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Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2002-03-20

Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2002-03-20

Wortprotokoll

Je me souviens de l'affiche qui accompagnait la récolte de signatures. Elle représentait un homme de type arabe, à la mine patibulaire, chapeau sur l'oeil et déchirant le drapeau suisse. Cette affiche avait suscité beaucoup d'émotion. Sa seule évocation m'empêche de parler de cette initiative sans un certain écoeurement.

Ce qui domine dans la politique de l'Union démocratique du centre, c'est cet acharnement à présenter les requérants comme des abuseurs, des exploiteurs de notre générosité, des simulateurs, comme vient de le dire M. Mörgeli, des vacanciers à la limite, qui s'offrent des croisières pour venir profiter de notre confort. Dès lors, on ne craint pas de les traiter comme une marchandise qu'on entrepose, qu'on déplace, qu'on nourrit, un peu, qu'on soigne, pas beaucoup, mais qu'on utilise aussi sans salaire dans des programmes d'occupation.

On a pu voir hier dans nos journaux à quoi ressemble cette bande de tricheurs, à quoi ressemblent ces vacanciers en croisière, ces gens qui se déplacent, puis qu'on déplace, qu'on parque et qu'enfin on rejette.

Selon cette initiative, le message qu'il faudrait faire passer, en somme, aux candidats à l'asile, ce serait qu'ils prennent tout leur temps pour préparer soigneusement leur voyage, qu'ils rassemblent leurs documents d'identité, qu'ils réservent un vol direct pour la Suisse, qu'ils se documentent sur nos us et coutumes afin de pouvoir s'y conformer dès leur arrivée, qu'ils rédigent leur demande sur formule officielle, si possible en plusieurs langues. Bref, il faudrait qu'ils s'efforcent de nous ressembler! En dehors de cela, pas de salut.

Cette initiative vide le droit d'asile de toute sa substance. En effet, à peine 5 pour cent des requérants viennent par avion. Cela veut dire que, si elle était acceptée, les autorités n'examineraient pratiquement plus jamais les motifs de fuite des requérants, mais uniquement la question de savoir s'ils ont passé par la bonne porte et avec la bonne clé. Et si l'Etat tiers réputé sûr refuse la réadmission, on ne pourrait pas davantage accorder l'asile puisque l'initiative exclut qu'on traite la demande. On aurait donc des gens qui restent chez nous sans statut et sans protection.

Cet élément, cette réalité-là, signe à elle seule l'incohérence de votre politique, chers collègues du groupe de l'Union démocratique du centre. En effet, il est bien connu que l'UDC ne manifeste aucune espèce de tolérance envers les sans-papiers. Or le système hyperrestrictif que vous proposez produira toujours plus de clandestins. Est-ce vraiment cela que vous voulez?

Autre incohérence. Vous dénoncez à chaque occasion la criminalité des étrangers. Pensez-vous vraiment qu'en privant de statut les requérants, en les privant d'assistance, de revenus, de soins médicaux et de stabilité, vous contribuez beaucoup à la prévention de la délinquance? C'est tout le contraire!

Incohérence encore. Par son initiative, l'Union démocratique du centre signe en fait son adhésion à l'Union européenne. Toutes les mesures préconisées impliquent de fait l'intégration européenne. Alors, que devient la Suisse humanitaire, indépendante et neutre que vous nous chantiez encore tout récemment?

Mais bon, je m'énerve peut-être pour rien ou je m'énerve trop tôt. Car ce que la majorité de ce Parlement, j'en suis sûre, va chasser par la porte reviendra par la fenêtre sous la forme de la révision de la loi sur l'asile. Mesdames, Messieurs de l'Union démocratique du centre, vous pouvez tranquillement retirer votre initiative car, hélas, le Conseil fédéral y pourvoira. En effet, avec la révision de la loi sur l'asile, il entend adopter à peu de chose près les mêmes mesures que l'initiative, si ce n'est pas déjà fait, comme le rappelle très clairement le message à propos des prestations sociales, des soins et des compagnies d'aviation.

Pour conclure, j'aimerais encore dire ceci: personne de nous ne s'est jamais trouvé et ne se trouvera jamais sur ce bateau! Mais nous n'avons pas le droit d'oublier que des dizaines de bateaux semblables voguent en ce moment sur les mers du monde, et que fermer les frontières n'est pas une réponse adéquate à cette errance. Fermer les frontières ne nous protège en rien de ce que certains redoutent comme une invasion.

Non, Monsieur Mörgeli - vous n'êtes plus là mais je vous le dis quand même -, nous ne voulons pas institutionnaliser l'asile. Nous trouvons que ces images sont fortes et qu'elles nous posent une vraie question à laquelle nous n'avons pas forcément une réponse toute faite.

Pour conclure, je dirai que je préfère souffrir d'"asilisme" que de crétinisme ou de cynisme!