Schwaab Jean Christophe · Nationalrat · 2015-12-16
Schwaab Jean Christophe · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2015-12-16
Wortprotokoll
Vous avez été nombreux à monter à la tribune pour tenter d'expliquer à des gens gagnant au maximum 2350 francs par mois après une vie de dur labeur, que 2585 francs, c'était trop.
Ce raisonnement est un affront! C'est un affront aux retraités dont on sait que, pour deux tiers d'entre eux, la rente AVS constitue la principale source de revenu. Une AVS qui n'a pas connu d'augmentation nominale depuis 40 ans, une AVS qui est déconnectée de la croissance des salaires et une AVS qui ne tient pas compte de l'augmentation des primes d'assurance-maladie.
Ce raisonnement est également un affront aux 200 000 personnes qui bénéficient des prestations complémentaires; 200 000 personnes qui doivent mettre leur situation financière à nu pour obtenir une aide publique, une forme d'aide sociale, bien qu'elles aient travaillé et cotisé tout au long de leur vie. Lorsque Mesdames Humbel et Moret disent qu'elles ne voient pas quelle est la plus-value entre ne pas avoir à demander les prestations complémentaires et être contraint de le faire, eh bien, j'ai de la peine à comprendre ce raisonnement.
Ce raisonnement est un affront envers ceux qui bénéficient le plus de l'AVS. Ce sont les femmes, ce sont les bas salaires, ce sont les salariées et les salariés des classes modestes et moyennes qui n'ont pas de deuxième pilier ou qui n'en ont qu'un petit. Mais c'est également un affront à tous les bas revenus de ce pays, pour qui 100 ou 200 francs de plus par mois, cela compte, cela a de l'importance pour boucler un budget, et ce ne sont pas des cacahuètes, ce ne sont pas des "peanuts".
Ce raisonnement est un affront à la Constitution fédérale, qui commande à l'AVS d'assurer un revenu qui couvre les besoins vitaux. Plusieurs de mes préopinants ont démontré que malheureusement tel n'était pas le cas. Enfin, ce raisonnement est un affront à la bonne santé financière de l'AVS et à la solidité de son modèle de financement.
Je comprends que cette bonne santé financière ne plaise pas à certains membres de ce conseil, d'une part parce qu'elle n'est pas conforme à leurs prévisions, pour ne pas dire à leurs prédictions divinatoires.
La bonne santé de l'AVS ne vous plaît probablement pas, parce que vous l'avez affaiblie en soutenant la réforme de l'imposition des entreprises II - évoquée par ma préopinante -, qui prive chaque année l'AVS de 120 millions de francs de rentrées.
Enfin, la bonne santé de l'AVS ne vous plaît pas - et c'est compréhensible -, car elle démontre qu'un système de retraite par répartition, qui est solidaire, tant entre les générations qu'entre les classes sociales, qui est redistributif et qui est basé sur l'épargne collective et non sur l'épargne individuelle, fonctionne, ce qui va à l'encontre de vos dogmes et de ceux des lobbies qui vous soutiennent.
L'initiative est nécessaire pour les retraités, car ils en ont besoin; ils l'ont méritée. Elle va profiter avant tout aux bas et aux moyens revenus et pas aux hauts revenus, contrairement à ce qui a été évoqué plus tôt par des personnes qui visiblement ne comprennent pas comment fonctionne l'AVS. Car, même en cas d'acceptation de l'initiative, le système absolument fantastique de l'AVS, selon lequel les cotisations ne sont pas plafonnées, les rentes sont plafonnées et les rentes sont imposables, va perdurer. Cela veut dire que les très hauts revenus toucheront certes un peu plus, mais ils auront cotisé encore plus et ils payeront un peu plus d'impôts.
L'initiative est également nécessaire pour les futurs retraités, pour les jeunes générations, pour ma génération, mais aussi pour celle de mes enfants. En effet, pour les jeunes, l'AVS est la prévoyance vieillesse qui a le meilleur rapport qualité-prix. Pour obtenir une rente similaire grâce au deuxième pilier, il faut, sur toute une vie professionnelle, cotiser près de deux fois plus pour obtenir le même montant si on ne compte que sur la prévoyance professionnelle du deuxième pilier.
En conclusion, j'aimerais vous dire que renforcer l'AVS, c'est renforcer la Suisse. Et c'est pour cela que je soutiendrai l'initiative, et je vous remercie d'ores et déjà d'en faire autant.