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Mugny Patrice · Nationalrat · 2000-03-09

Mugny Patrice · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2000-03-09

Wortprotokoll

Tout d'abord, je trouve étonnante cette manière de présenter l'économie, et surtout la politique économique, comme désincarnée, comme n'étant pas vraiment de la politique. Or, s'il y a aujourd'hui un domaine qui est hautement politique, c'est bel et bien l'économie.

Ensuite, je trouve encore plus surprenante l'attitude imperturbable de M. Couchepin, conseiller fédéral. Nous vivons dans un monde où les inégalités se creusent de plus en plus. Pour ne prendre qu'un exemple: au Brésil, la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté; 41 pour cent des enfants de 6 à 24 mois sont dénutris. Mais M. Couchepin affirme que le Brésil s'est remis rapidement de la crise financière qui l'a frappé. Sur quels critères se base-t-il? On n'en sait rien. Mais, on apprend que M. Couchepin a rencontré des représentants du Gouvernement brésilien, à Davos. Peut-être qu'un séjour dans une favela de Rio montrerait à M. Couchepin les limites de l'efficacité du système qu'il vénère! C'est comme la Corée qui, elle, se redresse: on n'en saura pas plus sur les millions de gens jetés à la rue lorsque ce pays, qui a été présenté pendant des décennies comme le miracle économique absolu, avait sombré. D'ailleurs, toujours dans ce rapport, M. Couchepin parvient à déclarer que, dans le cadre de l'OMC, tous les pays sont égaux. Notre ministre de l'économie est soit d'une naïveté confondante, soit d'un cynisme sans limite, lorsque l'on sait que des pays africains doivent se regrouper pour se payer un expert, alors que les Etats-Unis louent des hôtels pour abriter leur groupe d'experts! Quelqu'un, d'ailleurs, a résumé le rôle de l'OMC en le qualifiant de "fondé de pouvoir des multinationales".

La situation actuelle induit des questions chez de nombreux décideurs économiques et politiques, même parmi les plus fervents du libéralisme. Même le président de la Banque mondiale se pose des questions, mais pas M. Couchepin! Même le célèbre AMI, l'Accord multilatéral sur l'investissement, qui avait été abandonné suite à des réactions massives dans l'opinion publique et même parmi des gouvernements, obtient une très bonne note de M. Couchepin. Bref, plus les médicaments rendent le malade agonisant, plus M. Couchepin pense qu'il faut augmenter les doses! Mais on peut imaginer que, voyageant de palais en grands hôtels, le ministre suisse de l'économie croit que le monde est à l'image de ce qu'il voit depuis ces terrasses d'hôtel. C'est dommage. Cela fait un gros rapport, mais bien peu d'idées et bien peu de réflexion.

Mes regrets sont encore accentués par le fait que ce rapport a bien sûr été approuvé par l'ensemble du Conseil fédéral, et si je caresse peu d'espoir sur une possible évolution de M. Couchepin, j'aimerais croire que M. Deiss, notre ministre des affaires étrangères, au moins, puisse avoir un peu plus de clairvoyance. Cela dit, les lignes directrices sur les finances fédérales, dont nous parlerons prochainement, confirment malheureusement le fait que la perception fondamentale par notre Gouvernement de la réalité du monde est bel et bien celle de M. Couchepin.

J'aimerais soulever un dernier point de ce rapport, un point auquel il devrait être relativement facile de remédier. La Suisse, et ce n'est pas nouveau, est accusée d'être une oasis fiscale pour les fraudeurs du fisc, notamment européen. A plusieurs reprises, cette situation a été dénoncée par des représentants de ces pays. Rien n'y fait, la Suisse continue à abriter les rapines de ces fraudes, se faisant ainsi le complice de vols. Cela pourrait être changé.

Bref, en guise de conclusion, je pense qu'il serait hautement profitable à notre ministre de l'économie qu'il entreprenne, comme cela lui a été suggéré plusieurs fois, un vrai dialogue avec des associations impliquées dans la réalité sociale des pays pauvres. Cela lui donnerait peut-être enfin une autre vision de l'efficacité économique du modèle qu'il prône tant.