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Tornare Manuel · Nationalrat · 2017-03-08

Tornare Manuel · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2017-03-08

Wortprotokoll

Je le sais, ce postulat peut paraître un peu utopique, mais ,sans utopie, il est impossible de ramener la paix où que ce soit.

Je rappelle les liens historiques entre la Turquie et la Suisse. Mustafa Kemal Atatürk est le fondateur, vous le savez, de la Turquie moderne après la guerre de 1914-1918, après le Traité de Versailles de 1919. Atatürk aimait beaucoup la Suisse et c'est pourquoi il a fait appel à de nombreux universitaires suisses, dont le professeur Jean Graven de l'Université de Genève. Il les a appelés à Ankara pour rédiger le Code [PAGE 273] civil turc, une entreprise à laquelle a participé le professeur Graven. Atatürk a appelé d'autres universitaires de Genève pour réformer la Constitution turque, mise à mal, on l'a vu, ces derniers temps - mais, enfin, elle existe encore; jusqu'à quand, on n'en sait rien. On se souvient aussi, dans les livres d'histoire, des Accords de Lausanne, qui ont été déterminants pour construire la Turquie moderne et la Grèce moderne. Il y avait des conflits ancestraux entre les deux Etats; des terres et des îles ont été échangées, vous le savez.

Au Conseil de l'Europe, où certains d'entre nous siègent, une collègue, que nous estimons beaucoup, est membre du Parti kémaliste, qui représente la Turquie démocratique. Cette parlementaire est la petite-fille du président Inönü, qui fut, dans les années 1950 et 1960, un grand président démocrate de la Turquie. Elle nous rappelle sans cesse les liens entre la Turquie et la Suisse. Souvent, elle nous dit, lors de séances de travail ou au cours de repas, qu'elle aimerait que la Suisse soit beaucoup plus active en ce qui concerne le rétablissement de la démocratie dans le pays ou les liens entre les Kurdes et les Turcs.

Vous savez que, depuis 1999, le chef historique du PKK, Monsieur Öcalan, est emprisonné. Vous savez aussi que ce personnage, qu'on peut ne pas aimer, a une influence considérable sur la communauté kurde de Turquie. Il s'impose comme un acteur incontournable en vue de mettre un terme au conflit entre le PKK et le gouvernement turc.

Certes, à l'heure actuelle, Monsieur Erdogan n'est pas très sensible, c'est le moins qu'on puisse dire, à d'autres paroles que la sienne, mais enfin, ce conflit, depuis 1984, a provoqué la mort de 45 000 personnes - c'est un chiffre estimé -, majoritairement des Kurdes. Alors, pourquoi peut-on encore espérer que la paix soit faite?

Monsieur Öcalan, malgré parfois une certaine rudesse - il faut le reconnaître -, a fait une déclaration historique en 2013 en disant - il ne l'a pas fait sous la menace et alors qu'il était en prison - qu'il fallait résoudre rapidement la question des armes sans qu'aucune autre vie soit perdue. Il a ajouté: "Nous sommes arrivés à une phase dans laquelle les armes doivent se taire et les éléments armés se retirer en dehors des frontières de la Turquie." Il a encore dit: "Une nouvelle ère se lève où la politique doit prévaloir, pas les armes." Certes, ce sont des paroles, mais je pense qu'on peut croire en sa bonne foi. Cela dénote le désir d'ouvrir une discussion. Or, en 2015, Monsieur Erdogan, président autocrate turc, a dit qu'il ne voulait plus discuter avec les représentants du PKK. Il a donc manifesté une volonté de fermeture.

Je suis persuadé, comme d'autres au sein de mon groupe ou dans d'autres groupes parlementaires, que la Suisse pourrait jouer un rôle de "go-between", comme elle l'a fait dans le passé - je pense à la Géorgie. La Suisse a souvent joué, et c'est le mérite d'un Etat neutre comme le nôtre, d'un Etat qui respecte les droits humains plus que tout et qui est aussi le siège de beaucoup d'organisations internationales, un rôle important pour amener à s'asseoir des parties opposées, en conflit, autour d'une même table.

Donc, par ce postulat, je demande que le Conseil fédéral examine la possibilité de mettre en place, dans le cadre du Conseil de l'Europe où les Turcs sont très actifs, aussi bien l'opposition que la majorité, dans le cadre de l'OSCE où notre pays joue un rôle important - je rends hommage à Monsieur le conseiller fédéral Burkhalter pour le rôle qu'il y joue -, une délégation internationale qui aura pour mission de rendre visite à Abdullah Öcalan dans sa prison, dans la perspective d'obtenir une désescalade de la violence ouverte en Turquie, et de relancer les négociations de paix entre le gouvernement d'Ankara et le PKK.

Je sais que cela peut paraître mission impossible. Mais, si on est défaitiste, dans ce domaine comme dans d'autres, on ne fait pas de politique.