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Burkhalter Didier · Bundesrat · 2015-03-09

Burkhalter Didier · Bundesrat · Neuenburg · 2015-03-09

Wortprotokoll

Mesdames et Messieurs les conseillères et conseillers nationaux, vous qui avez toutes et tous la possibilité, par votre vote tout à l'heure, de devenir genevois de coeur, comme cela a été dit par le rapporteur de langue française à l'intention de la rapporteuse de langue allemande - c'était assez charmant pour que cela soit souligné -, sachez que la Suisse a beaucoup de chance d'avoir Genève. Il est bon de rappeler ce qu'est Genève: Genève, c'est l'un des centres principaux de la gouvernance mondiale, alors même que le monde connaît passablement de difficultés en termes de crises et de défis globaux et a donc besoin d'une bonne gouvernance; Genève, c'est le porte-voix de la Suisse, et c'est la solution à certains problèmes globaux du monde. Genève est en effet aujourd'hui un pôle de compétences reconnu dans des domaines aussi importants que la paix et la sécurité, l'humanitaire et les droits de l'homme, l'économie et le commerce, la santé ainsi que l'environnement. Il y a là pratiquement toutes les priorités qui comptent pour notre pays, et évidemment pour l'avenir de notre planète.

Cela a été démontré, le succès de Genève est quantifiable; je ne redonnerai pas de chiffres mais j'ajouterai en revanche que s'il y a beaucoup d'organisations, de conférences et de personnes, il y a surtout beaucoup de dialogues précieux sur des problèmes essentiels. Si vous considérez les thèmes décisifs de ces derniers temps, que ce soit sur la question de la Syrie, de l'Ukraine, sur les aspects relatifs au respect du droit international humanitaire dans les territoires palestiniens, sur les questions délicates liées à l'Iran, à son programme nucléaire et à son arrimage potentiel à la communauté internationale au cas où on arriverait à surmonter ces problèmes; si vous considérez également les discussions de la dernière chance pour la Libye, vous constatez qu'une grande partie de tout cela se passe à Genève, ou parfois ailleurs en Suisse - il y a eu aussi plusieurs séries de négociations sur l'Iran à Zurich et à Davos ces dernières semaines.

Vous voyez donc que Genève joue un rôle à succès. L'objectif du Conseil fédéral est que Genève puisse continuer de jouer ce rôle à l'avenir. Il faut consolider la place de Genève et la place suisse; il faut que Genève continue d'être le symbole de la paix dans le monde. Pour cela, nous avons des moyens traditionnels, que vous connaissez, et sur lesquels je ne reviendrai pas. Mais il ne faut pas s'en tenir uniquement aux moyens traditionnels, parce que, au-delà des moyens traditionnels, il y a la situation nouvelle que nous connaissons aujourd'hui, en particulier une nouvelle concurrence internationale. Nous avons développé une stratégie pour renforcer les moyens traditionnels. L'année 2013 a permis à la Confédération, en collaboration avec le canton et la ville de Genève, d'élaborer une stratégie qui compte six axes, que je résumerai de manière un peu originale, avec des images: les maisons, les cerveaux, le monde, la région, les mots et le futur.

Le premier axe, les maisons, a trait à tout ce qui concerne l'accueil et notamment la rénovation des bâtiments, en particulier celui qui est au coeur de la Genève internationale, c'est-à-dire le Palais des Nations, mais pas uniquement - nous rédigerons des messages à ce sujet. Le deuxième axe, les cerveaux, a pour objectif de développer le réseau de formation, de réflexion et de savoir-faire suisse et genevois. Nous souhaitons mieux explorer les plates-formes de réflexion et de discussion sur la gouvernance mondiale. C'est ce qui explique en grande partie l'augmentation des moyens dans le plan financier. Le troisième axe, le monde, concerne l'universalité, puisqu'à Genève nous n'avons pas encore tout à fait autant de missions qu'à New York, bien que nous visions à une réelle universalité, afin de pouvoir parler de tout avec l'ensemble des acteurs. Le quatrième axe est celui de la région. En effet, il ne faut pas oublier qu'à part Genève, il y a aussi des organisations internationales dans le canton de Vaud - je pense aux fédérations sportives internationales -, et dans les cantons de Berne et de Bâle. Ces éléments sont importants en tant que force commune. Le cinquième axe, les mots, veut promouvoir la communication de et sur la Genève internationale. Il y a des projets intéressants, de notre part et également de celle d'organisations internationales basées à Genève. Le sixième axe, le futur, est un axe important car il concerne le long terme, mais il est souvent oublié. Un groupe de réflexion intitulé "Genève+" a été mis sur pied. Il doit réfléchir aux questions fondamentales suivantes: que sera la gouvernance mondiale dans dix ans? Que sera le rôle de Genève, de la Suisse et d'autres lieux en Suisse, qui hébergent des organisations internationales, dans dix ou vingt ans? Cette réflexion est indispensable.

Par le présent message, le Conseil fédéral soumet une nouvelle stratégie et répond concrètement à la motion Sommaruga Carlo 12.4267, qui avait été adoptée par les deux conseils. L'instrument financier consiste en un plafond de dépenses pour quatre ans d'un montant d'environ 100 millions de francs. Il comprend deux crédits d'engagement touchant à la logistique, en particulier aux questions de sécurité. Les moyens supplémentaires par rapport au plan financier sont essentiellement liés aux éléments de logistique et de développement des plates-formes dont j'ai parlé.

Concernant la proposition de recourir à des compensations internes, le Conseil fédéral a examiné la nécessité d'intensification des moyens pour la Genève internationale et pour la Suisse internationale par Genève. Etant donné qu'il s'agit réellement d'augmenter la force de frappe en la matière, le Conseil fédéral a décidé de ne pas effectuer de [PAGE 189] compensations internes. Dans le cadre du Département fédéral des affaires étrangères, la compensation pourrait se faire théoriquement dans la coopération au développement, ce qui irait toutefois à l'encontre des décisions du Parlement, la coopération au développement n'atteignant pas encore tout à fait le 0,5 pour cent du revenu national brut. Pour le reste, il s'agit de subventions liées, que nous ne pouvons pas réduire. Sinon il faudrait couper dans le réseau et fermer des ambassades, ce qui serait en non-conformité totale avec la logique de l'ensemble du dossier. En effet, il ne s'agit pas de renforcer la Genève internationale, qui rayonne depuis la Suisse dans le monde, pour affaiblir les "satellites" que sont nos représentations dans l'ensemble du réseau mondial de notre pays.

En ce sens, le Conseil fédéral prévoit de ne pas compenser et vous demande de le suivre sur ce point. Par contre, il est opposé à une augmentation des crédits, qui avait été proposée en commission, et ce pour garder un équilibre dans la responsabilité financière qu'il doit assumer, et qui touche, elle, tous les départements.