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Cuche Fernand · Nationalrat · 2001-12-05

Cuche Fernand · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2001-12-05

Wortprotokoll

Si la décision d'envoyer, en plus des soldats, cinq chars de grenadiers et un hélicoptère Superpuma dépendait de notre groupe politique, eh bien le départ de ces engins ne serait pas pour demain. Des soldats suisses armés pour leur protection en mission à l'étranger, cela fait toujours l'objet au sein du groupe écologiste d'un débat animé.

Ceci nous amène donc à accepter l'entrée en matière sur le message du Conseil fédéral.

Certains vont s'abstenir, quelques-uns vont dire oui, quelques-uns vont dire non. Ce qui paraît très clair pour le groupe écologiste, c'est que sur le fond, nous sommes toujours pour une intervention, pour une participation de la Suisse dans des missions à l'étranger, notamment dans des zones sensibles, dans des zones troublées, mais la priorité de l'engagement va à des interventions civiles. D'ailleurs, le Conseil fédéral n'est pas inattentif ou insensible à la composition de la délégation militaire, notamment au Kosovo, puisque, dans son message, il insiste sur le fait que l'essentiel de la délégation, l'essentiel du détachement est composé de militaires de milice dont les expériences professionnelles, donc les compétences civiles, sont énormément appréciées.

A la lecture des coûts de l'opération, pour deux ans environ 70,5 millions de francs, en rappelant qu'une heure de vol de l'hélicoptère Superpuma coûte 850 francs, on peut quand même se poser la question de savoir si ces investissements de plusieurs dizaines de millions de francs constituent un investissement judicieux par rapport aux nécessités, par rapport aux besoins ou à la situation rencontrés sur place. Face à la nécessité de reconstruire des écoles, des bâtiments collectifs, des bâtiments ruraux, des adductions d'eau, des voies de communication, face aussi à la nécessité de mettre en place une police, une justice, face à la nécessité - et heureusement quelques pas ont été fait dans ce sens-là - de mettre en place des institutions politiques et si possible démocratiques, quel est le rôle d'une délégation essentiellement militaire?

La question demeure aussi quant à l'image que nous donnons par rapport à la population. Pourquoi demander à des militaires de reconstruire des équipements qui pourraient parfaitement l'être par des civils? Pourquoi ne pas fournir prioritairement le matériel aux artisans indigènes, à la population indigène et l'intégrer ainsi massivement à la reconstruction du pays par un travail de coopération? Plusieurs d'entre nous ont été surpris, lors de la remise de documents d'information par le département, de voir des soldats en activité en train de construire un pont sous le regard attentif et un peu goguenard de jeunes hommes sans travail, se demandant bien ce qu'ils allaient faire là.

L'aide financière au Kosovo, augmentée de ces 70 millions de francs, exercerait à nos yeux un effet vraisemblablement plus important et durable pour le rétablissement de la paix, l'amélioration des conditions de vie sociale et économique du Kosovo. Ce sont des engagements à nos yeux essentiellement humanitaires civils, des activités pour lesquelles les militaires, même avec leur expérience professionnelle, ne sont pas préparés. Dans ce nouvel engagement de la Suisse pour lequel vous demandez une prolongation, toute la difficulté, pour le Gouvernement et pour les Chambres fédérales, sera de savoir à partir de quel moment la présence militaire devient inutile, nuisible, éventuellement contreproductive par rapport aux objectifs que nous nous sommes fixés en matière de coopération. Des hommes en armes venus de l'extérieur, participant à des activités de la vie ordinaire d'une population, peuvent conforter ou renforcer l'idée, notamment dans un contexte d'après-guerre, que le respect de l'autre et que le respect des biens de l'autre passe par la menace de l'arme.

En conclusion, le Conseil fédéral peut-il nous assurer que son objectif est d'évaluer objectivement la situation et de ne pas hésiter à retirer des troupes dès qu'elles seront devenues inutiles?

En ce sens-là, le groupe écologiste soutiendra la proposition Kunz parce que nous pensons qu'elle oblige aussi le Conseil fédéral à ne pas s'installer dans une logique d'intervention sans évaluation permanente.

Un dernier mot en signe de clin d'oeil à l'attention de M. Fehr Hans, qui a parlé des fondues au sein de la Swisscoy: eh bien, la fondue crée la bonne humeur. Et si quelques meules de fromage consommées au Kosovo peuvent détendre un peu le marché de la pâte dure de ce pays, c'est une opération qui est en tout cas la bienvenue et tout à fait pacifique!