de la Reussille Denis · Nationalrat · 2017-03-08
de la Reussille Denis · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2017-03-08
Wortprotokoll
Ce rapport donne une excellente vue d'ensemble de la politique extérieure de notre pays et rend compte des principales activités déployées dans ce domaine en 2016, notamment en matière de coopération au développement, d'aide humanitaire et de bons offices. Il consacre cette année un chapitre spécial à l'engagement de la Suisse pour la paix et le développement dans les régions en crise, de la Syrie au Sahel.
Le groupe des Verts tient à saluer la qualité de ce rapport, de très bonne facture. Cependant, à la suite de certaines prises de position de la part de certains groupes, il souhaite dire que celui-ci n'est pas seulement agréable à lire, mais que le [PAGE 252] fond, qui constitue évidemment l'essentiel, est de qualité et qu'il est très conséquent. A ce stade, il est peut être aussi bon de rappeler que, par le biais de ce rapport, on peut se rendre compte du rôle unique que peut jouer notre petit pays de huit millions d'habitants sur le plan international. C'est là sûrement une exception, mais celle-ci mérite d'être soulignée et défendue avec fierté.
Néanmoins, après ce constat plutôt positif, le groupe des Verts réaffirme sa position de principe, à savoir que notre pays devrait consacrer plus de moyens à la coopération et au développement. A ce sujet, il pourrait s'inspirer d'un pays comme la Norvège, exemplaire en termes d'aide au développement. Nous retenons aussi de ce rapport que les démarches faites par notre diplomatie tendent vers un seul but, qui est essentiel, mais qu'il est bon de rappeler, c'est-à-dire la promotion de la paix. Nous tenons à le souligner.
Pour notre part, contrairement à d'autres groupes du Parlement, nous n'avons pas une vision étroite de la neutralité de notre pays. Nous pensons qu'être neutre ne signifie pas se taire, ignorer la misère, les souffrances, les conflits ou ne pas avoir le courage de dire quelques vérités.
Certains dans cet hémicycle ou en commission se sont exprimés négativement, par exemple sur la prise de position des autorités fédérales sur la politique de l'Etat d'Israël. Est-il contraire à nos intérêts et à ceux de la paix de simplement rappeler que l'Etat d'Israël ne respecte pas les résolutions de l'ONU, et cela depuis des décennies? En 2017, nous allons "commémorer" les cinquante ans de l'occupation des territoires palestiniens. Est-il interdit de rappeler que les dernières mesures prises en ce début d'année par le gouvernement israélien vont justement à l'encontre de la recherche de la paix dans cette région du monde?
Nous sommes d'avis que la neutralité ne doit pas être conçue de façon étroite et qu'il est dans l'intérêt de notre pays d'avoir des positions claires sur toutes les décisions qui sont prises, fussent-elles prises par un gouvernement comme celui d'Israël ou des Etats-Unis. A ce titre, en ce début d'année, nous considérons que le Département fédéral des affaires étrangères a agi avec célérité pour défendre les intérêts des citoyens suisses, notamment ceux des doubles nationaux, à la suite des décisions hâtives du nouveau président des Etats-Unis.
Voici donc notre appréciation générale. Puisqu'il est toujours intéressant de se souvenir de l'histoire, je rappellerai à certains collègues particulièrement frileux en matière internationale ce que cela aurait signifié à l'époque du régime de l'apartheid en Afrique du Sud, si nous avions simplement dû nous taire ou nous satisfaire de ce régime politique sans le condamner. Nous avons évidemment eu raison de le condamner, même s'il a fallu beaucoup de temps pour que notre gouvernement et certains milieux économiques le fassent.
Nous souhaitons encore évoquer certains conflits et le rôle que joue notre diplomatie. Nous demandons instamment à notre gouvernement de suivre avec la plus grande attention l'évolution de la situation en Turquie, notamment pour ce qui concerne le respect de toutes les minorités et la défense de celles-ci, qu'elles soient kurdes ou arméniennes ou encore religieuses. Notre groupe est extrêmement inquiet de l'évolution de la politique du président Erdogan et de ses dérives autoritaires, voire dictatoriales.
Lors de l'analyse du rapport sur la politique extérieure 2015, nous avions souligné le rôle très positif de notre diplomatie dans la signature des accords de paix en Colombie entre le gouvernement et le mouvement des FARC. A ce jour, alors que le désarmement de ce mouvement de guérilla a commencé, il est particulièrement préoccupant de constater que, depuis le début de l'année, plus d'une trentaine de militants politiques, de membres des milieux associatifs, de défenseurs des minorités et de l'environnement ont été assassinés, probablement par des groupes paramilitaires. Cette situation pourrait remettre malheureusement en cause le processus de paix chèrement acquis. Là aussi, nous souhaitons que notre gouvernement continue d'agir et s'engage activement pour le maintien de la paix.
Le groupe des Verts continuera de demander, année après année, des moyens complémentaires pour l'aide au développement et la coopération.
En conclusion, notre groupe ne partage évidemment pas les propos tenus par Monsieur Köppel. A nos yeux, notre politique extérieure ne doit pas ressembler au réduit national cher au général Guisan.
Le groupe des Verts prend acte de ce rapport.