Veillon Pierre-François · Nationalrat · 2014-03-06
Veillon Pierre-François · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2014-03-06
Wortprotokoll
L'informatique au sein de la Confédération est un thème très actuel pour la Commission de gestion. Messieurs Hiltpold et Caroni ont fait part de leurs préoccupations, et je vais reprendre ce thème. L'informatique est un domaine incontournable au sein de l'administration fédérale comme d'ailleurs dans les entreprises ou pour nous autres à titre privé. L'informatique est un défi majeur car elle est omniprésente, nécessaire mais aussi sujette à la dépendance.
Je vois trois dépendances. Tout d'abord la dépendance aux spécialistes. Il en est de l'informatique comme de notre propre santé: on accorde une pleine confiance aux spécialistes. On attend de notre médecin qu'il nous soigne car on n'y comprend rien; on attend de l'informaticien qu'il résolve nos problèmes car on n'y comprend rien.
Deuxième dépendance: la dépendance aux moyens financiers. L'informatique est en perpétuel mouvement. L'évolution continuelle du matériel et des programmes engendre des dépenses incessantes.
Troisième dépendance: la dépendance aux entreprises externes. L'informatique est une affaire de spécialistes. La Confédération n'a pas souvent ces spécialistes en interne. Elle dépend donc des entreprises externes, non seulement pour l'exécution des projets, mais aussi quelquefois pour la production quotidienne. L'administration est une vraie vache à lait pour ces entreprises.
La Commission de gestion constate plusieurs cas de dysfonctionnement dans la gestion de l'informatique, malgré les directives et les règles en vigueur au sein de l'administration fédérale: dysfonctionnements dans le choix des mandataires; préférence donnée à des spécialistes dont on ne peut plus se passer; corruption; coûts qui ne sont plus sous contrôle; absence de savoir-faire interne; gestion déficiente des projets; déficit en matière de sécurité informatique et absence de management des risques.
La Commission de gestion est actuellement sur plusieurs dossiers.
Comme l'a rappelé tout à l'heure Monsieur Hiltpold, la Commission de gestion mène une inspection du projet Insieme de l'administration fédérale des contributions. Ce projet a été interrompu en 2012 après avoir coûté 100 millions de francs. On y trouve tous les ingrédients d'une mauvaise gestion de projet: une application chaotique des règles concernant les marchés publics et un manque de suivi de la part des responsables hiérarchiques. Il est tout de même incroyable de dépenser 100 millions de francs pour ensuite tout abandonner. [PAGE 144]
Deuxième dossier: La Commission de gestion a terminé son inspection concernant l'affaire du vol de données au sein du Service de renseignement de la Confédération. Tout occupé par la fusion des anciens services intérieur et extérieur, le SRC a négligé ses principes fondamentaux. Il a fait preuve d'une insuffisance crasse dans la sécurité de son informatique. L'inspection a aussi révélé une fragilité du système et une dépendance excessive envers les entreprises externes pour répondre au manque de collaborateurs internes. Enfin, l'inspection a mis le doigt sur le non-respect des directives de la Confédération en matière de sécurité informatique, un concept opérationnel de gestion des risques étant tout simplement absent.
Troisième dossier en cours: la Commission de gestion s'est entretenue la semaine dernière avec le Chef du DEFR à propos de l'affaire de corruption au SECO. Cette affaire est particulièrement scandaleuse car elle concerne des pots-de-vin entre une entreprise informatique et un collaborateur. Dans la foulée de cet entretien, la Commission de gestion a déposé une motion urgente pour exiger du Conseil fédéral des mesures rapides afin d'empêcher ces agissements criminels, autant que faire se peut. Affaire à suivre, jusqu'à la mise en place d'une gestion plus performante des mandats aux entreprises qui accompagnent l'administration. C'est quelque chose que nous a promis le Conseil fédéral.
Et puis, ouvrez le "Bund" dans son édition d'aujourd'hui. Vous y trouverez la dernière affaire concernant l'informatique de la Confédération: cela se passe à la Centrale de compensation - ZAS en allemand - qui dépend du DFF. Vous y trouverez: le détournement des règles touchant les marchés publics, une absence de résultats probants et des millions dépensés dans le vide.
Pour conclure, je serais tenté de dire que, étant donné le développement de l'informatique et les problèmes récurrents rencontrés au sein de l'administration fédérale, on peut se poser la question de la pertinence de la mise sur pied d'une entreprise interne chargée de l'exécution des projets informatiques au sein de la Confédération, un peu comme la RUAG qui travaille pour la défense nationale.