Sommaruga Carlo · Nationalrat · 2015-09-17
Sommaruga Carlo · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2015-09-17
Wortprotokoll
Les chiffres, parlons-en! Selon la Banque mondiale et l'ONU, 14 pour cent de la population mondiale vit dans la pauvreté en 2015. Plus de 800 millions de personnes vivent aujourd'hui dans l'extrême pauvreté. Dans le cadre des objectifs du Millénaire pour le développement, la Suisse et la communauté internationale avaient fixé comme objectif de réduire ce nombre à 700 millions. Malgré le caractère modeste de cet objectif, il n'a néanmoins pas été atteint. Cela a déjà été dit par d'autres orateurs: aujourd'hui, toutes les cinq minutes, un enfant meurt de faim ou de malnutrition. Tels sont les chiffres et la réalité!
Il y a quelques semaines, à Addis-Abeba, les Etats se sont mis d'accord sur les objectifs de développement durable. Ceux-ci seront adoptés dans quelques semaines à l'Assemblée générale de l'ONU. Un des 17 objectifs, l'objectif 2, est d'éliminer la pauvreté sous toutes ses formes et partout dans le monde. Plus concrètement, cet objectif vise à éliminer la faim ainsi que toute forme de malnutrition d'ici à 2030. Il vise également à ce que chacun, et en particulier les pauvres et les personnes en situation vulnérable, y compris les nourrissons, aient accès, tout au long de l'année, à une alimentation saine, nutritive et suffisante.
Mais cela n'est pas possible uniquement par le biais de l'aide au développement, surtout alors que l'objectif d'atteindre une aide publique au développement représentant 0,7 pour cent du revenu national brut des Etats n'a pas été inscrit de manière ferme au programme des objectifs de développement durable, ceci par la faute des pays occidentaux et notamment de la Suisse. En effet, la Suisse n'atteint même pas le 0,5 pour cent, alors qu'elle s'était fixé l'objectif du 0,5 pour cent pour les comptes 2015. Selon les dernières [PAGE 1653] déclarations du Conseil fédéral, le 0,5 pour cent ne sera atteint que vers 2019.
Ce qu'il faut modifier, ce sont les mécanismes économiques pervers qui bafouent le droit de chaque individu à la nourriture, qui renforcent le problème de la malnutrition et qui vont à l'encontre de la réduction de la pauvreté. Il faut combattre ces mécanismes à l'origine de ce qu'il convient quasiment de qualifier de génocide silencieux par la faim et par la malnutrition, et qui élimine des millions d'êtres humains parmi les plus pauvres de notre planète, ceci en totale conscience des membres de notre Parlement et des autres parlements et pouvoirs exécutifs mondiaux.
Ce mécanisme pervers, c'est la spéculation. Quoi de plus odieux que de réaliser des bénéfices spéculatifs sur le besoin fondamental de se nourrir, quoi de plus odieux que de spéculer sur la faim? Certains ici persiflent, comme Monsieur Freysinger; d'aucuns ont pris la FAO à témoin pour s'opposer à l'initiative. Or, que dit la FAO? Je me permettrai de citer un message clé de la FAO, dans son rapport de 2013 sur la sous-alimentation dans le monde: "Les fluctuations des prix et des revenus peuvent fortement affecter les pauvres et les personnes souffrant de la faim. Cependant, les données récentes relatives aux indices des prix à la consommation des produits alimentaires mondiaux et régionaux indiquent que les flambées de prix sur les marchés des produits de base ont eu un effet limité sur les prix à la consommation et que les fluctuations de ces derniers ont été plus faibles que celles qui ont frappé les producteurs. Il reste que, lorsque les prix augmentent, les consommateurs se tournent couramment vers des aliments meilleur marché, mais de moindre qualité nutritionnelle, ce qui augmente le risque de voir se développer des carences en micronutriments et d'autres formes de malnutrition, qui peuvent avoir des effets néfastes à long terme sur la santé, le développement et la productivité des personnes."
En d'autres termes - et c'est moi qui le résume ainsi -, la spéculation est un facteur important, qui génère pauvreté, faim et malnutrition, également au sens de la FAO. Et c'est dans ce sens-là que je vous invite à recommander l'acceptation de l'initiative, c'est-à-dire à voter pour la minorité Jans.
Bien sûr, la spéculation n'est pas la seule responsable de l'augmentation des prix: désastres naturels, sécheresses, augmentation de la population mondiale, augmentation du niveau de vie - ce qui est positif -, y participent. Mais toutes les études qui ont été citées aujourd'hui démontrent que 60 à 70 pour cent des augmentations de prix ont un lien avec la spéculation. Des méta-études, recoupant l'ensemble de ces études, démontrent que la spéculation a un impact sur l'augmentation des prix. Cette étude évoque une moyenne de 8 pour cent. Que diraient les Suisses, si du jour au lendemain le prix des aliments augmentait de 8 pour cent? Imaginez alors seulement ce que représente une telle augmentation, dans des pays où le pouvoir d'achat est 10 à 20 fois inférieur à celui qui prévaut en Suisse: des familles entières ne peuvent plus accéder à l'alimentation.
Pour toutes ces raisons, je vous invite à recommander l'acceptation de cette initiative, qui va dans le bon sens.