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Polla Barbara · Nationalrat · 2001-10-04

Polla Barbara · Nationalrat · Genf · Liberale Fraktion · 2001-10-04

Wortprotokoll

M. Fehr Hans-Jürg a commencé son intervention de rapporteur en nous rappelant que nous avons déjà eu des dimanches sans voitures. Oui, c'est vrai, et nous avons même fait contre mauvaise fortune bon coeur, crise oblige. Mais aujourd'hui, il ne s'agit pas, en tout cas pour cet objet, de répondre à une situation de crise. Non, c'est juste pour faire plaisir, ou bien juste comme pense-bête, selon M. Neirynck. Mais les libéraux n'aiment pas penser bête, et ils ne veulent pas de ce plaisir-là.

Le groupe libéral vous invite donc à rejeter l'initiative des dimanches, comme le contre-projet.

Nous aimerions d'abord considérer cette initiative sous l'angle du développement durable. Je vous rappelle que la définition du développement durable, telle qu'elle apparaît dans le rapport Brundtland suite au Sommet de Rio, c'est "un développement qui tienne compte des besoins des générations d'aujourd'hui sans mettre en cause les besoins, voire les choix, des générations futures". Cette définition s'est ensuite enrichie du concept des trois piliers. Le développement durable doit ainsi tenir compte de façon équilibrée et harmonieuse des critères environnementaux, économiques et sociaux, piliers auxquels s'est rajouté plus récemment un quatrième, celui des populations.

Eh bien, cette initiative ne répond aucunement aux critères du développement durable ainsi définis, et c'est une première bonne raison de la refuser. En effet, elle ne prend pas en compte les besoins des générations actuelles et ne sauvegarde en rien ceux des générations futures. Les besoins de mobilité, le libre choix des moyens de transport font clairement partie des besoins des citoyens, le dimanche comme les autres jours. Le dernier samedi sans voitures à Genève - je vous donne un exemple personnel -, le samedi 22 septembre, ma mère bientôt âgée de 80 ans a voulu rendre visite à mes filles. Elle leur apportait des tartes de fruits d'automne, des fleurs et autres gâteries. Le taxi n'a pas pu l'amener à proximité de l'appartement de ses petits-enfants, et madame mère a dû rester debout sur le trottoir à attendre qu'on veuille bien venir l'aider.

Le fait de mettre en place un ou plusieurs dimanches sans voiture n'a par ailleurs aucun effet positif sur l'environnement. Certes, les initiants le reconnaissent bien volontiers: zéro effet écologique, ce n'est donc que pour le bien social. Les effets économiques, eux, par contre, sont clairement négatifs. Mettre en place des journées sans voitures, cela ne sert à rien au niveau écologique, nous sommes bien d'accord, mais par contre, cela coûte un saladier. On tait en général pudiquement les coûts de telles opérations, mais pensez un peu: lourde bureaucratie, mise en place des [PAGE 1385] dérogations, transports publics gratuits dans certains cas, 110 000 francs de compensations pour le seul 22 septembre dans la seule ville de Genève, contrôles très importants, il a fallu trois hommes en uniforme pour arrêter le taxi de ma mère, pertes touristiques, et j'en passe. En ce qui concerne les pertes touristiques, on nous dit que l'agrotourisme va bénéficier des dimanches sans voitures. Mais par rapport aux pertes d'un tourisme plus classique, c'est sans rapport quantitatif.

En ce qui concerne les populations, les effets négatifs touchent plus particulièrement les populations périphériques, d'une part, et, d'autre part, nos relations avec les pays qui nous entourent. Les interdictions de circuler le dimanche violent nos engagements internationaux, et notamment l'Accord entre la Communauté européenne et la Confédération suisse sur le transport de marchandises et de voyageurs par rail et par route, n'est-ce pas, Monsieur Neirynck; la Convention entre la France et la Suisse concernant l'aménagement de l'aéroport de Genève-Cointrin; l'Accord entre la Confédération suisse et la République fédérale d'Allemagne concernant la route entre Lörrach et Weil am Rhein sur le territoire suisse, etc. Il nous reste donc uniquement les éventuels bénéfices sociaux.

Je vous rappelle que ce projet ne repose que sur un seul pilier, et quel pilier! Il s'agit d'offrir aux gens de nouveaux espaces de convivialité, de modifier leurs habitudes dominicales, de changer les mentalités, comme on dit. Il s'agit de donner à la population l'occasion de vivre autrement, de faire le bonheur des gens! Mais faire le bonheur des gens en décidant à leur place ne correspond pas à une vision libérale de l'organisation sociale.

J'aimerais vous rappeler, d'autre part, que de nombreuses initiatives allant dans le même sens ont déjà été refusées: l'initiative de Berthoud, déposée en 1975, qui demandait douze dimanches sans avions et sans voitures; l'initiative parlementaire Jaeger, déposée en 1976, qui proposait une interdiction de circuler huit dimanches par an, rejetée encore; l'initiative parlementaire Teuscher de 1996 demandant deux jours sans voitures par an et la motion du même auteur réclamant une jolie fête sur l'autoroute A1, le jour du Jeûne fédéral 2000.

A propos de jolie fête, comme le rappelle le Conseil fédéral dans son message, le projet actuel entend mettre à la libre disposition de la population les routes et places publiques. En substance, selon le Conseil fédéral, cela signifie que l'on pourrait se promener sur l'autoroute, y faire du roller ou du vélo. Alors, je me revois il y a quelques années avec mes quatre filles et je m'imagine allant m'amuser sur l'autoroute. Mais on y va comment sur l'autoroute de contournement de Genève, par exemple? Et on fait comment pour protéger les enfants contre les véhicules qui circulent tout de même, parce que les dérogations indispensables sont tellement nombreuses - je vous rappelle tout de même que 11 pour cent de la population travaille le dimanche - que la sécurité n'est qu'illusion?

Monsieur Neirynck, vous nous avez parlé de vies sauvées. Non, Monsieur Neirynck, malgré toute l'estime que j'ai pour vos arguments en général extrêmement bien fondés, je ne peux pas accepter celui-ci. C'est une fausse sécurité que vous nous faites miroiter, une illusion.

Je pourrais vous promener encore longtemps, c'est le cas de le dire, à travers la longue liste des inconvénients de cette initiative populaire. Mais en conclusion, je vous rappelle qu'elle ne favorise en rien le développement durable et qu'elle veut faire le bonheur des autres. Laissons chacun faire son bonheur comme il veut et, en l'occurrence, laissons aux villes, si elles le souhaitent, comme c'est le cas à l'heure actuelle, le privilège d'instaurer des journées sans voitures. Mais s'il vous plaît, pas au niveau national!

Non aux dimanches sans voitures, ni un par saison, ni deux par an, ni un par an, ni en hiver, ni en été! Lorsqu'une idée est mauvaise, il ne suffit pas de la diviser par deux ou par quatre pour la rendre bonne; elle reste toujours mauvaise.

Nous vous proposons donc de recommander au peuple et aux cantons le rejet de l'initiative des dimanches et de rejeter le contre-projet.