Savary Géraldine · Ständerat · 2014-06-13
Savary Géraldine · Ständerat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2014-06-13
Wortprotokoll
Nous connaissons toutes et tous l'engagement de Monsieur Luginbühl pour la culture dans ce pays, comme un certain nombre de membres de notre conseil. Je salue donc le souci général de notre collègue à défendre une politique culturelle efficace et ambitieuse.
Sur cette motion cependant, je ne peux le soutenir et je m'y opposerai, et ce pour trois raisons principalement.
La première, pour une question de calendrier et aussi de cohérence. Le message culture 2016-2019 a été annoncé par Monsieur le conseiller fédéral Berset il y a quelques semaines, avec une volonté très claire de fixer des axes prioritaires et de rendre la politique culturelle de notre pays lisible pour la population. Nous allons le débattre et nous pourrons aussi apporter notre pierre à l'édifice, ici au Conseil des Etats, au Parlement, et fixer nos objectifs, les rendre compréhensibles et, au fond, engager le dialogue de cette manière-là avec la population pour savoir quels sont les projets culturels que nous souhaitons défendre, quelles visions de la culture en Suisse et quels investissements leur consacrer.
On ne peut pas isoler les projets; on ne peut pas isoler les institutions ou les besoins en fonction de nos propres intérêts, de nos propres affections, de nos propres enthousiasmes pour l'un ou l'autre de ces projets culturels. On doit véritablement défendre sur ce point une vision cohérente et collective. Car sinon, on pourrait tous présenter des motions. Pour ma part, je pourrais présenter une motion pour défendre la Cinémathèque suisse à Lausanne, Madame Maury Pasquier ou Monsieur Cramer pour le Musée international de la Réforme, Monsieur Berberat pour le Musée international de l'horlogerie à La Chaux-de-Fonds: on peut tous commencer à proposer des motions, les défendre au Conseil des Etats et essayer de trouver des majorités pour soutenir ce type d'institution.
La deuxième raison est la suivante: Ballenberg, c'est sûr, doit être soutenu. On aime tous Ballenberg, on y est tous allés, on y a amené nos enfants, on y amènera nos petits-enfants, on y a fait des courses d'école, par tous les temps, on aime tous beaucoup Ballenberg. Or ce projet est déjà soutenu par la Confédération et il faut évidemment qu'il survive. [PAGE 561] Pour ma part, je comprends bien qu'on ait peur que Ballenberg meure ou agonise sans qu'on fasse quoi que ce soit. Mais je crois qu'il y a toutefois là un examen un peu plus précis à faire: quelle est la participation des cantons?
Comment les cantons peuvent-ils s'engager, eux qui portent leur patrimoine bâti sur ce lieu magnifique qu'est Ballenberg? Quel est leur engagement dans cette affaire? Nous n'en savons rien, et la motion ne répond évidemment pas à ces questions. Nous ne pouvons donc pas, nous parlementaires, considérer aujourd'hui que nous devons donner un blanc-seing à cette institution sans que les partenaires principaux, qui sont au fond les porteurs de notre patrimoine, n'y participent. Avant de voter sur cette motion, il faut donc au minimum conduire un dialogue construit, détaillé et efficace pour que ce musée, ce lieu, puisse être correctement défendu.
Dernier point: nous avons mené un débat très passionné, très passionnel autour du Musée national suisse il y a quelques années. Vous vous en souvenez, c'était compliqué. La Confédération, avant que nous ne prenions une décision, donnait un peu par-ci, par-là des indications, nous ne savions pas trop ce qu'elle voulait, ni ce qu'elle défendait, quelles institutions étaient porteuses de notre identité. Nous avons, les uns les autres, fait ce tri, défini un certain nombre d'axes. Si maintenant nous commençons à mettre en priorité une institution, un musée plutôt qu'un autre, toute cette politique que nous avons mise en oeuvre ici au Parlement, avec le Conseil fédéral, sera affaiblie, et nos objectifs seront évidemment moins lisibles que les décisions que nous avions prises.
Aujourd'hui, je vous invite à rejeter la motion Luginbühl. Le débat aura lieu dans le message culture et on pourra bien évidemment entamer à nouveau le débat. Lors d'auditions, les cantons seront entendus. La question de Ballenberg peut tout à fait être traitée dans ce cadre. Pour ma part, je pense qu'il est non seulement prématuré, mais que cela reviendrait à donner un mauvais signal à nos futurs débats sur la politique culturelle que d'adopter cette motion. Je vous invite donc à la rejeter.