Burkhalter Didier · Bundesrat · 2017-03-08
Burkhalter Didier · Bundesrat · Neuenburg · 2017-03-08
Wortprotokoll
Il faut rester modeste en politique étrangère. Il n'est pas question de suivre une idéologie qui agirait comme une sorte de filtre, qui voudrait qu'à partir de maintenant, sur tous les sujets, quels qu'ils soient, avant même de les avoir étudiés, on ne dise rien, on réfléchisse en silence dans son coin, ou qu'on dise tout et qu'on ne réfléchisse même pas avant de parler. Selon moi, il faut avoir le courage de prendre chaque problème pour lui-même, dans le cadre de la stratégie fixée par le Conseil fédéral et approuvée par le Parlement, dont je viens de parler. Cela signifie que, après, dans la vie de tous les jours, tout ministre des affaires étrangères - actuellement c'est moi, mais cela sera quelqu'un d'autre plus tard, cela ne changera pas grand-chose - doit avoir une position claire sur les cas qui l'interpellent, quant aux principes, aux valeurs, aux intérêts du pays, et doit communiquer cette position d'une manière qui peut varier, parfois plus discrètement et uniquement aux [PAGE 258] personnes concernées ou à l'Etat concerné, parfois plus publiquement en utilisant la diplomatie. Je crois qu'il faut rester souple sur la réaction à avoir et l'adapter en fonction de chaque cas. En effet, sur ce point, je vous donne raison: il ne faut pas réagir systématiquement, pour chaque événement survenant dans le monde, en usant d'une forme de diplomatie publique excessive; mais on ne le fait pas, je ne comprends donc pas votre critique.
Nous avons notamment abordé tout à l'heure le décret sur l'immigration signé par les Etats-Unis. Je vous ai expliqué que, très clairement, le décret sur l'immigration avait un impact sensible sur les doubles nationaux, mais aussi sur des personnes n'étant pas suisses, mais ayant un lien avec la Suisse et un autre avec les Etats-Unis. C'est, par exemple, le cas de chercheurs et de gens qui travaillent dans la Genève internationale, sans faire partie d'organisations internationales basées aux Etats-Unis, et qui doivent venir en Suisse. Pourront-ils retourner aux Etats-Unis s'ils sont de nationalité iranienne, par exemple? Ces questions se posaient donc et ce qui est intéressant, c'est que les réponses n'existaient pas dans l'administration américaine. On a donc essayé de travailler avec nos collègues américains et, en quarante-huit heures, on a trouvé des réponses à peu près à toutes les questions. Cela dit, cela touchait nos intérêts, il fallait donc agir, également en ce qui concerne la question de la Convention de Genève relative au statut des réfugiés.
Pour la Turquie, par exemple, il faut faire un peu plus attention, je vous l'ai dit. Je pense qu'il est inutile de hurler avec les loups, mais il est utile de faire savoir qu'on est inquiet de ce qui se passe, et que l'on n'approuve pas toute une série d'évolutions qui posent problème. On le dit sur le plan bilatéral et multilatéral, mais on essaie de maintenir autant que possible, je le répète, une situation permettant à la Suisse d'être le lieu où il pourrait être utile, un jour, de régler des questions qui sont actuellement considérées comme propres à la Turquie, mais qui pourraient bien devenir un peu moins internes à l'avenir.
Concernant Israël et la Palestine, notre position est, à mon avis, très équilibrée. La Suisse a toujours dit que, selon elle, la résolution du problème de la Palestine passait par une négociation visant une solution avec deux Etats. Cette négociation doit se faire et doit arriver à des accords incluant les deux parties. Et pour cela, il faut se baser sur un certain nombre de paramètres.
En outre, nous avons toujours dit que nous étions d'avis que les paramètres, en termes de frontières, étaient ceux de 1967, en ajoutant toutefois que l'on pouvait imaginer que des "so-called land swaps" - en français: des échanges de territoire - pourraient signifier que certains endroits où il y avait actuellement des "settlements" seraient ensuite intégrés à Israël. Mais cela doit se faire de manière négociée, les deux parties doivent l'accepter. Quant aux endroits qui restent occupés, étant en dehors des frontières de 1967, Israël, comme puissance occupante, devra y mettre de l'ordre, comme elle l'a déjà fait par le passé. C'est notre position.
Nous demandons et aux uns et aux autres de faire des efforts. Concrètement, sans aller trop dans les détails, cela signifie, pour Israël, d'arrêter la politique des "settlements", et pour les Palestiniens, de faire preuve de leur volonté de procéder à une réunification entre les différentes factions et de se doter d'une légitimité démocratique avec des élections, car cela manque sérieusement. Et nous le disons clairement. Nous venons de rencontrer Mahmoud Abbas, et nous le lui avons dit clairement.
Il y a donc, de part et d'autre, des éléments concrets à mettre en place pour pouvoir réellement être en position de réussir. Ce que nous disons, ce n'est pas contre l'une ou l'autre partie, mais à chaque fois, de manière équilibrée, nous relevons les éléments nécessaires pour donner une chance à la paix et pour finalement travailler avec les gens dans cette région.