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Rielle Jean-Charles · Nationalrat · 2010-03-04

Rielle Jean-Charles · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2010-03-04

Wortprotokoll

Il y a deux jours je me suis adressé à vous en parlant très rapidement afin de pouvoir voter avant l'heure fatidique de 13 heures, ne facilitant ainsi pas la tâche de la traduction. Soyez rassurés, aujourd'hui je parlerai plus tranquillement.

Ma proposition pourrait s'intituler "Pour un Sommet de la Francophonie dans la dignité, sans faste, et non au mépris de la sécurité". La demande est exceptionnelle. Ce n'est qu'à la mi-décembre 2009, à Paris, qu'on a fait confiance à la Suisse et qu'on lui a confié l'organisation dans l'urgence du XIIIe Sommet de la Francophonie, se substituant à un pays dans l'incertitude politique et sécuritaire, Madagascar.

Notre pays sait répondre lorsque des circonstances imprévues se présentent, quand il faut verser plus de 60 milliards de francs, mais, on le sait en politique, plus les demandes sont raisonnables et plus les politiques veulent démontrer leur savoir-faire et leur rigueur.

Certes, on me rétorquera que je suis médecin et sûrement peu au fait de tels budgets et de telles organisations. Je répondrai sereinement que des spécialistes de l'économie et de la finance n'ont pas vu venir l'affaire Madoff et ses conséquences en cascade sur l'économie mondiale. J'ai donc tout autant de légitimité à faire confiance aux professionnels de tels événements pour mettre en place - dans l'urgence, en 10 mois au lieu des 24 mois habituels - un tel sommet. Je m'étonne que certains, aussi dans l'urgence, avec tout leur passé et donc leur expérience, se permettent de qualifier un budget établi de façon professionnelle de "vague, imprécis, bâclé".

On me dira aussi qu'un haut fonctionnaire du DFAE a déclaré en séance de commission que le département pouvait s'accommoder d'un crédit de 30 millions de francs, ce qui veut dire d'ailleurs 5 millions de francs de plus à la charge du canton de Vaud. Comment peut-on comprendre ce genre de déclaration, lorsque l'on est à 10 mois du sommet et que l'on veut à tout prix répondre présent? Notre Parlement n'est pas là pour mettre sous pression les collaborateurs de la Confédération, mais bien plus pour prendre la mesure de l'ampleur des défis et justement leur permettre d'assumer leurs responsabilités.

On vous demande aujourd'hui 35 millions de francs, face aux 80 millions qu'a coûtés le même sommet, à Québec, en 2008, dont 32 millions pour le seul secrétariat d'organisation, face aux 20 millions de francs payés par la Suisse pour un Sommet mondial sur la société de l'information en 2003 - il s'agissait d'un sommet onusien organisé par l'Union internationale des télécommunications -, ou face aux 82,5 millions de francs pour l'Euro 2008, crédit d'engagement voté par les chambres en juin 2006.

La Suisse a une occasion unique de répondre présent à la Francophonie avec ses 70 Etats et gouvernements membres ou observateurs répartis sur les cinq continents, représentant plus d'un tiers des Etats membres de l'ONU. Elle a l'occasion de nouer des contacts privilégiés avec les pays du Sud, mais cela ne se réduit pas à cette dimension Nord-Sud: 15 Etats membres de l'Union européenne et 25 Etats membres du Conseil de l'Europe sont membres ou observateurs de la Francophonie.

Nous devons faire confiance aux quatre départements qui participent au comité national d'organisation (DFE, DDPS, DFAE, DFJP) par une décision du Conseil fédéral. Nous examinerons les comptes en temps utile!

Les difficultés pour le Conseil fédéral d'obtenir le crédit nécessaire à l'organisation de ce XIIIe Sommet ne donnent pas une image très positive de notre pays auprès de l'Organisation internationale de la Francophonie et des pays membres qui suivent très précisément l'évolution de la situation au travers des revues de presse. Cela est d'autant plus vrai que ce budget se veut raisonnable, réaliste, et surtout que notre pays sort relativement bien financièrement de la crise mondiale. Il va sans dire que si le sommet ne pouvait pas être organisé pour des motifs financiers, les répercussions sur l'image de la Suisse seraient catastrophiques.

Le canton de Vaud fait un effort, les villes de Montreux et de Lausanne offriront la gratuité des transports publics. Montreux mettra gratuitement à disposition la structure de son marché de Noël pour abriter le Village de la Francophonie. Si les frais d'aménagement du Centre des congrès - 2,5 millions de francs - peuvent paraître élevés, ils sont parfaitement normaux et calculés au plus près. Aucun centre des congrès au monde ne peut faire l'économie d'aménagements très conséquents, comme un centre de presse de 3500 mètres carrés entièrement à construire.

En ce qui concerne les 3 millions de francs alloués à l'agence événementielle et centrale de réservation, un demi-million est prévu pour la centrale de réservation et 2,5 millions notamment pour les salaires de plusieurs dizaines de collaborateurs pendant un an. A titre de comparaison, les salaires des 10 à 15 personnes supplémentaires de la Confédération représentent 1,5 million de francs et le Sommet de Québec avait coûté, pour une année, 7 millions de francs rien que pour les salaires du personnel de l'organisation.

Je vous raconte une petite anecdote au sujet des collations à 19,50 francs: c'est exactement le prix que je paie quand je viens à Berne le matin dans nos braves trains CFF lorsque je veux déjeuner correctement!

Membre de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie, j'avais demandé que l'on sépare le budget "Sommet" et le budget "Sécurité du sommet": on aurait ainsi 21,5 millions de francs pour le sommet et 13,5 millions de francs pour la [PAGE 165] sécurité. A chaque budget de faire ses preuves et à nos stratèges de la sécurité de rendre aussi des comptes!

En définitive, 35 millions de francs, c'est une somme budgétisée raisonnable pour accueillir 3000 délégués, dont 700 journalistes. Les conséquences d'une coupe de 3 millions de francs: réduction des prestations visant à assurer la sécurité du sommet; de 5 millions de francs: obligation de comprimer très drastiquement les frais de sécurité et de réévaluer le dispositif d'accueil; de 10 millions de francs: la tenue du sommet n'est plus possible.

Vancouver et ses médailles d'or, Montreux et son Sommet de la Francophonie: la Suisse récupère et se montre offensive, reconquérant positivement l'audience internationale. Ne stoppons pas, ce matin, cet élan positif, aux très nombreuses retombées économiques et promotionnelles pour notre pays.

La Commission des finances de notre conseil soutient l'organisation de ce sommet, considérant que cette manifestation donne une occasion à la Suisse de montrer son savoir-faire et ses qualités en tant que pays organisateur. La Suisse doit donc relever le défi et allouer des moyens financiers à la mesure d'un tel sommet.

Je vous remercie de voter en faveur de ma proposition qui prévoit un crédit de 35 millions de francs.