Couchepin Pascal · Bundesrat · 2002-03-13
Couchepin Pascal · Bundesrat · Wallis · 2002-03-13
Wortprotokoll
Nous abordons une nouvelle fois le problème des "working poor". On a déjà discuté cette problématique il y a un instant, lorsque nous avons répondu à la motion 00.3228 de la minorité Leutenegger Oberholzer.
Il faut un petit peu différencier les choses lorsqu'on parle de "working poor". Une étude de l'Office fédéral de la statistique montre en particulier qu'une augmentation du revenu annuel à 30 000, voire 35 000 francs, ferait passer le nombre des "working poor" de 5,6 pour cent à 4,8, voire 4,4 pour cent. 30 000, 35 000 francs, ce n'est pas le Pérou, comme on dit, mais c'est quand même déjà un montant d'une certaine importance. Cela montre bien que le phénomène des "working poor" n'est pas seulement un problème de salaires. Naturellement, si on faisait monter les salaires à un niveau très important, le problème serait résolu. Mais à ce moment-là, il y aurait probablement beaucoup d'entreprises qui renonceraient à utiliser les gens qu'elles paient relativement mal aujourd'hui, parce que du point de vue économique, ce ne serait pas possible de suivre. Le problème des "working poor" n'est donc pas seulement un problème de salaires, mais c'est aussi un problème de charges, dans l'autre sens. Si vous êtes seul, avec un salaire de 35 000 francs, ce doit être possible de vivre; mais si vous avez une charge de famille, eh bien, c'est évidemment beaucoup plus difficile. Le problème des salaires n'est qu'un aspect de la problématique des "working poor", et probablement que l'étude des deux professeurs bernois va le dire et le montrer. La solution n'est certainement pas dans la fixation d'un salaire minimum, mais plutôt dans une aide sociale extérieure.
Une stratégie qui consisterait, comme vous l'avez souhaité, à prélever des montants supplémentaires sur des entreprises qui marchent bien au profit des entreprises qui marchent moins bien et qui ne sont pas en mesure de payer des salaires suffisants, relèverait d'une politique qui, à moyen terme, serait très négative, et cela causerait un effet pervers évident. Cela signifierait que les entreprises les plus dynamiques perdraient l'intérêt d'investir en Suisse et investiraient dans d'autres secteurs. Or, c'est sur les entreprises les plus dynamiques qu'il faut compter pour faciliter les améliorations salariales et le développement d'une société dans laquelle chacun peut trouver un emploi qui lui permette de gagner sa vie.
Si on regarde les statistiques de ces dernières années, notamment celles relatives à la croissance économique, on constate que la faible croissance économique des années nonante a été pratiquement portée par l'industrie pharmaceutique, une industrie à haute valeur ajoutée où les salaires sont importants, mais qui est confrontée à une forte concurrence. Si demain vous demandez à cette industrie une participation supplémentaire à l'effort fiscal pour élever les salaires des branches les plus basses, vous aurez un effet économique catastrophique. En clair, vous diminuerez l'intérêt de l'industrie pharmaceutique qui est celle qui apporte, avec des salaires élevés, le plus de croissance dans ce pays, au profit du maintien d'entreprises qui sont en difficulté et qui, peut-être, n'ont pas d'avenir en Suisse. Ce n'est pas à moi de le dire, c'est au marché. Cette solution serait contraire aux intérêts des travailleurs qui sont chers à votre coeur comme au nôtre.