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Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2001-10-04

Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2001-10-04

Wortprotokoll

Dans les réponses que le Conseil fédéral apporte aux trois motions, il est fait mention plusieurs fois du fait que la Poste, avant de prendre ses décisions, prend l'avis des collectivités publiques, en particulier des communes, et examine diverses solutions. Pour avoir participé à l'une de ces rencontres dans un village, je voudrais affirmer très clairement ici que la Poste ne discute rien du tout; elle fait semblant! Au bout d'un moment, pendant lequel on a laissé les autorités communales s'exprimer, la Poste annonce sa décision et fait signer le protocole. Et même si la commune fait notifier au procès-verbal qu'elle n'est absolument pas d'accord, cela ne change strictement rien! La Poste agit en technocrate; elle fait preuve de froideur. Et quand on proteste qu'elle court-circuite le processus démocratique en précipitant sa restructuration, elle hausse les épaules.

La réponse du Conseil fédéral affirme aussi que la restructuration se fera de manière socialement compatible et sans licenciements. C'est un discours! Car dans la réalité, même s'ils gardent leur emploi, les collaborateurs de la Poste voient leurs conditions de travail et leur salaire évoluer vers le bas de manière inversement proportionnelle à celles de leurs dirigeants qui, elles, crèvent le plafond. Déjà comme buralistes, certains collaborateurs ont perdu une partie importante de leur salaire ces 10 dernières années. Certains d'entre eux, à l'avenir, selon le sort qui leur est promis, perdront aussi leur statut, encore un peu de leur salaire et en plus leur logement, si la Poste entreprend de brader ses immeubles.

Enfin, le Conseil fédéral nous dit que les décisions sont prises sur la base d'analyses scientifiques. Scientifiques, je ne sais pas; mais technocratiques en tout cas; comptables, sans états d'âme et sans aucune compréhension pour les sentiments de la population. Grâce à ces études dites scientifiques, on nous fait miroiter le service à domicile qui est, paraît-il, apprécié de tout le monde. Eh bien, voilà en effet une perspective magnifique! Quand nous serons tous enfermés dans nos petites boîtes, à tout faire à la maison face à face avec notre ordinateur, quelle belle société nous aurons réussi à construire!

Restent les questions financières. Les perspectives à cet égard sont loin d'être claires. Globalement, on dit que la Poste fait un déficit de 500 millions de francs.

Ce n'est pas correct, dans la mesure où le service universel réalise un bénéfice qui comble le déficit des offices postaux et du secteur des colis, fortement déficitaire malgré les gros investissements consentis dans ce domaine. En définitive, la Poste a engrangé 591 millions de francs de bénéfices cumulés ces trois dernières années. Admettons que ça n'est pas garanti à long terme. Mais qui nous dit - si tant est que le service de la Poste doive absolument faire du bénéfice - que le remplacement des bureaux par un service à domicile sera rentable? Je ne vois pas très bien, en effet, comment les facteurs, qui devront couvrir un territoire plus grand, pourront encore assumer, en plus, toutes les tâches du service à domicile sans être complètement débordés. Va-t-on les surcharger d'heures supplémentaires, comme on le fait déjà aux CFF pour les mécaniciens? Va-t-on, au contraire, engager du personnel supplémentaire? Dans l'univers chronométré des employés de la Poste, la patience et l'empathie du facteur à l'égard des personnes âgées, par exemple, vont-elles être imputées à son temps de loisir plutôt qu'à son temps de travail? Par les temps qui courent, il semble que l'arrogance des privatiseurs ou la froideur des donneurs de leçons du "new management" ont montré leurs limites.

Moi aussi, je suis touchée par ce qui se passe sur la Place fédérale en ce moment. Je suis extrêmement sensible à la colère et au désarroi de ces gens qui risquent de perdre leur emploi. Mais je pense que les collaborateurs de la Poste, eux aussi, en ce moment, sont en désarroi et sont aussi écoeurés par les conditions de travail qui leur sont faites. Je ne voudrais pas que Swissair éclipse la Poste, car fondamentalement, le problème reste le même.

C'est pour toutes ces raisons que je vous demande de soutenir les motions Fasel, Dupraz et Rennwald.