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Burkhalter Didier · Bundesrat · 2013-09-18

Burkhalter Didier · Bundesrat · Neuenburg · 2013-09-18

Wortprotokoll

Je vous remercie tout d'abord pour le débat qui s'engage, parce que même si la motion Minder ne peut évidemment pas être considérée comme la plus importante de la session, le débat est important. C'est un débat qui est assez fondamental sur la conception que nous avons de l'Etat suisse lorsqu'il a des relations avec les Etats étrangers.

En vous écoutant tout à l'heure, Monsieur le conseiller aux Etats Minder, j'avais l'impression que vous imaginiez que nous recevons actuellement les gens dans une caserne, avec des "frisch rasierten Soldaten". Vous savez d'ailleurs que nos soldats doivent actuellement être propres sur eux, mais qu'ils peuvent avoir une barbe. J'ai trois fils qui font actuellement leur service militaire et les trois sont barbus. Ces soldats ne sont donc pas forcément toujours "frisch rasiert", mais ils sont propres sur eux, et ils montrent une image de la Suisse qui ne doit pas être sous-estimée.

Cela étant, je le répète, ce n'est pas un choix entre la caserne et la suissitude. Lorsqu'un hôte étranger, un chef d'Etat est reçu lors d'une visite d'Etat, la première chose qu'il voit officiellement, ce n'est pas la caserne, mais la Place fédérale, le Palais fédéral et surtout les citoyens suisses, dont certains plus ou moins "frisch rasiert", qui forment la garde d'honneur. C'est la Suisse qu'ils voient, une partie de la Suisse. Il ne faut pas sous-estimer cet aspect.

Ensuite, le Conseil fédéral aimerait vous dire que avez raison et tort. Vous avez raison sur un point: il est très important que, dans le cadre de ces visites, la Suisse montre sa culture, sa suissitude, comme vous le dites. D'ailleurs chacun a sa propre image de la suissitude, mais on sait à peu près ce que l'on peut aimer montrer. Ce qui est important, c'est donc ce que l'on aime montrer. C'est pour cela que nous le faisons déjà. La Confédération intègre dans ses programmes de visites d'Etat - et de plus en plus à d'autres occasions, j'y reviendrai - une journée pleine et entière de suissitude, journée durant laquelle on sort du Palais fédéral et de la réception formelle.

Mais j'aimerais dire que cette dernière fait aussi partie de la suissitude. Je ne trouve pas très bien de devoir parler de la Suisse réelle ailleurs, comme si la Suisse réelle n'était pas aussi la partie plus formelle où l'on voit la Place fédérale, le Palais fédéral, les autorités fédérales, une Suisse qui montre la proximité qu'il y a entre les autorités et la population sur cette Place fédérale. C'est quelque chose de fondamental, de très suisse.

Mais enfin, toujours est-il que nous faisons des visites comprenant d'autres aspects, ceux que vous avez évoqués étant des aspects possibles; cela se fait à chaque fois. Nous élargissons cela maintenant aux visites de premiers ministres. De plus en plus, lorsque nous avons des visites dites officielles, qui ne sont pas des visites d'Etats, mais de premiers ministres par exemple, nous souhaitons offrir des moments différents, des moments dans lesquels on parle plus librement, dans lesquels on peut voir ensemble quelque chose de la Suisse. Ces moments sont fondamentaux.

Pour ma part, depuis une année et demie, je pourrais passer toute la journée à vous raconter des anecdotes sur les contacts que l'on a dans ces moments-là, avec les responsables d'autres pays ou les ministres des affaires étrangères. De plus en plus, je les invite, s'ils le souhaitent, à venir à Neuchâtel, par exemple - c'est un hasard, mais un hasard un peu ordonné. Mais le fait de dire "Venez dans ma 'home city'" est très apprécié. Certains nous disent tout de suite qu'ils souhaitent faire une telle visite. A ce moment-là, nous avons en effet cette part d'émotionnel qui fait que la relation prend véritablement une dimension humaine. Et je le dis toujours, la majeure partie des décisions prises sur le plan international peuvent l'être grâce à cette dimension humaine.

Nous estimons donc que vous avez raison d'insister sur ce point. Le débat que vous lancez, nous le comprenons très bien. En revanche, nous estimons que vous avez vraiment tort sur la conclusion que vous faites au sujet de la première partie de ces visites. Les honneurs militaires sont en effet une pratique qui est répandue dans le monde entier: il ne faut pas avoir le courage de changer cela, il faut l'admettre. C'est une pratique répandue qui fait partie prenante du protocole diplomatique. Cela fait partie de l'histoire, repose sur les usages du droit international et constitue au fond la plus haute forme de cérémonial protocolaire qu'un Etat puisse offrir à un hôte. Ils doivent être compris non pas comme un débat sur l'armée - vous en avez assez eu aujourd'hui! - mais comme un signe symbolique de protection que la Suisse offre à son hôte durant sa visite.

Si la Suisse y renonçait, qu'est-ce que cela signifierait? Vous avez dit que vous avez "geschmunzelt" quand vous avez lu la partie de la réponse que le Conseil fédéral a souhaité mettre, et si nous avions dû la mettre deux fois, nous l'aurions fait volontiers! Donc vous pouvez doublement "schmunzeln". (Hilarité) En ce qui nous concerne, c'est vraiment important, Monsieur Minder. Si on arrête cela, c'est un affront: vous dites à votre hôte étranger que vous ne lui accordez pas la plus haute forme du cérémonial protocolaire, que vous ne reconnaissez pas cet aspect-là. Vous n'imaginez pas à quel point vous pouvez casser une relation pendant des dizaines d'années avec certains pays rien qu'à cause de cela. Ne sous-estimez pas ces signes-là! En rien nous ne voulons empêcher la suissitude d'exister, mais la suissitude, c'est aussi cette forme de respect. Au fond, c'est [PAGE 805] un débat sur le respect. Est-ce que nous voulons respecter nos hôtes étrangers ou pas?

Je ne sais pas, Monsieur Minder, si vous êtes déjà venu une fois à ce début de visite d'Etat - encore une fois, tout le monde peut venir, c'est ouvert à toute la population, c'est quasiment comme une Landsgemeinde, mais on discute moins -, mais toujours est-il que vous êtes le bienvenu. Nous vous invitons à venir, nous vous invitons tous; la prochaine fois, c'est en octobre. Je dois vous décevoir: le Conseil fédéral n'a pas l'intention de changer d'un iota ce qui est prévu à ce moment-là. Il ne changera d'ailleurs pas du tout non plus pour les autres visites d'Etat qui vont se succéder par la suite. Mais nous vous invitons à venir regarder comment cela se passe. Qu'est-ce que vous verrez alors? Vous verrez qu'un hôte étranger arrive, est reçu sur la place fédérale sobrement, de manière toute simple, avec la population autour. Cela se passe relativement vite. Il y a en effet quelques soldats plus ou moins "frisch rasiert", (Hilarité) mais tout cela fait partie de la Suisse, et il ne faut pas changer cela, parce que la Suisse aurait tout à y perdre.

Donc je vous invite à venir et je vous invite tous à rejeter très clairement cette motion.