Tornare Manuel · Nationalrat · 2016-04-26
Tornare Manuel · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2016-04-26
Wortprotokoll
Dernièrement, j'ai fait un exposé sur ce sujet, à Berne, devant la Fédération des Eglises protestantes, certains d'entre vous y ont assisté. Je peux vous dire que l'émotion était extrêmement vive. Il y avait dans la salle beaucoup d'enfants placés, des personnes qui ont [PAGE 663] aujourd'hui entre 60 et 80 ans. L'émotion était présente partout dans la salle. On sentait une certaine pesanteur.
J'aimerais aussi rendre hommage Monsieur Voruz, qui a quitté le Parlement il y a quelques mois. Il était syndic de Morges et conseiller national socialiste. Il était un enfant placé, sa femme aussi. Ce ne sont pas des personnes qui sont dans les cimetières! Elles vivent encore et ont besoin de cette reconnaissance.
On a aussi parlé de fiction. Il est vrai que la fiction est parfois plus réelle que la vérité. Madame Fiala a parlé tout à l'heure de l'Irlande, qui a fait un geste de 1,2 milliard d'euros. Pourquoi? Parce que l'Irlande - entre autres - a été traumatisée par le film "Philomena", que vous avez peut-être vu, fiction d'après un récit irlandais véridique. Dans toute la littérature mondiale, on parle d'enfants placés. Relisez "Oliver Twist"! Les francophones, relisez le magnifique roman d'Hector Malot, "Sans famille", avec le petit Rémi, et "Les Misérables" de Victor Hugo avec la petite Cosette!
Dans cette problématique des enfants placés, on a fait quelques progrès, et je pense que ceux-ci, au niveau national, vont peut-être aussi "contaminer", dans le bon sens du terme, de nombreux pays sur cette planète, qui font partie de l'ONU et qui, encore à l'heure actuelle, connaissent ce genre de tragédie impliquant des enfants placés. Nous en rencontrons même parmi les réfugiés qui viennent en ce moment en Europe.
On a fait des progrès parce que, depuis le projet de loi voté en mars 2014 par le Parlement, on reconnaît l'injustice, on développe la recherche scientifique, et on demande aux communes, aux cantons et à la Confédération d'archiver; ce sont d'excellentes décisions. Depuis 1978, on a aussi fait beaucoup de progrès avec les règlements concernant les enfants placés en abolissant certaines pratiques. Il y a aussi le fonds provisoire de 5 millions de francs que la Confédération a mis à disposition. A l'heure actuelle, je m'évertue à faire en sorte que la ville et le canton de Genève puissent y participer, puisque, erreur historique, ce n'est pas le cas jusqu'à présent - quelle honte!
J'ai entendu tout à l'heure un de nos collègues dire que l'"on ne saurait condamner nos ancêtres". Il ne s'agit pas de condamner nos ancêtres! Ne pas reconnaître les erreurs de nos ancêtres, c'est les condamner deux fois: une première fois à la lumière du passé et une seconde fois à la lumière du présent. C'est nier l'évolution des consciences. C'est se plonger dans un immobilisme total! Ne pas reconnaître les dérapages de l'histoire, et aussi notre histoire, c'est se condamner à revivre ces dérapages, comme le disent beaucoup de philosophes. Nous sommes tous les héritiers de l'histoire de ce pays, avec sa part d'ombre et sa part de lumière.
Dans ma ville, sur les marchés, dans des stands politiques, on me demande souvent sur ce sujet: "Mais au fait, pourquoi une culpabilité collective?" Pour les raisons que je viens d'évoquer. Car nous devons contrebalancer l'honneur perdu de notre pays. Nous le ferons avec ce projet, certes pas totalement.
La Suisse est un Etat de droit. Or qu'est-ce qu'un Etat de droit? C'est une permanence, c'est aussi le garant de droits, d'une justice, d'une équité, d'une dignité. Les indemnités sont symboliques; cela a été dit par beaucoup d'entre vous. On n'effacera jamais sur la croix blanche de notre drapeau cette tache, on l'atténuera! Et pour reprendre une phrase du grand psychanalyste Jacques Lacan: "Ce n'est pas le mal, mais le bien, qui engendre la culpabilité." Je rajouterai: la culpabilité collective.