Mugny Patrice · Nationalrat · 2002-03-21
Mugny Patrice · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2002-03-21
Wortprotokoll
Je vais faire ce que M. Eggly n'aime pas beaucoup, c'est-à-dire repartir un peu sur le général, mais c'est malheureusement fort concret: c'est le contexte dans lequel nous nous situons. Nous sommes en train de parler du tunnel routier du Gothard, de la question du nombre de camions qui y passent, du blocage de ces camions, des difficultés, de la fluidité. Mais le contexte, faut-il le rappeler, c'est quand même que 50 pour cent de ces transports n'ont pas de sens. C'est la première des choses. Je donnais l'exemple ce matin du lait bavarois transformé en yogourts en Grèce, mais c'est aussi la crevette danoise qui est décortiquée au Maroc ou la pomme de terre qui est cultivée dans un pays et épluchée dans un autre. De ce point de vue-là, ces transports ne servent strictement en rien la qualité de vie ni l'amélioration du standard de vie.
Ajoutons à ça qu'on connaît la solution concernant le transport, puisqu'il s'agit du transport combiné, et que non seulement des grandes entreprises comme IKEA l'utilisent très bien, mais que même des transporteurs tels que Friderici "le grand" l'utilisent. Il s'agit de mettre des containers sur un train, avec des camions qui les reprennent pour la dernière étape.
Il ne s'agit pas, dans le cas du Gothard comme dans celui du Mont-Blanc - j'y viendrai tout à l'heure -, d'empêcher le [PAGE 434] trafic régional. Nous sommes bien conscients que, par exemple, les 19 tonnes deux essieux - c'est le débat autour du tunnel du Mont-Blanc - sont absolument indispensables pour amener au fin fond des vallées ou dans les coins reculés tout ce qui est nécessaire aux gens pour vivre et pour s'alimenter.
En revanche, on est clairement dans une impasse si on continue à mener la politique de transit actuellement en cours, et je doute beaucoup qu'on arrive au but fixé, dans le cadre des accords bilatéraux, de 650 000 camions par année.
De ce point de vue-là, j'ai quand même une ou deux questions à poser à M. Leuenberger, conseiller fédéral. Il y a de quoi s'inquiéter quand on voit que le passage entre Brunnen et Lugano a été, à ma connaissance, fermé. Lorsque, pour la réfection du tunnel du Mont-Cenis, qui est un tunnel ferroviaire en France voisine près de la Suisse - vous le connaissez certainement -, il a été question de déplacer douze trains sur la Suisse, notamment via Vallorbe et le Simplon, ça a été refusé par les CFF. Finalement, les trains passent par Bâle et le Gothard, mais au prix d'un immense détour pour des raisons de rentabilité. On se demande alors qui commande les transports ferroviaires en Suisse: est-ce que ce sont les CFF ou est-ce que c'est le Conseil fédéral et l'Office fédéral des transports? Je crois savoir que la question vous a été posée au Conseil des Etats et qu'il n'y a pas eu vraiment de réponse, par exemple sur la question du passage entre Brunnen et Lugano.
L'autre élément que j'aimerais aborder aussi, c'est la question de la qualité de vie des gens.
On a tendance à passer dessus, comme ça, un peu en vitesse. Mais je vous assure que dans la région de Chamonix, que l'on soit de gauche ou de droite, que les maires et les localités soient de gauche ou de droite, 95 pour cent des gens ont signé le référendum, ils ont soutenu le référendum contre le retour des camions. Et qu'on ne nous dise pas que ce n'est pas possible! La preuve, c'est qu'actuellement ça peut se passer sur le Mont-Blanc. Et quand nous sommes allés bloquer l'autoroute de l'autre côté, en Maurienne, parce que nous nous sommes déplacés près d'un autre tunnel, nous avons essayé d'avoir également ce débat pour poser la question du transfert sur le rail. Et il n'y a qu'une seule manière de contraindre le passage modal de la route au rail, c'est de rendre compétitif le rail, donc d'augmenter dans des proportions extrêmement importantes le coût du transport routier qui actuellement est trop bas. Et ça, ça passe effectivement aussi par une sorte de retenue dans l'ouverture de la route au trafic des marchandises.
J'aimerais encore briser une dernière lance. Quand on parle des conditions de travail des chauffeurs, j'entends des gens du groupe de l'Union démocratique du centre et certains parlementaires de droite parler de ces gens-là. Or, lorsqu'il est question d'autres débats, comme Swissair par exemple ou d'autres domaines, je n'entends pas beaucoup de personnes exprimer des préoccupations sur les conditions de vie des gens. Lorsque j'ai vu la pétition que les chauffeurs routiers ont souhaité faire signer, eh bien, ils y parlaient plutôt des conditions qui leur étaient faites par leurs employeurs que des délais d'attente aux entrées du tunnel du Gothard.