Savary Géraldine · Ständerat · 2016-09-26
Savary Géraldine · Ständerat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2016-09-26
Wortprotokoll
Comme cela a été rappelé, ce rapport, demandé par le Parlement traite de l'avenir des médias de service public ainsi que de leurs relations avec les médias privés, de leur rôle, de leur mission, de leur financement, des défis aussi auxquels ils doivent faire face aujourd'hui et devront relever demain. Cette discussion a été voulue par le Parlement, c'est-à-dire tant par notre conseil que par le Conseil national. Cette discussion est pertinente, et il est bien que nous la tenions. Nous ne l'avons pas évitée, contrairement à ce qui a été dit parfois dans la campagne à propos de la votation qui portait sur la redevance.
Ce rendez-vous a donc été agendé, cet objet est discuté aujourd'hui par notre conseil, comme il l'a été par sa commission. Cette discussion sur la SSR s'inscrit sans doute dans un débat beaucoup plus large sur le paysage médiatique suisse. Je l'évoquerai en quelques mots.
Mais nous ne demandions pas que ce rapport traite de l'ensemble des médias suisses, un tel rapport a déjà fait l'objet d'une discussion en 2014. Le fait que Monsieur de Weck et Monsieur Supino ne fassent plus de jogging ensemble a sans doute un impact sur leur condition physique - que je leur souhaite évidemment excellente -, mais ce n'était pas l'objet central de nos réflexions.
Je vais faire quelques commentaires sur ce rapport, puisque c'est de lui qu'on parle. Contrairement à mes collègues Germann et Hösli, je considère que ce rapport est complet. Il répond parfaitement aux questions que nous avions soulevées en commission et au conseil. Ce rapport répond parfaitement au postulat déposé par la Commission des transports et des télécommunications 14.3298. Ce n'est pas parce que les réponses données ne sont pas celles que l'on souhaite qu'on doit forcément poser de nouvelles questions. Ce sont des méthodes de journaliste mais, en principe, les politiciennes et les politiciens travaillent différemment.
Quelques points me paraissent particulièrement intéressants dans ce rapport. J'aimerais les évoquer.
Premièrement, le Conseil fédéral défend le statu quo. Contrairement à ce qui a été dit, je pense que c'est plutôt une bonne chose. Pourquoi? Tout d'abord parce qu'il défend le statu quo concernant la structure financière de la SSR: le financement est assuré tant par les recettes de la redevance que par les recettes publicitaires, mais dans des limites qui ne menacent pas l'existence des médias privés. C'est très important, parce qu'on se rappelle à quel point les discussions autour de l'offre Internet et à propos des recettes publicitaires ont été passionnelles entre les éditeurs privés et la SSR. Donc, le Conseil fédéral maintient sa position et rappelle qu'il ne souhaite pas élargir le champ d'action de la SSR concernant ce sujet. Ensuite, le statu quo concerne également le financement solidaire entre les régions linguistiques. C'est fondamental parce que la solidarité n'est pas un acquis, elle résulte d'un effort fourni, en particulier par la population alémanique, par le biais de la redevance, en faveur des populations romande et tessinoise. Cette solidarité est précieuse et le Conseil fédéral considère, dans son rapport, qu'il faut la maintenir et la consolider pour les prochaines années.
Un autre point qui m'a frappée, c'est la moyenne d'âge du public, en particulier celle du public de la télévision publique. Elle est inquiétante: le téléspectateur moyen a désormais environ 60 ans, il est plus vieux encore que la plupart des membres du Conseil des Etats, ce n'est pas peu dire! Cela veut véritablement dire qu'il y a un vieillissement certain des auditeurs et des téléspectateurs du service public. C'est un vrai défi pour l'avenir. Le Conseil fédéral le relève et précise que la SSR doit viser les jeunes, mais je pense que cela va au-delà des jeunes, il s'agit de viser les générations intermédiaires, celles des 30 à 50 ans, de les soigner. La SSR doit leur proposer des offres de qualité, non seulement en termes d'information et de culture, mais aussi de divertissement et de créations "maison" originales.
En outre, la Confédération invite la SSR à collaborer avec les diffuseurs privés. La Suisse romande, cela a été relevé en commission, est à cet égard plutôt en avance par rapport à la Suisse alémanique. Il y a déjà des projets de collaborations en cours. La société commune entre Swisscom, Ringier et la SSR SRG et, espérons-le, d'autres partenaires qui pourraient rejoindre cette société, est un autre exemple de collaboration à mon avis prometteuse. En Suisse, comme vous le savez, même les gros sont trop petits pour faire face à la concurrence et à la captation des recettes publicitaires par les télévisions étrangères, ainsi que par les géants d'Internet comme Google, cela a aussi été évoqué. Cette collaboration entre le privé et le public, on l'appelle de nos voeux, le Conseil fédéral l'appelle de ses voeux dans son rapport, et les personnes présentes en commission ont, je crois, exprimé la même volonté.
Enfin, on ne peut que se réjouir que le Conseil fédéral prépare un projet de loi sur les médias qui puisse conjuguer tant la question des missions des médias de service public que celle des médias privés. On sait que la presse est aujourd'hui en difficulté et que nos instruments d'aide sont de manière générale désormais caducs face aux progrès de la numérisation dans le paysage médiatique.
J'ajoute un mot concernant ce qu'on a pu entendre lors des auditions, en particulier des acteurs privés du domaine des médias. On peut considérer avec eux qu'il y a des soucis à se faire, que la presse écrite est en difficulté. Dans le rapport sur les médias publié au printemps 2014, il est indiqué qu'en 1990, par exemple, il y avait 273 journaux payants alors qu'en 2013, il y en 184; les tirages globaux sont passés de 4 [PAGE 776] à 3 millions. Avec cette diminution du nombre des titres et des tirages, conjuguée à une perte des recettes publicitaires, la presse écrite, la presse privée connaît évidemment une situation extrêmement difficile. Elle est très difficile, comme vous le savez, en particulier pour les rédactions de ce pays.
Je vous cite un exemple très précis qui se passe aujourd'hui dans ma région. Vous savez que nous avons deux journaux d'importance nationale sur l'Arc lémanique, à savoir la "Tribune de Genève" et "24 Heures". Ce sont des journaux qui sont un peu comme le "Tages-Anzeiger" en Suisse alémanique. Les rédactions de ces deux journaux, qui appartiennent aujourd'hui à un grand éditeur suisse, Tamedia, seront soumises dès demain à des coupes drastiques et brutales, puisque 20 pour cent des postes risquent d'être supprimés. Cela veut donc dire que les investissements absolument indispensables qu'il faudrait consentir dans la presse, dans les rédactions pour améliorer la qualité, ne sont pas assumés par les éditeurs privés. Au contraire, ils procèdent à des suppressions de postes brutales dans les rédactions de ces deux journaux qui, je le rappelle, couvrent une partie importante de la Suisse romande et effectuent un travail extrêmement correct. Il y a donc une pression énorme sur les rédactions aujourd'hui, et donc sur la qualité. Il m'est difficile de comprendre que les éditeurs privés considèrent que la SSR est en position beaucoup trop dominante et qu'ils réclament des conditions-cadres meilleures alors que, dans le même temps, ils opèrent des coupes brutales dans le personnel des rédactions. Ce sont des comportements que je ne comprends pas.
Monsieur Supino dans une tribune publiée ces derniers jours dit qu'il faut investir dans le numérique. Très bien, mais le numérique, ce ne sont pas des algorithmes, ce sont des personnes, des journalistes formés, compétents, et si la Confédération doit un jour allouer des subventions à la formation des journalistes afin de contribuer à ce que la presse reste vivante et diversifiée, il faut aussi que les acteurs de ces médias prennent leurs responsabilités et investissent pareillement dans les rédactions et le travail professionnel.
Pour terminer, je rappelle que le journaliste est l'interprète de la curiosité publique. Pour que cette curiosité publique soit transmise, comprise et correctement publiée, il faut des moyens financiers, des investissements, des conditions-cadres que nous pouvons, au niveau de la Confédération et du Parlement, offrir. Il faut que chacun travaille au maintien de la diversité de la presse et des opinions dans ce pays.
Je vous invite donc à prendre acte de ce rapport du Conseil fédéral, que je remercie au passage, et me réjouis de manière générale des débats sur l'avenir des médias dans notre pays. De nombreuses pistes ont déjà été évoquées, et je pense que notre paysage médiatique n'a aucun avenir si les différents acteurs ne travaillent pas ensemble. Ce paysage doit pouvoir compter sur une SSR financièrement solide, des médias privés qui investissent là où il doit y avoir des investissements - c'est-à-dire dans les rédactions et dans la qualité - et sur un personnel politique - le Parlement - qui accompagne les milieux des médias en manifestant la plus grande volonté possible.