de Buman Dominique · Nationalrat · 2012-12-12
de Buman Dominique · Nationalrat · Freiburg · Fraktion CVP-EVP · 2012-12-12
Wortprotokoll
Il y a des initiatives avec lesquelles on peut être d'accord ou pas. On les défend ou on les attaque directement, parce que leur contenu est clair et simple. L'initiative relative à l'abrogation du service militaire obligatoire est, elle, totalement sournoise car, à l'examen, son contenu dénote une tout autre intention que ce que son titre pourrait laisser supposer. En effet, le projet de modification de l'article 59 de la Constitution n'établit positivement que l'existence d'un service civil. La reconnaissance du service militaire n'est, elle, qu'indirecte, par le biais de l'interdiction d'y astreindre quiconque. L'interprétation minimale du texte de l'initiative est l'inversion des priorités entre le service militaire et le service civil, mais le texte ne le dit pas ouvertement. Ce n'est donc pas l'obligation du service militaire qui est abrogée, mais bien l'armée elle-même qui est abolie. C'est un peu comme si on n'avouait pas vouloir tirer sur quelqu'un et le tuer, mais qu'on s'oppose activement à le laisser s'alimenter en sang et en oxygène.
Un deuxième aspect capital m'incite à combattre énergiquement cette initiative. Indépendamment de la question purement militaire, ce texte supprime toute obligation d'un quelconque service au pays. Cela témoigne d'une mentalité crasse d'égoïsme et d'une volonté de destruction de la notion de communauté nationale. Si notre pays nous offre de nombreux avantages et une qualité de vie qu'on nous envie dans le monde entier, c'est parce qu'il a pu garantir son indépendance au cours des siècles et développer un niveau de prospérité réjouissant. Cette situation, dont nous bénéficions, est le fruit d'un effort commun entre couches sociales, cultures et intérêts fort différents. Alors, affaiblir l'identité commune de cette "Willensnation", c'est lui porter un coup volontaire et fatal.
Que des adversaires de la Suisse cherchent à la rayer de la carte, on peut le comprendre, mais que la menace vienne de l'intérieur est plus grave et plus triste. Même si la mission de l'armée aujourd'hui n'est pas la même qu'il y a cinquante ans, parce que la menace a elle aussi évolué, le devoir et le besoin de défense demeurent, parce que des dangers persistent. Il n'y a qu'à regarder la carte du monde pour s'en convaincre rapidement, il n'y a qu'à prendre connaissance de l'évolution du pourtour de la Méditerranée pour s'en faire une évidence: tout affaiblissement de la défense nationale doit être combattu énergiquement, car, en cas de menace soudaine, les moyens nécessaires pour un redressement subitement indispensable seraient insuffisants et le temps beaucoup trop court.
Ce prix de l'irresponsabilité, je ne suis pas prêt à le payer, ni pour nous, ni pour les générations futures. Et c'est parce que j'aime mon pays que je rejetterai fermement cette initiative, très sournoise. On ne va pas démolir en quelques mois ce qui a été construit patiemment en plusieurs siècles.
C'est avec ces quelques considérations et avec une conviction très forte que je vous demande de faire pièce à cette [PAGE 2152] initiative qui, sous des atours attrayants ou purement intellectuels, est un acte très néfaste pour la Suisse.