Reynard Mathias · Nationalrat · 2014-12-09
Reynard Mathias · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2014-12-09
Wortprotokoll
Sur le principe, la décision est prise: la Suisse ne construira pas de nouvelles centrales nucléaires. Ces installations sont trop dangereuses, trop coûteuses et finiront selon toute vraisemblance par coûter un saladier au contribuable lorsqu'il faudra cofinancer leur démantèlement et la gestion des déchets nucléaires pendant un million d'années, puisqu'on s'apercevra que l'argent mis de côté dans les fonds ne suffit pas.
Nous venons d'adopter une bonne loi qui pose les bases du développement des alternatives au nucléaire, en termes d'efficacité de l'énergie renouvelable. Tout cela est très bien, sauf que si nos centrales nucléaires existantes sont exploitées pendant 60 ou 70 ans, nous aurons deux problèmes.
Premièrement un problème de sécurité publique assez évident, car les centrales nucléaires ne sont rien d'autre que des machines, mais des machines qui doivent garantir en tout temps un niveau très élevé de sécurité, en raison des risques inhérents à la radioactivité.
Deuxièmement et surtout, la transition énergétique connaîtra un problème de crédibilité en l'absence de calendrier clair pour l'arrêt des centrales nucléaires. En effet, comment les investisseurs, collectivités publiques et entreprises privées pourront-ils investir dans les énergies renouvelables s'ils doivent craindre d'être concurrencés en 2040 par de vieilles centrales nucléaires amplement amorties? En Suisse, nous aimons bien pointer du doigt le fait que l'Allemagne n'ait pas réduit sa production électrique d'origine charbonnière et gazière ces dernières années, alors même que le renouvelable s'est développé. Nous identifions ainsi la cause de la baisse des prix de gros de l'électricité, qui fait tant souffrir notre hydroélectricité. Ce faisant, nous oublions l'effet de la production nucléaire sur le prix de l'électricité suisse. Alors que la consommation d'électricité s'est plus ou moins stabilisée au cours des cinq dernières années, nous avons progressé en matière de renouvelable et la production additionnelle depuis 2008 correspond désormais globalement à la production d'une petite centrale nucléaire. Il y a donc clairement un excédent d'offre et plus on développera les énergies renouvelables, plus le phénomène se renforcera. Il faut donc progressivement fermer les anciennes centrales nucléaires en commençant par les plus anciennes, sous peine de nous retrouver confrontés à un déséquilibre total entre l'offre et la demande.
C'est vrai, je viens d'un canton qui produit beaucoup d'énergie hydraulique, où l'énergie renouvelable a une place de choix, et qui possède un potentiel particulièrement élevé. La situation est claire: le fait de maintenir la subsistance d'une production nucléaire pendant trop longtemps et sans énoncer de date claire d'arrêt des centrales constitue une hypothèque sur la pérennité économique de la force hydraulique existante et, bien entendu, sur le développement de toute capacité additionnelle de production des énergies renouvelables.
Finalement, c'est le principal point de divergence entre le projet de loi d'un côté et l'initiative de l'autre: l'initiative mise non seulement sur l'efficacité énergétique et le [PAGE 2250] développement des énergies renouvelables, mais fixe aussi avec sagesse une durée d'exploitation maximale pour les centrales nucléaires. En offrant cette sécurité de planification, qui est d'ailleurs aussi dans l'intérêt des exploitants de centrales nucléaires, l'initiative pose un cadre fiable pour la transition énergétique.
Au nom de toutes les régions de montagne et au nom de tous ceux qui veulent une transition ordonnée vers le renouvelable, je vous demande de recommander au peuple et aux cantons d'accepter cette initiative populaire.