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Berberat Didier · Ständerat · 2015-03-10

Berberat Didier · Ständerat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2015-03-10

Wortprotokoll

Effectivement, comme vous l'avez rappelé, Monsieur le Président, je me déclare non satisfait de la réponse du Conseil fédéral. Je ne vous cacherai pas que j'estime cette réponse un peu frileuse, je vais expliquer pourquoi.

S'il est vrai - la réponse du Conseil fédéral le mentionne - que l'armée est un des piliers de la cohésion nationale en ce qui concerne l'intégration sociale et la mixité sociale - ce qu'on ne peut pas contester -, un gros problème se pose au niveau de la mixité linguistique. Je trouve que la réponse du Conseil fédéral à propos du plurilinguisme n'est pas satisfaisante puisqu'il y a peu, à ma connaissance, de recrues qui profitent de faire leur service militaire auprès d'une troupe parlant une autre langue que leur langue maternelle. A ce sujet, j'aurais voulu savoir si le Conseil fédéral peut nous dire combien de recrues, chaque année, font une école de recrues dans une autre langue que la leur ou demandent eux-mêmes à pouvoir aller dans une autre région linguistique pour faire leur service militaire.

Certes, l'armée suisse dispense une formation dans toutes les régions du pays et des personnes de différentes régions linguistiques participent à ce genre d'exercice. Je peux prendre comme exemple ma brillante carrière militaire qui s'est quand même terminée par la distinction prestigieuse d'appointé! J'ai commencé ma carrière militaire à Thoune, dans la police des routes. Nous étions deux compagnies, une compagnie romande et tessinoise et une compagnie suisse alémanique. Ce qui était dommage, c'est que nous n'avons jamais eu de contacts les uns avec les autres. En tout cas, je n'ai retiré de cette expérience militaire que peu de choses - heureusement j'ai eu d'autres expériences de plurilinguisme par la suite - à part le fait que j'ai appris les mots "Fassmannschaft" et "Gamasche". Effectivement, cela a enrichi mon vocabulaire allemand, mais je pense qu'il y avait là des occasions rêvées d'avoir plus de contacts entre les recrues de différentes régions linguistiques.

Bien entendu, le Conseil fédéral nous dit que ce genre de choses pourrait mettre à mal la capacité combattive de l'armée suisse. Il n'est nullement dans mes intentions d'affaiblir l'armée suisse en demandant que des cours de langue y soient donnés. Cependant, je pense malgré tout que le fait de donner par exemple deux heures de cours de français à des Alémaniques, d'allemand à des Romands ou d'italien permettrait réellement de mieux rapprocher les communautés linguistiques. En outre, ce n'est pas au niveau de l'école de recrues - il faut bien le dire - que les gens seront appelés à se battre. Bien entendu la priorité doit être donnée à l'instruction militaire, mais je pense qu'on devrait quand même arriver, dans le programme des 21 semaines de l'école de recrues à trouver quelques périodes pour faire en sorte de mieux sensibiliser les recrues aux autres cultures de notre pays.

Ensuite, il est vrai que des troupes mixtes pourraient poser des problèmes au niveau du commandement si par malheur l'armée suisse était engagée dans des combats. Je pense [PAGE 132] qu'on devrait profiter en tout cas de la période consacrée à l'instruction de base pour faire une sensibilisation.

Je répète que, pour ce qui concerne la mixité sociale, cela se passe très bien parce que l'armée suisse a au moins le mérite de faire cohabiter des gens d'horizons sociaux différents. J'ai aussi consulté l'étude conduite à l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich, qui démontre que les personnes qui sont issues de l'immigration ont beaucoup plus d'intérêt pour la politique et les questions nationales après avoir fait leur service militaire. De ce point de vue, l'exercice est réussi. Par contre, plus d'ouverture au niveau du Conseil fédéral pour inciter à profiter du service militaire pour inculquer des notions de langue et de culture des autres régions linguistiques serait important.