de l'enfance Suisse.

L'initiative populaire "Oui à la médecine de famille" recèle objectivement deux imperfections: premièrement, elle fait référence à une seule et unique profession particulière, profession qui serait élevée à un rang tout à fait extraordinaire dans la Constitution fédérale; deuxièmement, elle souhaite introduire dans la Constitution une foule de détails qui n'ont certainement rien à y faire.

Mais c'est tout ce que l'on peut reprocher à ce texte, car cette initiative s'attaque à une véritable problématique: la médecine de premier recours est en crise; la pénurie guette; le problème est sérieux. La moyenne d'âge des médecins généralistes en activité dépasse allègrement les 55 ans. Dans ma région, dans dix ans, un généraliste sur deux aura pris sa retraite. Et la relève se fait attendre. La profession a perdu de son attrait: trop d'heures, trop de travail, trop de paperasse. Les jeunes médecins préfèrent opter pour des spécialités qui leur assurent des conditions de vie plus agréables et sans doute des conditions salariales plus intéressantes. La profession médicale s'est également profondément féminisée et le choix de certaines spécialités permet plus facilement de concilier vie familiale et vie professionnelle, d'opter pour un temps partiel par exemple. [PAGE 90]

Alors tenter de remettre un cabinet de médecine générale dans une région excentrée est devenu quasi mission impossible! Pourtant, si l'on écoute les hommes politiques, la médecine générale serait l'enfant chéri du système, l'objet de toutes les attentions et de toutes les préoccupations. Mais dans les faits, rien, ou plutôt le contraire: les médecins de premier recours ont encore en travers de la gorge la mauvaise farce de la baisse des tarifs de laboratoire du praticien. Réaliser des analyses à perte, la belle affaire! Avec à la clé une réduction des revenus des médecins de premier recours, ceux-là même qui figurent, avec les psychiatres, parmi les médecins dont les revenus sont les plus bas.

Ne vous méprenez pas: je ne me plains pas! Mais vous conviendrez avec moi que, pour susciter des vocations, il y a mieux à faire. C'était la méthode Couchepin. Depuis lors, heureusement, on constate des progrès indéniables dans la prise en compte des difficultés des médecins de premier recours.

Je le répète, la situation est grave. Pour former un médecin, dix à douze ans sont nécessaires. C'est donc maintenant qu'il faut prendre des options claires pour relever les défis cruciaux qui nous attendent dans dix ans, sous peine de remettre en question la prise en charge optimale de notre population, surtout dans les zones excentrées. Les patients, principalement les patients âgés, sont attachés à leur médecin de famille, un médecin qui les connaît depuis longtemps, qui les écoute, les accompagne au fil des aléas de la vie, un médecin qui est souvent devenu un ami, un confident, un repère, un conseiller pour tout et rien.

Pour soutenir et garantir l'avenir de la médecine de famille, la FMH et l'Association suisse des médecins de famille proposent une série de mesures propres à contribuer à résoudre ces problèmes: la création de davantage de places d'études de médecine, le renforcement de la formation spécifique liée à la médecine de famille au cours de la formation universitaire, un appui à la formation postgraduée, une rémunération équitable des médecins de famille et des pédiatres, un chapitre propre à la médecine de famille dans la structure tarifaire Tarmed, la simplification des tâches administratives et, plus globalement, un exercice facilité de la profession.

Vous avez aujourd'hui l'occasion de témoigner votre soutien tangible à l'égard de la médecine de famille, une médecine de proximité et de premier recours essentielle à la prise en charge efficace et économique de la population suisse. Alors soutenez sans réserve l'initiative qui vous est proposée ainsi que la motion du Conseil des Etats. Cela représentera un signal politique fort. Dites oui à la médecine de famille!