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Hiltpold Hugues · Nationalrat · 2013-06-20

Hiltpold Hugues · Nationalrat · Genf · FDP-Liberale Fraktion · 2013-06-20

Wortprotokoll

Notre pays est un petit pays. Ce qui ne l'a pas empêché d'avoir une prospérité que beaucoup nous envient. Mais cette prospérité n'est pas éternelle. Jusqu'à la création de l'Etat fédéral, en 1848, notre pays était pauvre. Au point qu'au XIXe siècle beaucoup de Suisses ont dû quitter leur patrie et leur famille pour tenter leur chance dans le Nouveau Monde. Certains même en étaient réduits, pendant des siècles, au service mercenaire.

La création de l'Etat fédéral, en 1848, a changé cela. Grâce à la création du franc suisse, une monnaie unique qui en remplaçait pas moins de 600 autres. Grâce à la libre circulation des personnes entre les cantons, qui permettait à chaque personne, dans ce pays tout neuf, d'aller travailler dans un autre canton. Grâce aux banques cantonales, qui ont permis aux artisans et aux petits entrepreneurs d'accéder au crédit, pour investir et croître. Grâce à l'abolition des droits de douane entre les cantons. Grâce aux grands chantiers lancés par les Alfred Escher, les Louis Favre, qui ont relié les hommes au-delà des montagnes.

Au cours des années 1990, notre pays a à nouveau connu une période économique difficile. Durant toute cette décennie, la Suisse se payait même le luxe d'être le pays de l'OCDE qui connaissait le plus faible taux de croissance. Le taux de chômage a été multiplié par dix, la dette publique a passé de 38 à 108 milliards de francs, la quote-part fiscale de 9 à 11,6 pour cent. Nombre de cantons ont dû s'endetter aussi, pour sauver des banques cantonales plombées par la crise. C'était le résultat d'une décision politique: celle de refuser l'Espace économique européen sans aucune alternative, empêchant nos entreprises d'exporter sans taxes pénalisantes, les empêchant aussi d'attirer en Suisse des employés talentueux, qui auraient pu créer des emplois, de la croissance, du progrès.

La prospérité n'est revenue qu'après l'an 2000, lorsque notre pays s'est à nouveau ouvert les marchés européens via les accords bilatéraux. Nous avons profité de la forte croissance des anciens pays de l'Est. Nous avons profité de l'opportunité, pour nos entreprises, d'engager le meilleur personnel possible sur un marché de 230 millions de travailleurs. Nous avons profité aussi depuis 2004 - et nous continuons d'en profiter - des milliards accordés par l'Union européenne pour des programmes de recherche scientifique.

Grâce aux accords bilatéraux, des centaines de milliers d'emplois ont été créés en Suisse, au lieu d'être délocalisés. Le taux de chômage est aujourd'hui le plus bas de la décennie. Et, il faut bien l'avouer, dans bien des domaines, les immigrés européens représentent des forces de travail que [PAGE 1136] nous n'avons pas su former en suffisance en Suisse - par exemple dans le domaine des soins infirmiers. Et ceci, nous le devons aux accords bilatéraux. Aujourd'hui cette situation est menacée par l'initiative populaire contre l'immigration dite "de masse".

Son objectif est simple: revenir en arrière sur le vote des Suisses qui, à trois reprises en dix ans, ont exprimé leur soutien à la libre circulation des personnes - la libre circulation des personnes qui travaillent. Le résultat de cette initiative est simple: on aura toujours autant d'immigrés. Mais nous n'aurons plus d'immigrés formés, qualifiés, issus des pays de l'Union européenne, parlant donc nos langues, partageant avec nous un long héritage culturel, historique et religieux, dont l'intégration est aisée.

Non: au lieu de cela, nous aurons plus d'immigration clandestine, incontrôlée, plus de travailleurs au noir, plus de gens précarisés, acceptant des conditions de travail déloyales car non déclarés. Ce sont l'économie, la prospérité et la stabilité de la Suisse toute entière qui sont menacées par cette attaque frontale contre la voie bilatérale et la libre circulation des personnes.

Cette initiative ne vise qu'une seule chose: introduire une forme d'économie planifiée. Avec elle, c'est l'Etat qui décidera le nombre de personnes que nos entreprises auront le droit de recruter à l'étranger. Avec pour résultat les choix que devront prendre les entreprises: soit les entreprises multinationales, suisses ou étrangères, devront installer leurs collaborateurs de l'autre côté de la frontière, soit les autres entreprises, locales, devront renoncer à créer des emplois, ou alors recruter des travailleurs au noir, comme elles le faisaient dans les années 1990.

Mais il y a pire: cette initiative ne distingue pas les requérants d'asile de la main-d'oeuvre qualifiée. Tous sont à la même enseigne! Ce qui revient à dire qu'en cas d'afflux massif de réfugiés politiques en Suisse, par exemple en raison d'une guerre ou d'une révolution, on aurait rapidement atteint les quotas. On dira donc aux entreprises: non, vous n'avez pas le droit de faire venir votre spécialiste brésilien des biocarburants, débrouillez-vous! Par contre, si vous installez vos bureaux de l'autre côté de la frontière, vous pourrez le faire venir.

Nous connaissons tous la taille de notre pays, savons que nous ne pourrons pas accueillir tout le monde, et que par conséquent nous avons besoin d'une immigration choisie. C'est la voie que le groupe libéral-radical a choisie et c'est ce que je vous invite à promouvoir comme principe.

Je vous invite donc à recommander le rejet de cette initiative.