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Mazzone Lisa · Nationalrat · 2015-12-10

Mazzone Lisa · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2015-12-10

Wortprotokoll

Que diront nos enfants, nos petits-enfants ou nos arrière-petits-enfants, quand ils étudieront l'histoire de la période que nous vivons? Que diront-ils quand ils apprendront que la mer Méditerranée, qui était jusqu'alors un trait d'union entre des cultures, s'est transformée en cimetière et a avalé quelque 20 000 personnes en dix ans, quelque 5000 à 6000 personnes ces deux dernières années? Quel bilan pourrons-nous faire valoir à leurs yeux, en réponse à ce drame humanitaire de milliers de personnes fuyant les conflits, la persécution et la violence, que nous voyons se noyer en mer, périr sur la route des Balkans ou dans la Manche, subir des maltraitances dans des pays proches de chez nous?

Mais revenons au présent, car nous avons la possibilité d'agir, ici et maintenant. Des solutions humanitaires et concrètes, c'est ce que propose la motion 15.3484 déposée par le groupe des Verts. Alors que l'hiver s'installe, les conditions de vie des migrants deviennent toujours plus difficiles et la situation toujours plus dramatique.

En premier lieu, nous proposons de restaurer au plus vite la possibilité de déposer une demande d'asile dans une ambassade, qui avait été supprimée en 2012. Certes, le peuple s'est exprimé à ce sujet, mais les sondages d'opinion montrent que sa position évolue. Elle évolue à juste titre, puisque cette possibilité permet de sauver des vies tout en luttant contre le trafic des passeurs, parce qu'elle donne l'opportunité aux réfugiés de déposer une demande d'asile à l'étranger et d'éviter ainsi de se lancer dans un voyage périlleux.

Deuxièmement, il s'agit de passer de la parole aux actes. La Suisse s'est engagée à accueillir 3000 réfugiés syriens en trois ans, dans le cadre d'un programme de réinstallation durable. Ces personnes particulièrement vulnérables sont sélectionnées par le Haut Commissariat aux réfugiés. Pourtant, le Secrétariat d'Etat aux migrations annonce qu'à la fin de cette année, seules 300 personnes en auront bénéficié, tandis qu'une centaine bénéficieront d'un visa humanitaire au titre du regroupement familial. De 300 à 3000, il y a un facteur dix. A ce rythme, nous aurons donc besoin de dix ans! Il est donc essentiel d'accélérer la mise en oeuvre de notre engagement.

Nous dénonçons aussi la décision du Conseil fédéral du 18 septembre dernier de déduire de ces 3000 personnes les 1500 déjà enregistrées en Grèce ou en Italie, qu'il s'est engagé à accueillir dans le cadre d'un accord avec l'Union européenne.

Rappelons les faits: la question migratoire, et l'asile en particulier, occupent une place non négligeable dans nos médias, mais c'est tout autre chose dans la réalité, puisque les personnes relevant du domaine de l'asile ne représentent que 1 pour cent de la population. Et si l'on arrive aux 31 000 demandes d'asile prévues cette année, cela ne représente guère qu'environ 0,3 pour cent de la population. Aussi, invasion il n'y a pas, c'est un fait.

Troisièmement, nous demandons à la Suisse de s'engager en faveur d'une refonte des accords de Dublin. Ce système donne lieu à des situations déplorables, comme des renvois à destination de pays qui ne peuvent offrir des conditions dignes et plongent les migrants dans la misère, parfois les réduisant à la prostitution. Le système Dublin devrait tenir compte des capacités économiques des pays. Rappelons que, alors que l'Europe a vu le nombre de demandes d'asile augmenter de 96 pour cent entre janvier et août de cette année, la Suisse a vu sa part des demandes d'asile - sa part en proportion du reste de l'Europe - diminuer de moitié. La Suisse pourrait commencer par cesser les renvois Dublin à la frontière de l'Union européenne, sur la route des Balkans, ou les renvois de personnes particulièrement vulnérables.

Quatrièmement, il s'agit de négocier pour créer des voies d'accès à l'Europe, pour mettre fin au trafic des passeurs. On constate que le nombre de morts en Méditerranée a augmenté parallèlement au nombre de traités, de conventions et autres directives qui ont rendu la circulation des migrants toujours plus difficile. La migration n'est pas un délit mais une réalité. Il s'agit de la gérer plutôt que de la condamner et d'enrichir des passeurs.

Cinquièmement, apportons une solution, un soutien plus important aux pays comme la Grèce ou l'Italie, qui n'arrivent pas à répondre à ce défi de manière digne. En Grèce, ce sont majoritairement les gardes-côtes qui assurent les sauvetages. Ceux-ci manquent cruellement de moyens. Même Frontex, qui assure plutôt des patrouilles, demande 775 gardes-côtes supplémentaires et n'en a reçu que 133. L'aide de la Suisse doit, comme celle de l'Union européenne, être intensifiée. C'est un défi collectif et non seulement un défi pour les pays frontières.

Sixièmement, nous demandons à ce que l'aide sur place soit renforcée. Le Conseil fédéral a annoncé le 18 septembre qu'il attribuerait 70 millions de francs supplémentaires à l'aide suisse, dont 30 millions de francs iront à la Syrie et à l'Irak. Nous nous réjouissons de cet engagement, mais [PAGE 2129] trouvons qu'il peut aller plus loin. Derrière les foules, derrière les nombres impossibles à appréhender, il y a une somme d'individus, une somme d'histoires, de vécus particuliers, autant de personnes comme vous et moi qui façonnent des rêves, qui ont des capacités et des ressources.

Le groupe des Verts estime que la réponse du Conseil fédéral est insatisfaisante et vous invite à adopter sa motion 15.3484. Il demande un vote séparé pour soutenir chaque alinéa. N'hésitez pas à soutenir l'un ou l'autre de ces alinéas.

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