Glauser-Zufferey Alice · Nationalrat · 2016-03-09
Glauser-Zufferey Alice · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2016-03-09
Wortprotokoll
Je déclare mes intérêts: je suis paysanne et soutiens l'initiative de l'Union suisse des paysans "pour la sécurité alimentaire".
En 2014, le Conseil fédéral admettait que les bases constitutionnelles ne couvraient pas les besoins alimentaires de la population. L'initiative doit donc garantir que la fonction vivrière de l'agriculture reste durablement sa fonction principale et prioritaire, et ce avant les autres missions que l'actuelle Constitution lui octroie. Ce but ne peut être atteint sans maintenir des conditions-cadres garantissant un taux d'autoapprovisionnement en denrées alimentaires d'au minimum 60 pour cent, ce qui, je vous le rappelle, constitue un taux très bas, le deuxième plus bas au niveau mondial après celui de la Chine.
Il n'est pas question de pousser à une politique productiviste des années 1970 ou 1980, ou de revenir en arrière s'agissant des pratiques et des prestations environnementales adoptées par les agriculteurs comme les réseaux, la qualité du paysage ou l'utilisation efficiente des ressources, pratiques et prestations reconnues par la société au travers des paiements directs. Cette initiative vise à maintenir le standard déjà très élevé que nous avons, sans aller au-delà.
La protection des terres agricoles que réclame l'initiative ne se veut pas plus contraignante que ne le sera la mise en oeuvre de la loi sur l'aménagement du territoire. Elle vise à faire du sol un outil respecté mais indispensable pour la mission première du paysan: nourrir la population. Cette mission est reconnue et plébiscitée par la majorité des habitants de notre pays. Les familles paysannes, et avec elles les jeunes agriculteurs qui veulent croire en leur avenir, l'ont bien compris. Ces derniers acceptent le défi et font preuve de beaucoup d'esprit d'entreprise. Ils s'adaptent à chaque message quadriennal de politique agricole, bien qu'ils ne couvrent que difficilement leurs frais pour une bonne partie de leur production.
Cependant, le risque est grand que, trop souvent déçu par des prix incorrects et misérables, l'agriculteur mette ses surfaces en jachère et contribue à la diversité du paysage et non à l'alimentation de la population.
En plus des surfaces vivrières qui manqueront à la Suisse, l'agriculteur perdra son savoir-faire, et les générations suivantes mettront des années à se le réapproprier, alors que le besoin sera urgent de cultiver pour se nourrir. Je ne peins pas le diable sur la muraille en parlant de besoin urgent. Le changement climatique est une réalité. Si les surfaces cultivables et l'eau se raréfient, il est évident que la population ne cesse d'augmenter.
Il est évident aussi que la construction contribue à la diminution des surfaces cultivables. Les 60 pour cent d'autoapprovisionnement que nous atteignons actuellement pourraient encore diminuer, et les projections les plus optimistes effectuées par les scientifiques montrent bien que nous atteindrons à peine plus de 50 pour cent à moyen terme.
Pour toute personne responsable, ne serait-ce que de sa famille, il est évident qu'elle devra être prévoyante et qu'elle pourra difficilement compter sur ses voisins pour se nourrir à l'arrivée des temps difficiles. Que dire alors d'un pays qui négligerait l'adage "gouverner, c'est prévoir"? Car prévoir de s'alimenter en important majoritairement de pays qui auront besoin de leurs propres ressources n'est au bas mot pas raisonnable! En effet, nous pouvons maintenant, pour le moins, garantir des surfaces cultivables à des paysans encore professionnels et à la pointe de la technique agricole, qui font du modèle suisse un exemple.
Je vous remercie, au nom des familles paysannes, de recommander le soutien à l'initiative.