Borloz Frédéric · Nationalrat · 2015-12-16
Borloz Frédéric · Nationalrat · Waadt · FDP-Liberale Fraktion · 2015-12-16
Wortprotokoll
Pour ma première intervention à la tribune de ce Parlement, je dois dire que les surprises ne manquent pas. Depuis des heures, nous discutons du sujet de cette initiative. J'avais envie de commencer en disant à Monsieur Schwaab et à toutes celles et à tous ceux qui la défendent: quelle belle journée! Quelle belle journée, car c'est un sujet extraordinaire que celui qui offre la possibilité de distribuer de l'argent à des gens qui en ont besoin, de distribuer de l'argent à nos aînés qui sont aussi, pour beaucoup d'entre eux, dans le besoin, d'appliquer correctement la Constitution; ce sont des buts qui finalement sont parfaitement louables.
Si l'on creuse un peu, on constate, en revanche, que les bénéficiaires ne sont pas tout à fait ceux qu'on croit, ceux qu'on imagine au départ. Ce ne sont pas les mêmes, parce qu'effectivement, les gens qui bénéficient d'une aide sociale pour compléter leur revenu, ceux-là ne vont pas voir leur revenu augmenter; cette initiative n'aura pas d'incidence sur leur revenu. Tout au plus pouvons-nous espérer que l'on va simplifier les démarches administratives pour celles et ceux qui en ont besoin, mais ils n'auront pas de revenu supplémentaire, donc il n'y aura pas d'aide supplémentaire.
Ensuite il y a toutes celles et tous ceux qui ont, ma foi, réussi dans la vie, sans avoir un salaire très élevé, mais qui ont cotisé au premier pilier et au deuxième pilier, et éventuellement au troisième pilier. C'est la grande partie de nos aînés et ces gens-là ont une retraite qui correspond à ce qu'ils ont imaginé, à ce qui était plus ou moins annoncé lorsqu'ils ont commencé à cotiser. Ces personnes n'ont pas besoin de ces 200 francs de plus par mois - on en a tous besoin, bien entendu -, ou en tout cas cela n'est pas fondamental dans leur vie. Alors qui voulons-nous aider avec ces 200 francs de plus par mois? Encore faut-il, comme le disait Madame Kiener Nellen il y a un instant, que cela rende service. Oui, mais si ces 200 francs ne devaient pas suffire, cela n'enlèverait pas l'obligation de recourir à l'aide sociale pour toutes celles et tous ceux qui en ont besoin.
On parle de petites sommes; on parle d'aide individuelle et il ne faut pas se tromper non plus d'objectif. Ma grande inquiétude, par rapport à cette initiative, c'est finalement non pas ce qu'elle va apporter, mais ce qu'elle va prendre, ou ce qu'elle va détruire. Et notre système de couverture, en termes de retraites, est un système qui est fondé sur trois piliers, trois piliers essentiels.
Lorsqu'on a voulu compléter l'AVS, on n'a pas augmenté les rentes AVS: on a inventé le deuxième pilier! Parce qu'on voyait bien qu'on touchait précisément aux limites du développement de l'AVS, au vu de la manière dont elle était [PAGE 2254] organisée et comme elle l'est toujours, à savoir selon un fonds de solidarité, sur la base d'une cotisation que l'on paie aujourd'hui, pour des gens qui touchent une rente aujourd'hui. Il n'y a pas de réserves dans le système de l'AVS. Ce sont ceux qui cotisent qui paient les rentes de ceux qui les touchent. C'est une solidarité directe. Et on voyait bien que ce système avait atteint ses limites et qu'on ne pourrait pas le développer de la manière proposée aujourd'hui avec cette initiative. On a donc inventé le deuxième pilier.
Et ce qui m'inquiète beaucoup, c'est qu'en définitive, cette initiative fragilise ce système des trois piliers, qu'elle en affaiblisse un pilier. On a les chiffres, cela a été démontré. Mon préopinant s'en fiche complètement, selon lui, 8 milliards de francs, ce n'est rien du tout. Soit! Toujours est-il qu'on ne peut pas inventer cet argent; il faudra les trouver, ces 8 milliards de francs. Et dans la mesure où on affaiblit un des piliers de notre maison de la retraite suisse, on court le risque d'affaiblir aussi les retraites de celles et ceux qu'on veut soutenir aujourd'hui, car le moment venu, lorsqu'il faudra trouver des solutions pour renforcer ce pilier-là, beaucoup risquent de devoir participer, encore une fois parce qu'on ne peut pas inventer l'argent.
Cette initiative, au-delà des belles promesses qu'elle fait, c'est malheureusement de la poudre aux yeux et ses conséquences pourraient être dommageables pour l'ensemble de nos retraites et de notre système de retraite, sur lequel une discussion doit être menée, sans dissocier l'un et l'autre des piliers. On ne peut en effet pas toucher un pilier sans imaginer les conséquences que cela aura sur les autres.