Gschwind Jean-Paul · Nationalrat · 2016-03-09
Gschwind Jean-Paul · Nationalrat · Jura · CVP-Fraktion · 2016-03-09
Wortprotokoll
L'initiative populaire "pour la sécurité alimentaire", déposée le 8 juillet 2014, a récolté 147 812 signatures en un temps record. Elle vise deux objectifs: d'une part, renforcer l'approvisionnement de la population en denrées alimentaires issues d'une production intégrée diversifiée et durable; d'autre part, maintenir une charge administrative raisonnable et garantir la sécurité du droit.
Permettez-moi de développer en quelques mots les arguments qui m'incitent à soutenir cette initiative. Tant mes racines agricoles que mes quarante années de pratique rurale en tant que vétérinaire m'autorisent à porter un jugement sur l'évolution de la politique agricole de ces dernières années. Durant cette période, j'ai assisté à l'érosion lente et inéluctable des domaines agricoles: aujourd'hui, 2 pour cent des exploitations disparaissent chaque année. C'est incontestable.
A mon sens, si la Politique agricole 2014-2017 a certes été décidée par le Parlement, elle fait néanmoins fausse route, étant trop axée sur l'écologie, la biodiversité ou encore la qualité du paysage. Ces orientations limitent fortement la production indigène au détriment de cultures extensives, voire de jachères. Il est plus rentable de planter des fleurs que de cultiver du blé. Voici quelques chiffres à l'appui: 4460 francs de subvention à l'hectare pour une jachère florale contre 1660 francs de subvention à l'hectare pour le blé d'hiver! Une aberration à mes yeux.
Accepter l'initiative, c'est donner un signal fort, c'est exercer une pression sur le Parlement pour influencer la future Politique agricole 2022-2025. Il faut redonner à l'agriculture sa vocation première: garantir un approvisionnement minimal de 60 pour cent de la population suisse avec des produits de qualité, sûrs et payés à un prix juste; produire de manière durable selon des techniques innovantes et avec des produits phytosanitaires de dernière génération. Ce changement de cap pourrait se faire sans augmenter l'enveloppe financière des paiements directs, bien au contraire. Les subventions seraient allouées de manière différente, et la charge administrative maintenue à un niveau raisonnable afin de garantir la sécurité de l'alimentation.
Garantir des prix justes et corrects, c'est le seul moyen d'assurer l'avenir de notre agriculture. Est-il normal que le prix d'un litre de lait soit équivalent à celui d'une cigarette? Pour moi, la réponse est non, c'est inadmissible et contraire à nos valeurs fondamentales.
Garantir une production indigène rentable ne signifie pas faire preuve de protectionnisme. Accepter l'initiative, c'est prévenir les dérives que subissent les paysans européens, notamment nos voisins Français. Accepter l'initiative, c'est éviter un effondrement des prix, notamment le prix du lait et du porc, qui suscite la colère, la misère et la révolte des familles françaises. Accepter l'initiative, c'est refuser la création de mégaentreprises de 300 voire 400 hectares qui débouchent sur la création d'usines à animaux - les images parvenues récemment d'Espagne sont effarantes et épouvantables. Soutenir l'initiative, c'est redonner espoir et motivation à l'agriculture suisse de demain, et notamment à la relève, mais c'est aussi empêcher la transformation de nos écoles d'agriculture en écoles pour jardiniers-paysagistes.
Fort de ces quelques arguments, loin d'être exhaustifs puisque je pourrais encore en ajouter d'autres, je vous invite à recommander l'acceptation de cette initiative populaire et vous remercie de votre attention.