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Grin Jean-Pierre · Nationalrat · 2015-09-17

Grin Jean-Pierre · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2015-09-17

Wortprotokoll

Cette initiative est trompeuse car, sous couvert de bonnes intentions, son acceptation ne va pas résoudre les problèmes de la faim dans le monde. Je partage l'avis selon lequel les denrées alimentaires de base peuvent avoir de lourdes conséquences sur la population des pays en développement et sur certains pays fortement dépendants de l'importation de ces produits. Mais cette initiative ne va de loin pas régler ces différents problèmes. Si on veut régler cet important problème de la faim dans le monde, ce sont d'autres solutions qui s'imposent.

Tout d'abord, nous devons encourager dans notre pays, de meilleure manière que dans la Politique agricole 2014-2017, le volet productif de l'agriculture suisse. Car tout ce que nous ne produisons pas ici, nous devons l'importer, au détriment de certaines populations locales qui, faute de moyens financiers, ne peuvent se procurer cette nourriture. Contrairement à ce qu'affirme la Jeunesse socialiste suisse, la fixation des prix des matières premières agricoles n'est pas la résultante des activités financières qui sont visées par cette initiative, mais la résultante d'autres facteurs, comme des problèmes météorologiques, tels que la sécheresse, le gel, les inondations ou certaines catastrophes naturelles. Elle peut résulter également de problèmes géopolitiques, tels que les guerres et conflits divers bloquant la production de denrées alimentaires agricoles.

En recommandant l'acceptation de cette initiative, on limitera la liberté économique, non seulement des entreprises de négoce, mais également des entreprises agroalimentaires qui en subiront aussi les conséquences, puisqu'elles ont besoin de conserver à terme l'accès au marché de produits agricoles pour anticiper leurs coûts de production.

Par ailleurs, les entreprises et les milieux financiers pourraient contourner l'interdiction en partant à l'étranger ou en délocalisant les opérations qui seraient frappées d'une interdiction à la suite de l'acceptation de cette initiative. Les entreprises du secteur agroalimentaire occupent en Suisse plus de 200 000 personnes. Les mettre en difficulté pourrait, d'une part, conduire à la perte d'emplois, mais comme ces entreprises se fournissent également en matières premières suisses, la délocalisation de leur production pourrait, d'autre part, avoir des conséquences négatives sur les différents volumes de production de l'agriculture suisse.

Cette initiative consisterait à se donner, peut-être, bonne conscience, mais sans réel effet sur les volumes globaux de production. Comme je l'ai dit au début de mon exposé, favorisons les volumes de production dans notre pays, en soutenant une agriculture productive en vue de diminuer ou de stabiliser nos importations. Ce sera un petit pas pour limiter la faim dans notre monde, mais un grand pas dans la bonne direction.

Je vous demande donc de recommander le rejet de cette initiative de portée très locale et sans effet au niveau mondial.