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Derder Fathi · Nationalrat · 2016-06-09

Derder Fathi · Nationalrat · Waadt · FDP-Liberale Fraktion · 2016-06-09

Wortprotokoll

Jusqu'à présent, nous avons énormément parlé de chiffres et c'est normal puisqu'il est question de crédits-cadres. Je propose toutefois que nous nous arrêtions sur les lettres et les mots qui sont au coeur du message du Conseil fédéral. Il y a trois lettres principales: F, R, I. De quoi parlons-nous concrètement? Je pense qu'il vaut la peine de s'y arrêter quelques instants.

Les lettres F, R et I correspondent respectivement à "formation", "recherche" et "innovation". Il s'agit de trois domaines dans lesquels la Suisse est aujourd'hui parmi les pays qui sont les meilleurs du monde, et ce pour une raison assez simple: nous n'avons pas le choix! Nous n'avons pas le choix, dans notre pays, de faire autre chose que d'être les meilleurs du monde dans les domaines de la formation, de la recherche et de l'innovation. La raison en est simple: nous sommes un petit pays, sans matières premières. C'est donc un élément vital, qui est au coeur de notre économie et qui contribue à notre prospérité.

Arrêtons-nous sur chacun de ces domaines. La formation, tout d'abord: la formation est excellente en Suisse, à tous les niveaux, et elle doit le rester, que ce soit la formation de base, la formation duale, la formation académique ou celle qui est dispensée dans les hautes écoles et, notamment, dans les écoles polytechniques fédérales. Nous avons la chance d'avoir deux hautes écoles polytechniques qui sont en tête des classements internationaux, et elles doivent y rester, car aucun écosystème innovant au monde ne peut se développer sans hautes écoles parmi les meilleures du monde. La Silicon Valley n'existerait pas sans l'Université de Stanford; le dynamisme de la côte Est des Etats-Unis n'existerait pas sans l'Université de Harvard. Disposer d'une formation de qualité est un besoin inconditionnel pour garantir notre développement.

Il en est de même pour la recherche: nous avons besoin d'investir massivement dans la recherche, tant au niveau privé que public. Et cela tombe bien, c'est ce que l'on fait en Suisse: les investissements sont répartis entre le public et le privé. Pour rester compétitifs, des investissements publics sont également nécessaires. La concurrence internationale est sévère et menace le classement de la Suisse. Des Etats comme Singapour investissent massivement dans la recherche, car leurs autorités savent que c'est en investissant massivement dans ce domaine qu'elles garantissent la prospérité du pays.

S'agissant de l'innovation, par contre, notre pays peut s'améliorer. En effet, nous ne sommes pas encore les meilleurs du monde dans ce domaine. Nous avons notamment quelques défauts en matière de transfert de technologie et de création d'entreprises innovantes, notamment de petites entreprises innovantes qu'on appelle "start-up à forts développements internationaux". Nous avons deux déficits principaux en Suisse: le capital risque et les cerveaux.

Le capital risque, nous en parlerons un autre jour, car il y a un sérieux problème de manque de cerveaux en Suisse. Nous avons les options suivantes. On peut les importer: nous avons, à ce niveau, un petit problème depuis deux ans - nous en parlions hier avec l'extension de l'accord de libre circulation à la Croatie. On peut les former, ce qui peut être intéressant. Cela, c'est un enjeu majeur: nous devons former des cerveaux pour compenser la pénurie de main-d'oeuvre qualifiée. Il manque 15 000 ingénieurs, entendons-nous dire, des bio-informaticiens; bref, il manque des spécialistes. Dans tous ces domaines, nous devons donner à nos hautes écoles les moyens de les former, et ce d'autant que de nouveaux secteurs apparaissent.

La révolution numérique fait apparaître de nouveaux domaines dans lesquels nous attendons de nos hautes écoles qu'elles apportent des réponses. Elles doivent donner des réponses aux "data sciences", à la médecine personnalisée, dans le domaine de l'énergie, dans énormément de domaines où la société attend des réponses, domaines pour lesquels la formation de spécialistes est extrêmement coûteuse, si nous voulons apporter des réponses suffisantes aux nouveaux enjeux.

Nous le voyons, nous avons besoin de former des cerveaux, de former plus d'étudiants dans de nouveaux domaines. Or, tout cela a un coût. Quand j'entends dire qu'une minorité de la Commission des finances veut réduire ces budgets, je me dis qu'il s'agit d'irresponsabilité pure et simple, parce qu'il en va ici de la prospérité de notre pays. [PAGE 948]

Pour toutes ces raisons, le groupe libéral-radical soutient une augmentation des budgets de la recherche. Une majorité du groupe soutient le Conseil fédéral en demandant 2 pour cent de hausse. Une minorité du groupe, dont je fais partie, vous l'aurez compris, défend la position de la majorité de la commission, à savoir 3,2 pour cent de hausse. Quoi qu'il en soit, nous aurons l'occasion de débattre de ces pourcentages de hausse. Nous devons, ensemble, soutenir le Conseil fédéral et nous battre pour l'avenir de la Suisse.