AB 193332
Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2015-12-15
Wortprotokoll
Les finances de la Confédération montrent des signes de fléchissement. A l'origine de ces soucis, plusieurs explications, mais citons les conséquences de la problématique du franc fort, les incertitudes des milieux économiques suite à l'acceptation de l'initiative "contre l'immigration de masse", ou encore les prévisions de pertes fiscales consécutives en lien avec la troisième réforme de l'imposition des entreprises. Un programme de stabilisation a été lancé et une cure d'austérité est prévue pour la période 2017-2019, cure qui s'ajoutera aux mesures déjà prises. La Confédération devrait ainsi couper dans ses dépenses à hauteur de près d'un milliard de francs chaque année, de 2017 à 2019. On parle d'économies dans les domaines de la formation, de la recherche, de l'agriculture, des infrastructures, de l'aide au développement et du personnel de la Confédération. A ce propos, qu'en sera-t-il de la dotation en gardes-frontière? Seront-ils également touchés?
Dans le même temps, on nous propose allègrement d'augmenter les dépenses pour l'armée. La droite de ce Parlement a mal vécu l'échec du Gripen devant le peuple et souhaite que l'argent ainsi économisé revienne coûte que coûte à l'armée. Donc, cette année, après que nous avons accepté un premier programme d'armement de 542 millions de francs ce printemps, nous voilà gratifiés d'un second programme, extraordinaire celui-là, de 874 millions de francs. En prime, notre Parlement a décidé ces derniers jours, sans tenir compte des contingences financières du moment, de relever le plafond de financement de l'armée à 5 milliards de francs par an.
Lors de la votation de mai 2014, le peuple Suisse a juste dit non à l'acquisition d'un nouvel avion de combat, c'est tout. En aucune manière, il ne s'est prononcé sur l'affectation, en faveur de la grande muette ou non, des économies ainsi réalisées. C'est un passage en force! Un passage en force, au surplus, pour certains investissements non urgents, partiellement contestables et contestés, notamment des investissements dans les télécommunications, la capitalisation de munitions pour 100 millions de francs, et la modernisation luxueuse - c'est un euphémisme - de 2220 camions Duro I [PAGE 2199] pour un total de 558 millions de francs, soit la bagatelle de 250 000 francs par camion; nous y reviendrons sans doute par ailleurs lors de la discussion par article.
Dans le même temps - et j'espère un démenti -, il serait question, d'après certains, de supprimer des places de gardes-frontière, le personnel de la Confédération étant appelé à faire des sacrifices.
Je n'ose croire à une telle hérésie, eu égard aux véritables défis sécuritaires qui menacent notre pays, en tête desquels figurent le terrorisme et la criminalité transfrontalière. Pour la sécurité intérieure, police et gardes-frontière sont en première ligne, et non l'armée qui, dans ce domaine, est appelée à intervenir seulement à titre subsidiaire.
De mon point de vue, on n'investit pas les moyens financiers forcément à bon escient. Il faudrait en effet recruter plus de gardes-frontière, et, pour cela, il faut des moyens. Mais on ne peut dépenser un franc deux fois.
Et que dire des coupes budgétaires prévues au titre de l'aide au développement? Chaque franc investi dans les pays en difficulté contribue un peu plus à créer les conditions d'un monde plus stable, et donc plus sûr. Il s'agit de petites gouttes, c'est vrai. Mais aider sur place les populations syriennes, victimes innocentes de la barbarie, permettrait de réduire les flux migratoires, ces voyages de tous les dangers. Aider un pays d'Afrique ou d'Asie à relancer son économie et son agriculture, c'est autant de personnes dans la détresse et le dénuement qui peuvent retrouver des conditions de vie plus décentes et leur dignité.
Je vous enjoins à renoncer aujourd'hui à ces investissements, qui n'ont rien d'urgent. Le programme d'armement complémentaire 2015 pourrait sans autre devenir le programme ordinaire 2016. Merci de replacer les priorités à leur juste place, et les priorités, selon moi, dans le domaine de la défense, sont aujourd'hui la sécurité intérieure et la promotion de la paix.
Je vous demande donc de ne pas entrer en matière sur le programme d'armement complémentaire 2015.