Hêche Claude · Ständerat · 2016-09-15
Hêche Claude · Ständerat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2016-09-15
Wortprotokoll
Qui donne reçoit. On le sait, l'aide internationale, tout en étant conçue dans l'intérêt des pays à soutenir, exerce indirectement et automatiquement des effets positifs sur le pays aidant. Ces effets positifs compensent très largement les dépenses et les ressources humaines engagées. Dans la surmondialisation actuelle, la situation des pays bénéficiant de l'aide au développement s'est encore aggravée. Au moment où des conflits poussent des millions de personnes sur les routes, leur permettre de rester dans leur pays avec des conditions de vie dignes demeure la priorité.
Par conséquent et considérant également les efforts qu'il reste à faire en faveur des personnes menacées ou touchées par la pauvreté dans notre pays, l'heure n'est pas à une diminution de notre engagement sous toutes ses formes à l'étranger, d'autant que nous disposons d'un grand savoir-faire et d'une bonne expérience en matière de coopération internationale.
Lors de mon année présidentielle, j'ai eu le privilège de réaliser plusieurs voyages de travail dans des pays où la Suisse était présente par ses différents outils de coopération internationale, car, dans notre mission de président, nous sommes non seulement des ambassadeurs du pays, mais également des "contrôleurs" de l'utilisation des moyens alloués et de la qualité de l'engagement de notre pays dans le monde.
A chacune de mes rencontres, j'ai pu apprécier la qualité et les retombées de notre action internationale, par ailleurs confirmées par toutes celles et tous ceux que j'ai rencontrés, ainsi que par des représentants de différentes instances internationales: l'ONU, la Banque mondiale, par exemple. Je vous donne quelques exemples concrets.
En Tunisie, j'ai pu constater toute l'importance du soutien et de l'encadrement des démarches du peuple et des autorités vers la démocratie. A Tunis, j'ai également rendu visite à un jeune réfugié qui a accepté, dans le cadre d'un programme suisse d'aide au retour, de retourner au pays pour y ouvrir un cybercafé. Avec un très modeste soutien et un parrainage de départ, il a créé quelques emplois, assuré un accès Internet pour de nombreuses personnes; bref, il a redonné de l'espoir aux jeunes de son quartier.
En Algérie, l'un des partenaires économiques principaux de la Suisse en Afrique, j'ai visité une société algéro-suisse spécialisée dans l'industrie agroalimentaire et je me suis rendu à l'Ecole supérieure d'hôtellerie et de restauration d'Alger, qui - en partenariat avec l'Ecole hôtelière de Lausanne - offre une formation de qualité internationale dans le domaine des métiers de l'accueil.
Surtout, ce pays, de par sa position sur la route des migrations, est incontournable dans la lutte contre le terrorisme et ses efforts de pacification méritent d'être soutenus. La stabilité de ce pays participe donc à la sécurité de tout le continent européen.
En Indonésie - mais je précise que le projet était financé par le SECO -, j'ai visité l'un des programmes phares d'appui de la Suisse au commerce de ce pays, qui vise à améliorer d'ici à 2020 la qualité et la quantité de la production de 130 000 petits producteurs de cacao indonésiens situés dans 49 districts et 9 provinces. A ce jour, la Suisse y a installé quelque 150 entreprises et a créé ainsi plus de 60 000 places de travail.
A Madagascar, l'un des pays les plus pauvres du monde, une délégation dont je faisais partie a visité plusieurs projets de la soixantaine d'ONG suisses actives dans le pays. Notre aide - financière, de conseil, technique - permet à de nombreuses personnes non seulement de produire leur nourriture, de gagner leur vie et ainsi d'élever de manière conséquente leur niveau de vie et d'augmenter leur confort, mais également de développer leur localité ou leur commune de domicile par une contribution devenue possible grâce à la modeste augmentation de leur salaire. Je rappelle qu'à Madagascar, le revenu moyen est de 2 dollars par jour.
Enfin, en Roumanie, dans le cadre de la contribution de la Suisse à l'élargissement de l'Union européenne, j'ai, par exemple, pu observer le déroulement d'un projet de collaboration entre la gendarmerie roumaine et l'Académie de police de Savatan, projet qui vise à former des cadres de la gendarmerie à la gestion de la sécurité lors de grands événements et de manifestations, d'une part, et à la gestion de la sécurité et de l'intervention des secours dans les zones de montagne, d'autre part.
Il faut garder à l'esprit que les projets soutenus par notre pays, nos ONG, nos ambassades, notre administration, étant donné la qualité et le sérieux, j'y ajouterai l'enthousiasme, avec lequel ils sont menés, bénéficient souvent d'une aide complémentaire, notamment financière, d'autres organisations internationales, par exemple de la part de la Banque mondiale, voire d'autres pays, ce qui provoque un effet multiplicateur sur les bénéfices pour les populations concernées.
Naturellement, tous ces projets nécessitent un investissement humain et financier. Mais il faut toujours mettre cela en perspective avec les retombées pour la population et l'économie des pays concernés, ainsi que pour notre pays. La collaboration internationale, sous toutes ses formes, est un facteur vital de notre stabilité et de notre économie, tout en étant un élément constitutif de la politique étrangère contribuant à la stabilité internationale.
J'aimerais encore insister sur la reconnaissance qui est témoignée à notre pays et sur l'importance qui lui est accordée. Grâce à la coopération internationale, grâce à nos engagements, nous portons loin dans le monde l'action et l'image de la Suisse, ce qui produit de véritables résultats sur place et, il faut le reconnaître, voire le répéter, ce qui ouvre également des marchés conséquents pour notre économie.
Tout cela, vous l'aurez compris, plaide pour une entrée en matière sur tous les crédits-cadres, avec la volonté d'élever de manière progressive la part du revenu national brut allouée à l'aide publique au développement.