Burkhalter Didier · Bundesrat · 2016-09-13
Burkhalter Didier · Bundesrat · Neuenburg · 2016-09-13
Wortprotokoll
Je suis un peu surpris de votre ton, Monsieur le conseiller national. Je crois au contraire que la Suisse et les Suisses n'ont pas à avoir honte de ce qu'ils font pour aider les pauvres personnes qui sont victimes de la guerre depuis des années en Syrie et dans les pays voisins.
J'ai rencontré des gens aussi bien au Liban qu'en Jordanie. Je suis allé les voir et cela ne se passe pas comme vous le dites. Vous mélangez tout! Vous mélangez les gens qui arrivent en Suisse avec les réfugiés syriens et les personnes déplacées en Syrie, qui sont des millions de personnes. Au total, je crois qu'il y a entre 11 et 12 millions de personnes déplacées. La plupart sont dans la région et elles veulent y rester.
Je suis allé en Jordanie il y a déjà quelques mois et j'y ai rencontré des gens, entre autres de jeunes familles, dont les enfants étaient nés pour partie durant la guerre et pour partie dans les camps de réfugiés. Tous m'ont dit qu'ils voulaient rentrer dans leur pays, qu'ils n'avaient pas envie d'aller plus loin, qu'ils ne souhaitaient pas prendre tous les risques de ce voyage qui mène parfois à la mort, pour essayer de trouver un paradis quelque part en Europe. Les réfugiés syriens et les personnes déplacées aimeraient retrouver une Syrie dans laquelle ils puissent vivre. C'est ce qu'ils veulent pour la plupart.
Alors, que fait la Suisse? Je ne sais pas pourquoi vous vous énervez comme cela, mais je crois que ce n'est pas bon pour votre santé, et ce que vous dites est faux. La Suisse fait vraiment beaucoup de choses. Nous avons, par exemple, créé des écoles pour des dizaines de milliers d'enfants.
Je l'ai déjà dit ici, 220 000 enfants syriens, qui viennent de régions en guerre, sont arrivés en Jordanie: 220 000, vous imaginez? L'arrivée de 220 000 enfants d'un seul coup, ou en très peu de temps, dans un système scolaire qui marche certes bien, mais qui est un peu à la limite de ses capacités. Alors, qu'ont fait les gens sur place? Avec notre aide - nous ne sommes pas les seuls, mais nous avons été très actifs dans ce domaine -, ils ont rénové des écoles, tout simplement. Et ils font des équipes qui travaillent en deux fois huit heures dans les écoles - ils font du "Schichtbetrieb", c'est donc comme une usine -, avec des classes qui comptent jusqu'à 80 enfants, pour faire face à la situation. Car on ne peut pas laisser ces enfants dans la rue. Malgré cela, seule la moitié de ces enfants a pu être intégrée au système scolaire. Il est donc indispensable que nous continuions à les aider, et c'est ce que nous faisons.
Au Liban, c'est la même chose, même s'il y a une plus grande volonté d'intégrer. Les choses se font parfois différemment, mais pas forcément bien, car il y a aussi des difficultés. C'est surtout un pays qui est dans une situation explosive, du fait qu'il y a 1 à 2 millions de réfugiés. Il y a déjà des réfugiés palestiniens depuis 70 ans et, maintenant, il y en a encore plus qui viennent de Syrie. Or, le Liban est un [PAGE 1285] pays de 4 à 5 millions d'habitants au total. C'est donc une situation dramatique.
La Suisse et les Suisses, ainsi que chaque personne qui contribue par ses impôts, nous aident, et c'est pour cela que le Conseil national a décidé de continuer la coopération internationale. Vous avez accepté cela exactement dans ce sens. Donc, c'est ce qui permet d'augmenter la résilience dans les régions proches de la Syrie et en Syrie autant que possible. Et c'est pour cela, par exemple, que la Suisse fait de la diplomatie pour améliorer l'accès humanitaire, parce qu'il est très compliqué d'atteindre certaines personnes. Il y a des centaines de milliers de personnes qui sont dans des zones assiégées qu'on ne peut pas, en tout cas pas toujours, atteindre avec l'aide humanitaire. Nous faisons de la diplomatie humanitaire avec la Syrie; nous sommes en contact avec les autorités syriennes, avec l'Iran également, dans un dialogue à trois, pour améliorer les accès, ce qui a pu se faire en partie.
La Suisse et les Suisses ont accordé 250 millions de francs depuis 2011 pour l'aide que vous souhaitez, exactement pour ce que vous souhaitez. La motion a été largement remplie, parce que le Parlement lui-même, vous-mêmes, vous avez décidé d'augmenter le budget à deux reprises, à fin 2014 et à fin 2015. En 2014, le montant supplémentaire était déjà destiné à la Syrie, mais également à la résolution de la crise Ebola. En 2015, c'était déjà pour la Syrie, mais c'était aussi pour la Corne de l'Afrique. Donc, toutes les mesures qui ont été prises par la Suisse et qui ont été mises en place sur le terrain ont eu un effet.
Je sais qu'il faut être modeste: on contribue à la résolution des crises, on ne résout pas tout, mais on essaie et on fait beaucoup de choses quand même, par la Genève internationale également, pour essayer de résoudre la crise syrienne.
Je crois vraiment qu'il est faux, Monsieur Amstutz, de culpabiliser les contribuables suisses. Vous pouvez culpabiliser le gouvernement, on en a l'habitude, on ne se sent pas coupable pour autant. Cela dit, les contribuables ne méritent pas cela! Personne n'a, en Suisse, à avoir honte de ce que fait la Suisse. Je dirai même: tout le monde devrait être assez fier! Bien sûr que l'on peut faire mieux, mais on en fait déjà beaucoup. Alors je trouve que votre excès verbal était en quelque sorte une insulte au peuple suisse qui, chaque année, participe à réduire les souffrances du monde grâce à la coopération.