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Levrat Christian · Ständerat · 2016-12-15

Levrat Christian · Ständerat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2016-12-15

Wortprotokoll

Je ne vais pas vous demander d'adopter la motion. J'ai entendu les explications du rapporteur et, sur une série de points, notamment sur la motion elle-même, il a probablement raison. Mais je souhaite dire ici que je partage le souci de l'auteur de la motion quant aux activités de Car postal en France, et je le partage depuis déjà un certain temps.

D'abord, je ne suis pas du tout certain que ces activités s'inscrivent dans le cadre des objectifs stratégiques du Conseil fédéral. Je pense, contrairement à la commission, que le rendement, qui est de l'ordre de 2 millions de francs, pour un chiffre d'affaires de 80 millions, ne justifie pas une prise de risque supplémentaire en France, et surtout que ce rendement est très inférieur au rendement usuel de la Poste suisse, qui se situe à environ 10 pour cent. On a ici un rendement qui est quatre fois inférieur au rendement usuel de la Poste suisse, qui, il est vrai, est assez remarquable en comparaison européenne. Mais on parle ici d'un rendement de 2,5 pour cent, donc on n'est pas dans un investissement financier qui s'impose pour une simple logique de rentabilité.

Ensuite, je suis moins convaincu de la question du transfert technologique. Je fais partie de ceux qui, à l'époque, avaient soutenu le rachat de Fastweb par Swisscom, parce qu'il y avait là un véritable intérêt technologique à importer en Suisse le savoir-faire de Fastweb en matière de fibre optique, et à bénéficier des connaissances de Fastweb. Ici, l'argumentation qui est exposée va précisément dans le sens inverse. Car postal Suisse SA a une certaine habitude de la gestion de réseaux de transports urbains ou interurbains et elle profite de son savoir-faire en Suisse pour acquérir des parts de marché à l'étranger. Cela ne me paraît pas correspondre à ce que nous avions défini à l'époque suite à la polémique Ercom comme cadre pour les investissements à l'étranger des anciennes régies fédérales.

Mais surtout, je pense qu'il y a des dangers importants. J'ai eu l'occasion de consulter la liste des appels d'offres auxquels Car postal a participé et a échoué. Je dois dire que j'ai été très heureux qu'elle ait échoué. Parce que je pense que Car postal n'a pas comme vocation de participer à des appels d'offres à Marseille, à Montpellier ou à Toulouse. Elle a aujourd'hui par exemple la gestion de la ville de Sète. Si elle obtenait la gestion d'un réseau urbain complexe, elle se mettrait dans des difficultés extrêmement importantes en France, avec des attentes politiques, avec des attentes de la population, avec des syndicats qui n'ont pas grand-chose à voir dans leur méthodes avec ceux de la Poste suisse.

J'ai le sentiment que cette évolution comporte des dangers et qu'on a une certaine chance que les grands appels d'offres auxquels la Poste a participé ne se soient pas conclus de manière positive pour elle. Lorsque la Poste nous dit, comme preuve de sa belle efficacité, qu'elle est numéro quatre sur le marché français, j'ai envie de dire que la mission prioritaire de Car postal, c'est de garantir un service de qualité en Suisse, et non pas forcément de s'assurer une position concurrentielle sur le marché français.

Madame la conseillère fédérale, j'aimerais simplement vous faire part de mon inquiétude face à cette évolution et vous inciter à la plus grande vigilance dans les contacts que vous pouvez avoir avec la Poste sur l'extension du mandat de Car postal. J'ai l'impression qu'on est, à tout le moins, en marge des objectifs stratégiques et que les dangers sont sous-estimés à ce stade.