Recordon Luc · Ständerat · 2013-12-12
Recordon Luc · Ständerat · Waadt · Grüne Fraktion · 2013-12-12
Wortprotokoll
S'il y a un point sur lequel je pense que tous les intervenants précédents - et moi-même, d'ailleurs - peuvent se déclarer d'accord, c'est qu'il ne faut pas laisser la situation en l'état et simplement attendre, en enfouissant la tête sous le sable et en brûlant des cierges, que l'avenir de l'AI devienne meilleur de lui-même. Cela ne signifie pas non plus qu'il faille agir dans la précipitation, car on a vu, et Monsieur Graber vient de très bien le rappeler, à quel point la recherche d'un consensus ou à tout le moins d'un compromis acceptable était en la matière chose délicate.
Pour ma part, j'ai trouvé que la motion Schwaller venait particulièrement bien à son heure, parce qu'elle ouvre beaucoup de pistes, et ainsi l'impulsion viendrait de notre conseil qui, comme Monsieur Graber l'a rappelé, s'est montré récemment sur cet objet peut-être un peu plus calme que l'autre chambre; je crois que c'est juste.
Puis, le chiffre 3 de la motion, qui vient d'être évoqué, et j'en suis très heureux, est presque encore plus important que le chiffre 1, c'est-à-dire la question de la double bombe à retardement que représentent les maladies psychiques. Le problème est en effet double: il y a tout d'abord une bombe à retardement qui menace les malades psychiques, parce que c'est un problème humain terrible que de se voir écarter du marché du travail, de la vie sociale, de ses contacts par une maladie psychique suffisamment grave pour qu'elle conduise à une invalidité. Il faut connaître ces situations - je pense que nous en connaissons tous au moins une ou deux - pour vraiment se rendre compte de la gravité et de l'intensité du problème.
Mais il y a une autre bombe à retardement: celle qui menace la société. Cela devient complètement prégnant! Puisque Monsieur Kuprecht a presque entièrement raconté l'histoire de l'assurance-invalidité, je voudrais rappeler qu'au début de celle-ci, les maladies psychiques jouaient un rôle si ce n'est absolument négligeable, du moins mineur quantitativement. Maintenant cela devient de plus en plus inquiétant. La situation semble - si je suis bien renseigné - s'être quelque peu stabilisée ces dernières années, mais elle s'est aggravée durant dix à quinze ans. D'après les statistiques de [PAGE 1157] l'Organisation mondiale de la santé, la santé psychique mondiale - j'ai déjà eu l'occasion de le dire dans cette assemblée - est véritablement en baisse et en péril.
Nous devons donc empoigner ce problème. Nous ne pouvons pas attendre simplement de voir ce qu'il se passera, mais nous devons concentrer nos efforts sur la réinsertion des personnes affectées par une maladie psychique, et beaucoup plus encore sur leur non-désinsertion professionnelle et sociale. C'est une tâche encore plus difficile que pour les maladies physiques et c'est une tâche cruciale. Cela nous renvoie au chiffre 1 de la motion, c'est-à-dire à l'assainissement financier. Si nous prenons assez tôt des mesures dans ce domaine, je pense que nous éliminons le principal facteur de risque aussi pour l'équilibre financier de l'AI.
Sur le plan financier lui-même et stricto sensu, la motion a aussi le mérite de permettre de prôner toutes sortes de mesures adaptées à la situation au moment où elles seront prises et de prévoir un temps d'observation suffisant pour voir comment cela se déroule. Il est vrai que des promesses ont été faites lors de la décision de procéder à un financement additionnel en 2009, mais nous devons tout de même tenir compte des facteurs d'évolution; je ne peux pas exclure, pour ma part, qu'on doive prendre encore des mesures afin de trouver de nouvelles recettes. On ne pourra pas forcément tout résoudre avec des coupes, contrairement à ce que certains peuvent être amenés à croire; on devra suivre d'autres pistes. Parmi ces autres pistes - qui ne sont ni des coupes ni des recettes -, il y a précisément ces fameuses mesures de réinsertion, difficiles mais indispensables, en particulier pour les malades psychiques.
C'est dans cet esprit que je vous invite à adopter la motion.