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Burkhalter Didier · Bundesrat · 2015-09-24

Burkhalter Didier · Bundesrat · Neuenburg · 2015-09-24

Wortprotokoll

Avec ce crédit-cadre pour la promotion de la paix et de la sécurité humaine qui touche l'année 2016, nous restons en fait dans le même domaine. Il y a des aspects techniques et il y a des aspects politiques.

Du point de vue technique, il s'agit d'un message de transition. On fait en quelque sorte le pont entre un message quadriennal, qui allait jusqu'au début de l'année prochaine, et le message 2017-2020, lié à la coopération internationale globale ou très large, puisqu'on y intègrera pour la première fois le crédit-cadre relatif à la sécurité humaine. Donc, l'année prochaine au Parlement, il y aura le débat sur le crédit-cadre lié à l'ensemble de la coopération internationale, avec la politique de développement, le développement économique, l'aide aux pays de l'Est, l'aide humanitaire et la sécurité humaine. Nous regroupons tous ces aspects pour des raisons de cohérence politique, en particulier parce que l'on va encore intensifier l'action dans les contextes fragiles.

Cette action dans les contextes fragiles est d'une part difficile et, d'autre part, son succès dépend de la capacité de conjuguer les différents types d'actions, y compris celles qui relèvent de la promotion de la paix et de la sécurité humaine. Ainsi, il y a une certaine logique à présenter le tout ensemble et c'est ce que nous ferons au début de l'année prochaine avec le message qui sera discuté tout au long de l'année 2016 par le Parlement.

Pour cette transition sur une année, nous poursuivons avec à peu près la même intensité, en tenant compte des difficultés financières et des situations spéciales - j'y reviendrai, en particulier pour ce qui concerne la Syrie.

Et puis, nous continuons avec les mêmes objectifs stratégiques, qui avaient été fixés dans le message quadriennal, et qui sont toujours valables:

1. la paix et la sécurité, bien sûr;

2. la démocratie et le partage du pouvoir, objectifs pour lesquels nous avons des programmes particulièrement importants avec la Tunisie et le Myanmar, par exemple;

3. le traitement du passé, où nous aimerions développer le travail notamment avec le Sri Lanka, pour donner un exemple important; une porte s'ouvre vraiment dans ce pays pour une réconciliation et pour le traitement du passé;

4. la protection des civils dans les conflits armés, qui est un domaine extrêmement délicat. Nous travaillons par exemple en Syrie pour sensibiliser certains groupes armés. Vous pouvez imaginer les difficultés que nous rencontrons. Certains groupes, comme par exemple les unités de protection du peuple kurde, ont, suite à nos interventions, déclaré officiellement ne plus engager d'enfants soldats et ne plus utiliser la violence sexuelle comme arme de guerre. Ce sont donc ce genre de convictions que l'on essaie de faire passer [PAGE 1059] dans des groupes armés. Il faut rester modeste car il est très difficile de voir des progrès, mais c'est nécessaire;

5. la promotion et la protection des droits de l'homme, avec des priorités qui sont la liberté d'expression, la prévention de la torture, pour laquelle la Suisse s'engage le plus possible, la libération de prisonniers politiques, la défense des défenseurs des droits humains;

6. le dernier objectif stratégique, qui est particulièrement important à l'heure actuelle: il s'agit de la migration et de la lutte contre la traite des êtres humains. Là aussi, des programmes existent au Nigeria avec le partenariat migratoire, en Tunisie, et aussi au Liban - pays sur lequel je reviendrai d'ailleurs tout à l'heure.

Donc il s'agit d'un message de transition, qui contient les mêmes objectifs stratégiques et dont la force en termes financiers est quasiment la même. Du point de vue politique, si on regarde comment se passent les choses actuellement, on se rend compte que les spécificités suisses, surtout la tradition humanitaire et l'impartialité, restent toujours importantes.

On y accorde une importance un peu plus grande, ce qui se ressent avec les demandes de la communauté internationale et confère à la Suisse une certaine responsabilité dans un peu plus de projets délicats et importants, où elle peut jouer un rôle tantôt de leader, tantôt de soutien. Ce que je veux dire par là, c'est qu'il est important de jouer aussi sur notre expérience dans le domaine de la sécurité humaine. Cela fait maintenant des années que l'on développe cette expérience; elle est utile, également dans le cadre de partenariats. Il a ainsi été intéressant de voir que, ces derniers mois en particulier, les contacts avec un pays comme l'Allemagne, par exemple, se sont développés intensément dans le cadre de partenariats sur la sécurité humaine. On peut faire un certain nombre d'actions communes avec des partenaires et il est intéressant de voir que l'organisation de la Suisse en matière de sécurité humaine a été reprise en partie par l'Allemagne, un pays qui veut investir beaucoup dans ce domaine.

La crédibilité que cette action peut donner à notre pays peut être importante, pour autant que cela fonctionne bien. On le voit en Ukraine, où nous sommes le seul pays à avoir pu envoyer des convois humanitaires à travers la ligne de contact, grâce à la crédibilité gagnée suite à différentes actions, même si la situation est toujours fragile. Ces convois sont utiles pour les populations se situant des deux côtés de la ligne de contact. Deux convois ont été acheminés dans la région de Donetsk et un autre convoi sera en principe acheminé ces prochains jours dans la région de Lougansk. Il s'agit de quelque chose d'exceptionnel.

Le Conseil fédéral va revoir les priorités stratégiques dans le cadre du nouveau message quadriennal qui sera débattu au Parlement l'année prochaine. Je ne suis pas convaincu que cela changera beaucoup parce que ces orientations stratégiques restent fondamentales, bien que des nuances seront peut-être apportées. Le message confirmera à mon avis l'essentiel de ces orientations stratégiques mais, cela dit, nous devons être systématiquement attentifs à l'évolution de la situation. Ainsi, le Conseil fédéral a par exemple décidé la semaine passée, dans le cadre des crédits supplémentaires qu'il va mettre à disposition de l'engagement humanitaire en Syrie et dans la Corne de l'Afrique, d'en consacrer une petite partie à la sécurité humaine. Cela est essentiellement destiné à la Syrie et concerne le soutien à la solution politique, c'est-à-dire à ce dialogue multilatéral qui se met en place avec comme base Genève - donc l'ONU. Cette base est composée de l'envoyé spécial de l'ONU, Monsieur Staffan de Mistura, et des quatre groupes de travail - dont un sera mené par un Suisse tandis que d'autres Suisses pourront être amenés à travailler dans les différents groupes.

C'est donc un élément que nous avons décidé d'intégrer maintenant déjà dans les moyens supplémentaires de promotion de la sécurité humaine pour la fin de cette année et pour le début de l'année prochaine. Il faut en effet absolument se donner une chance de régler le problème politique en Syrie, si on veut véritablement stopper ce drame, cette tragédie, et la souffrance et les migrations qui y sont liées.

D'autres actions supplémentaires pour la promotion de la sécurité humaine ont été décidées la semaine passée par le Conseil fédéral et entrent maintenant dans ce crédit-cadre. Elles concernent la Syrie et son environnement; nous soutenons par exemple le dialogue intrasyrien. Elles touchent également à la problématique du risque d'éclatement de crises supplémentaires, au Liban par exemple, où la prévention d'une nouvelle crise est absolument indispensable et où il faut intensifier les efforts, ce que nous allons essayer de faire, en particulier l'année prochaine.

C'est là l'esprit technique et politique de ce rapport et de ce crédit-cadre, et je vous remercie de bien vouloir le soutenir.