Segmüller Pius · Nationalrat · 2009-04-30
Segmüller Pius · Nationalrat · Luzern · Fraktion CVP/EVP/glp · 2009-04-30
Wortprotokoll
Faute de grives, on mange des merles: c'est la raison pour laquelle je vous parle, en tant que Suisse allemand, en français.
L'obligation de servir, née de la nécessité de protéger les frontières nationales, est profondément ancrée dans l'histoire suisse. Rappelons qu'elle s'est imposée pour faire face aux difficultés de recrutement, les hommes préférant souvent se consacrer à assurer la subsistance de leur famille plutôt que de servir la Confédération. Les experts militaires étrangers considèrent que l'obligation de servir, autrement dit l'obligation pour les citoyens d'assurer leur propre protection, constitue pour la Suisse un atout. Le sens du devoir, en effet, n'est pas inné, c'est une vertu qui s'acquiert par l'éducation, par l'expérience et, précisément, en servant son pays. Seule l'action conduit à s'interroger sérieusement sur la légitimité de l'action.
Le peuple suisse est véritablement le socle de l'armée suisse, et la Suisse est d'ailleurs le seul pays au monde où les citoyens sont appelés aux urnes pour décider de l'organisation générale et des missions de l'armée. Or, nous autres Suisses, nous ne souhaitons pas être dépossédés de cette prérogative et nous nous refusons à remettre les missions de l'armée entre les mains d'une organisation ou d'une armée composée de volontaires. Hommes et femmes doivent être égaux en droits, mais ils ne sont pas identiques. Ainsi, si les femmes peuvent choisir d'effectuer un service militaire comme les hommes, elles n'ont en pratique guère le choix dans la mesure où, aujourd'hui encore, ce sont souvent elles qui tiennent le ménage et s'occupent des enfants.
L'instauration d'un système basé sur le volontariat risquerait par ailleurs de poser des problèmes d'effectifs. En effet, une armée de milice telle qu'elle existe en Suisse doit disposer d'effectifs plus conséquents qu'une armée professionnelle. Or, le nombre de volontaires souhaitant intégrer l'armée risque de varier en fonction de l'évolution de la conjoncture, comme on a pu le constater au sein de la police par exemple, où le recrutement repose justement sur le volontariat.
L'auteur de l'initiative insiste sur le principe d'égalité entre hommes et femmes face au service militaire, mais en filigrane, ce qu'on voit, c'est le démantèlement de l'armée. L'obligation de servir constitue en effet la pierre angulaire de [PAGE 780] l'armée de milice, et si on l'enlève, c'est tout le système qui s'écroule.
Pour cette raison, la commission vous propose, par 17 voix contre 7 et aucune abstention, de ne pas donner suite à l'initiative.