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Levrat Christian · Ständerat · 2012-12-12

Levrat Christian · Ständerat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2012-12-12

Wortprotokoll

Je dois vous avouer que je ne m'attendais pas, à cet article, à me retrouver en situation de devoir déposer une proposition de minorité, pour défendre la version du Conseil fédéral il est vrai. Ce que nous propose la majorité est un retour au système planifié que nous connaissions avant la libéralisation des importations en matière de viande. C'est un système planifié qui récompense les organismes qui disposent en Suisse d'une position de monopole et qui leur garantit une rente de monopole importante.

J'ai pu entendre ici ou là que ce retour à l'ancien système devrait avantager les petits bouchers artisanaux. Permettez-moi de ne pas bien comprendre ce raisonnement! En quoi est-ce que l'introduction d'un quota de 40 pour cent réservé aux sociétés, qui aujourd'hui contrôlent le marché de l'abattage en Suisse, contribuerait à soutenir les bouchers artisanaux? Aujourd'hui, le marché de la viande est détenu à 50 pour cent par quatre grandes boucheries: Bell le boucher de la Coop, Micarna le boucher de la Migros, Fenaco et la boucherie d'Hinwil. Cette part de 50 pour cent monte à 80 pour cent lorsqu'il s'agit de la volaille.

Accorder à ces quatre grands bouchers une rente de monopole en leur attribuant automatiquement 40 pour cent des importations me semble totalement contraire à l'esprit que nous tentons de faire régner dans cette politique agricole et [PAGE 1177] contraire aux intérêts des artisans bouchers qui, au final, doivent pouvoir s'approvisionner indépendamment de ces quatre grands - le système d'enchères que nous connaissons aujourd'hui permettrait d'y parvenir -, mais c'est surtout contraire aux intérêts des clients. Personne ne pense sérieusement que ces quatre mastodontes de la boucherie répercuteront sur les clients les avantages que leur donne ce quota de 40 pour cent d'importations qui leur serait automatiquement octroyé.

Je me fais ici, et ça ne manque pas d'une certaine ironie, l'avocat d'un système libéral, d'un système que notre commission et notre conseil ont introduit lors de la précédente révision de la politique agricole et je suis assez surpris - je le répète - de me retrouver en position de minorité.

Ce système n'est ni dans l'intérêt des clients, ni dans celui des artisans. Les seuls qui peuvent trouver un avantage à la solution proposée ici, ce sont les quatre grands qui aujourd'hui se partagent le marché de la viande. Je crois qu'il n'est pas sain, ni pour nous ni pour eux, de renforcer encore leur position sur ce marché.

Je vous invite par conséquent à suivre la minorité.