Polla Barbara · Nationalrat · 2001-12-04
Polla Barbara · Nationalrat · Genf · Liberale Fraktion · 2001-12-04
Wortprotokoll
Mme Fässler vient de faire un magnifique plaidoyer en allemand pour le cinéma; mais je ne vais pas me contenter, comme le rapporteur francophone, de signaler simplement cela. D'autant plus que c'est la première fois en mes dix ans de vie politique que je demande personnellement à introduire une augmentation dans un budget; il y a des raisons très fortes à cette exception à la règle, et j'en développerai quatre: le respect de notre constitution et de nos lois, notamment de celle que nous avons votée la semaine dernière; l'investissement économique; la formation et la culture; l'image de la Suisse.
1. Investir dans le cinéma, c'est respecter notre constitution. Le cinéma est entré dans la constitution par la grande porte le 6 juillet 1958, suite à un vote populaire. Il s'agit donc aujourd'hui de respecter le souverain; le soutien au cinéma est tout simplement constitutionnel. Car aux termes de notre constitution, l'encouragement du cinéma suisse est du ressort premier de la Confédération, dans un système de subsidiarité inversée.
La loi que nous venons de voter la semaine dernière, et Mme Fässler l'a très bien dit, nous oblige désormais à concrétiser cette volonté légale, la volonté du législateur, dans le budget. La Confédération doit assumer sa responsabilité financière à cet égard. Politiquement, il s'agit donc d'une question de principe.
2. Il s'agit bien plus d'un investissement que d'une subvention. En effet, le cinéma représente un facteur de poids, avec un potentiel de développement très important. En 1998, une étude économique sur le cinéma révèle que le secteur du cinéma compte 1300 entreprises, 4700 emplois et 530 millions de francs de valeur ajoutée calculée. Sans investissements supplémentaires, la Suisse risquerait de se voir privée d'un savoir-faire très important, ce qui serait d'autant plus dommageable que l'audiovisuel constitue un véritable marché d'avenir pour la Suisse, un marché en plein développement et susceptible de procurer des emplois hautement qualifiés.
3. Les libéraux sont profondément attachés à la formation et à la culture, et le cinéma combine les deux: la culture d'aujourd'hui et de demain, une vraie culture citoyenne, la culture de tous, une culture populaire, et la formation aux technologies de l'audiovisuel, à ce langage nouveau dans l'histoire de l'humanité, que chaque peuple doit apprendre faute de voir les autres le lui imposer.
Soutenir le cinéma, c'est donc contribuer à la fois à la diversité culturelle helvétique et à la formation aux métiers de l'audiovisuel.
4. Idée suisse, Présence Suisse: l'image suisse ne saurait se passer du cinéma. Il est fondateur d'identité, et derrière l'expression "idée suisse", il y a justement cette volonté politique et culturelle d'une identité suisse plurielle s'il en est. Le cinéma suisse est un miroir de nos réalités, et il ne peut rester muet.
Maintenant, pourquoi 40 millions de francs plutôt que les 30 millions proposés par Mme Fässler? Parce que même 40 millions de francs restent un tout petit budget pour notre cinéma suisse. Nulle part en Europe, le cinéma ne peut vivre sans une aide nationale. Certes les cantons, les cantons de Genève notamment, Fribourg, Vaud, Soleure, le Tessin, ne cessent d'augmenter leurs contributions à leurs festivals de films.
Mais ces mesures ne peuvent avoir un effet durable sans un soutien de la Confédération qui tienne compte des exigences financières croissantes et aussi du fait que nous n'avons pas accès, pour l'essentiel, au très important programme pour l'audiovisuel en Europe. Si nous ne faisons qu'une seule comparaison: avec ses 5,3 millions d'habitants - le même nombre que la Suisse allemande -, le Danemark investit, avec le succès que l'on sait, 70 millions de francs dans son cinéma national, et le cinéma danois a, lui, une réelle présence en Europe. Le cinéma suisse a besoin des ces 40 millions de francs tout simplement pour exister.
Il est vrai qu'aujourd'hui certains parlementaires qui, il y a encore peu, soutenaient le cinéma dans notre Conseil, d'ailleurs comme au Conseil des Etats, n'osent plus le faire. Et pourtant, affirmer que la demande est justifiée, mais qu'elle vient au mauvais moment, tient vraiment du subterfuge, car le mauvais moment c'est ce même Parlement qui l'a créé. Certes, la Confédération va verser 1,5 milliard de francs au titre de l'image de Swissair pour limiter les dégâts causés à la place économique suisse et à sa réputation. Certes, Expo.02 nous coûtera bientôt le milliard de francs prévu. Nous venons de refuser la proposition Weyeneth de diminuer les budgets à Présence Suisse, et ceci en toute logique. Il nous faut donc aussi soutenir l'investissement dans les instruments actifs de l'image suisse et de la présence suisse.
Que les Commissions des finances des Chambres cherchent maintenant à économiser, c'est très bien, mais pas dans les produits indigènes, pas dans l'image suisse, s'il vous plaît, pas dans le cinéma, car l'avenir de la Suisse a besoin de ce produit indigène particulier qu'est une production cinématographique nationale. Et ce n'est pas nouveau. En 1937 déjà, la Chambre affirmait "la nécessité d'une production cinématographique nationale". Chaque pays a le cinéma qu'il mérite, comme le disait Alain Tanner, et la Suisse mérite un cinéma de qualité et de passion, car pour faire du cinéma, comme le dit, quant à lui, Rolf Lyssi qui était autrefois assistant de Tanner, il faut avant tout être passionné. A nous, parlementaires, de relayer cette passion et de mériter ainsi un cinéma d'excellence.
Je vous remercie de soutenir notre proposition.