Berberat Didier · Ständerat · 2016-09-14
Berberat Didier · Ständerat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2016-09-14
Wortprotokoll
Je rappelle que le Parlement a rejeté une version pourtant édulcorée des articles 48 et 49 de la future loi sur l'énergie, qui prévoyaient le bonus d'incitation aux économies d'électricité. Ce bonus aurait permis aux entreprises électriques volontaires de financer leurs efforts pour aider les consommateurs finaux à économiser de l'énergie. Si ces mesures avaient été incluses dans la Stratégie énergétique 2050, la présente initiative populaire n'aurait, à l'évidence, plus sa raison d'être. Mais comme le projet de loi ne comprend plus rien sur cet aspect, le soutien à l'initiative populaire s'impose, du moins pour l'instant.
Pourquoi les gains d'efficacité dans l'utilisation de l'électricité sont-ils vraiment si importants? L'électricité est la forme la plus noble d'énergie, cela a été souvent rappelé. Elle peut non seulement produire de la chaleur, mais aussi faire fonctionner des moteurs, transformer des matériaux ou extraire de la chaleur ou du froid avec le mécanisme de la pompe à chaleur. De plus, l'électricité a une efficacité très grande dans son utilisation, comme le montre la comparaison entre un moteur électrique et un moteur à explosion mû par l'énergie fossile: un moteur à explosion perd les trois quarts de son énergie en chaleur et ne produit finalement que 25 pour cent de mouvement; le moteur électrique, quant à lui, ne perd que 10 pour cent en chaleur et transforme 90 pour cent de l'énergie en mouvement. C'est cette efficacité très élevée qui détermine l'utilisation de l'électricité.
A l'avenir, nous utiliserons donc l'électricité en particulier pour remplacer des applications fossiles. Les ordres de grandeur ne sont d'ailleurs pas négligeables. Ainsi, pour électrifier l'ensemble du parc automobile, il faudrait augmenter de près de 20 pour cent la consommation électrique suisse. Pour y faire face, il y a donc deux stratégies: soit on augmente la production, soit on réalise des gains d'efficacité - ou alors on cumule les deux mesures.
La stratégie qui consiste à produire de plus en plus d'électricité et à renforcer les réseaux pour la transporter est plus coûteuse, vous le savez. Elle est aussi plus compliquée à mettre en pratique puisque, en plus du remplacement de la production des anciennes centrales nucléaires, il faut couvrir la demande additionnelle par une production supplémentaire, qui a non seulement un coût, mais aussi, évidemment, un impact environnemental, même si elle est issue d'énergies renouvelables.
La stratégie fondée sur l'accroissement de l'efficacité électrique dans les usages actuels de l'électricité est bien plus pertinente sur le plan écologique et économique. Il existe dans les applications actuelles utilisant de l'électricité un potentiel de gain d'efficacité d'environ 30 pour cent. Autrement dit, si nos équipements reflétaient l'état actuel de la technique, notre consommation d'électricité serait de 30 pour cent inférieure à ce qu'elle est aujourd'hui.
Donc, ce que vise cette initiative, c'est tout simplement à faire fructifier cette réserve latente que représente l'efficacité de manière à pouvoir, dans l'enveloppe de consommation actuelle d'électricité, absorber les nouveaux usages comme la mobilité électrique - j'en ai déjà parlé - ou les pompes à chaleur. Ce faisant, on économiserait non seulement des investissements dans une production supplémentaire d'énergies renouvelables, mais aussi des investissements dans l'extension du réseau électrique, parce que l'électricité qui n'est pas consommée n'a pas non plus besoin d'être transportée, comme vous le savez.
Si le volume d'électricité restait à peu près le même qu'aujourd'hui, il n'y aurait pas besoin d'augmenter la capacité des réseaux électriques, ce qui représenterait une économie considérable et un gain pour le paysage puisque, comme vous le savez, les installations de transport d'énergie provoquent malheureusement des atteintes au paysage. L'usage efficace de cette ressource indigène qu'est l'électricité est un projet d'envergure pour notre pays qui correspond très bien à notre esprit d'efficacité et d'économie.
Ce sont les raisons pour lesquelles je vous demande de recommander au peuple et aux cantons d'accepter cette initiative.
Comme nous avons éliminé ce matin en commission les dernières divergences avec le Conseil national, nous espérons que notre conseil en fera autant et que nous pourrons enfin adopter la Stratégie énergétique 2050 à la fin de la session. Il appartiendra alors aux initiants de décider - Monsieur Noser l'a évoqué - quelle suite ils entendent donner à cette initiative populaire qui, pour l'instant - je le confirme -, reste d'actualité. Ensuite, ils devront faire une pesée des intérêts et évaluer si la Stratégie énergétique 2050 leur permet de retirer leur initiative. Pour l'instant, il est prématuré de parler de retrait. Une fois que la stratégie énergétique sera sous toit, les initiants feront ce qu'ils jugeront bon de faire.